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Chef du gouvernement russe de 2000 à 2004, devenu opposant en exil, Mikhaïl Kassianov estime que le Kremlin ne lâchera rien. Il appelle l'Europe à cesser d'avoir peur.
La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 21:40 - Temps de lecture :
Malgré les difficultés économiques croissantes et la grande lassitude de la population russe, Vladimir Poutine n'arrive pas à admettre l'« erreur » qu'il a commise en envahissant l'Ukraine, affirme Mikhaïl Kassianov. Premier ministre de 2000 à 2004, partisan à l'époque d'un rapprochement avec l'Occident, il est devenu après son limogeage par le chef du Kremlin l'un de ses critiques les plus virulents. Selon lui, le président russe a « commis une erreur qu'il ne parvient pas à admettre » en 2022, car « il a cru les rapports de ses services de sécurité selon lesquels l'Ukraine était faible ».
Pour cet homme de 68 ans, qui s'exprimait en marge d'une conférence organisée par l'association française Russie-Libertés, la guerre ne se terminera pas en 2027. Vladimir Poutine est conforté à la fois par la hausse du prix du pétrole liée à la guerre entre les États-Unis et l'Iran et par les désaccords entre Washington et l'Europe sur la manière de traiter avec Moscou. « Poutine se frotte les mains. Il pense pouvoir poursuivre la guerre sans faire la moindre concession. Et il est convaincu qu'il est en train de gagner la guerre d'usure contre l'Ukraine », estime l'ancien chef du gouvernement. Prédisant un hiver particulièrement rude pour les Ukrainiens, il appelle les Occidentaux à exercer en rang serré une « pression psychologique sur le Kremlin » et à livrer de toute urgence des intercepteurs de missiles Patriot à Kiev, confrontée à une intensification des frappes contre ses infrastructures civiles.
Le président russe, Vladimir Poutine, lors d'une réunion, le 2 octobre 2026. Photo Sipa/Alexander Kazakov
« Tout le monde veut que la guerre se termine »
Exilé à Riga depuis 2022 et désigné « agent de l'étranger » par Moscou en 2023, Mikhaïl Kassianov dit rester en contact avec des membres de la classe dirigeante russe. Selon lui, en Russie, « tout le monde veut que la guerre se termine. Une écrasante majorité, en tout cas ». « La différence tient au type de fin : certains veulent que la guerre se termine par une victoire, d'autres par la défaite de Poutine, et d'autres encore veulent simplement qu'elle s'arrête, quelle qu'en soit l'issue », détaille-t-il.
Il ne voit pourtant « aucune raison à une révolte », malgré les nombreux morts au front et la hausse des prix alimentaires. « Les Russes vivent avec une forte inflation depuis 30 ans. Ils se sont habitués à la supporter », observe-t-il. Dans ce pays devenu « pratiquement totalitaire », seule une mobilisation à grande échelle pourrait selon lui déclencher des manifestations. « Il y a un fort sentiment de fatalisme et de grandes tensions dans la société. Les gens se replient sur leur famille, et les sentiments négatifs envers les autres grandissent », décrit-il.
Signe que la guerre en Ukraine déborde aux portes de l'Europe, la Moldavie a convoqué samedi l'ambassadeur de Russie après une nouvelle intrusion de missiles et de drones depuis l'Ukraine voisine. Fin septembre, Chisinau avait dénoncé une augmentation des incidents impliquant des drones, l'obligeant à des fermetures répétées de son espace aérien.
Dans la dernière incursion en date, cinq drones et missiles ont explosé près de localités en Moldavie, provoquant quelques dégâts mais aucune victime, selon les autorités. L'ambassadeur russe a été convoqué, pour la deuxième fois en quelques jours, par le ministère des Affaires étrangères, qui a exhorté Moscou à prévenir de tels incidents. La présidente moldave pro-UE Maia Sandu a estimé que ces incidents montraient que la guerre de la Russie en Ukraine « atteignait la Moldavie ». « Moscou met en danger des vies à travers l'Europe et doit être arrêtée », a-t-elle écrit sur X.
Fin septembre, la Moldavie a recensé 81 violations « impliquant des missiles et des drones de fabrication russe et iranienne » depuis l'invasion russe en Ukraine en 2022, dont 44 cette année. D'autres pays européens ont constaté une hausse des incidents impliquant des drones, dont la Roumanie, frontalière de la Moldavie. Début septembre, l'avion transportant le président ukrainien Volodymyr Zelensky a failli être percuté par un drone pendant son décollage en Moldavie.
La Moldavie convoque l'ambassadeur russe
« Trop peur » de Poutine
L'ancien Premier ministre exhorte les Occidentaux, et notamment les Européens, à ne pas céder aux rodomontades de Vladimir Poutine ni à ses menaces nucléaires, alors que le président russe a affirmé jeudi que son pays envisagerait d'utiliser « tous les types d'armes » si l'enclave de Kaliningrad était attaquée. « La plus grande erreur des Occidentaux et des Européens, c'est d'avoir trop peur de Poutine. Il n'est pas aussi fort qu'il en a l'air », a lancé Mikhaïl Kassianov devant une salle comble. « Poutine craint le bouton nucléaire, beaucoup plus que les Européens », a-t-il ajouté, estimant que le chef du Kremlin veut se faire passer à l'étranger pour « un psychopathe », alors qu'il n'est qu'un « cynique très calculateur ».
Malgré la multiplication en Europe d'attaques attribuées à Moscou, il ne croit pas le dirigeant russe prêt à un conflit ouvert avec le continent. « Ce que veut Poutine, c'est du respect », affirme-t-il. « Il veut contraindre toute l'Europe à le lui accorder. » Il prévoit en revanche une augmentation des actes de guerre hybride, l'ancien officier du KGB cherchant selon lui à pousser l'Occident à réagir d'une manière qu'il pourra présenter comme une attaque contre la Russie. « C'est un provocateur », résume-t-il. « La seule méthode qu'il comprenne est celle qu'on lui a enseignée à l'académie du KGB. Il me l'a dit lui-même. »


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