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Les couleurs d’automne atteignent déjà leur apogée dans plusieurs parcs du nord et du centre de l’Ontario. Malgré un épisode El Niño qui pourrait battre des records cette année, les météorologues préviennent qu’il ne faut pas lui attribuer directement la transformation du feuillage.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la température n’est pas le principal élément qui déclenche la transformation du feuillage. C’est d’abord la diminution de la lumière qui indique aux arbres que l’hiver approche.
L’arbre sait qu’il doit rentrer en dormance. Il sait que l’hiver va arriver et qu’il ne peut pas nourrir toutes ses feuilles et passer à travers les températures froides , explique Patrick de Bellefeuille, présentateur spécialiste en changements climatiques.

Dans le sud de l’Ontario, le spectacle ne fait que commencer. Deerhurst, dans la région du Muskoka.
Photo : Radio-Canada
Les feuilles sont vertes en raison de la chlorophylle, un pigment essentiel à la photosynthèse. Lorsque les journées raccourcissent et que le soleil descend à l’horizon, l’arbre réduit progressivement sa production de chlorophylle.
En diminuant, c’est simplement la couleur naturelle de l’arbre qui revient , poursuit le spécialiste.
Les pigments jaunes et orangés déjà présents dans les feuilles deviennent alors visibles. Certains arbres produisent également des anthocyanes, responsables des teintes rouges et pourpres.
Puisque la durée des journées évolue de manière prévisible, le pic des couleurs survient généralement autour des mêmes dates chaque année.
Des couleurs plus hâtives et intenses?
Nicolas Lessard, météorologue à MétéoMédia, estime pour sa part que les conditions de l’été ont favorisé une apparition légèrement plus hâtive des couleurs dans certaines régions.
L’été a été relativement chaud dans l’ensemble de l’Ontario. Les précipitations ont été assez abondantes au début, avant de se faire plus rares vers la fin de la saison, notamment en septembre.

À Algonquin, Arrowhead et Mikisew, 90 % des feuilles avaient changé de couleur au début de la semaine. La progression atteignait aussi 80 % à Restoule et au parc Samuel-de-Champlain.
Photo : Radio-Canada
Ces deux facteurs font en sorte que les couleurs dans les arbres arriveraient plus rapidement que la normale. Le fait qu’il y ait eu moins de pluie permettrait aussi à ces couleurs d’être plus intenses , avance-t-il.
Ces observations ne contredisent pas nécessairement les risques associés à la sécheresse. Un temps modérément sec peut favoriser certaines couleurs tant que l’arbre reste en santé. Un manque d’eau suffisamment important pour le placer en état de stress peut, au contraire, ternir les feuilles et accélérer leur chute.
Pas de lien direct avec El Niño
El Niño correspond à un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial. Le phénomène se renforce cette année et pourrait atteindre une intensité historique pendant l’automne et l’hiver.
Il devrait surtout influencer les grandes tendances météorologiques de la fin de l’automne et de l’hiver, notamment en favorisant des températures plus douces. Son effet sur les feuilles demeure toutefois difficile à isoler.

El Niño atteindra son pic en décembre, ce qui amènera des températures particulièrement douces cet hiver, expliquent des experts.
Photo : CBC / Michael Wilson
El Niño s’aligne pour être record, avec des valeurs sans précédent par son intensité. Mais l’effet sur les couleurs d’automne, il n’y a pas vraiment de lien direct , affirme M .Lessard.
Le phénomène se produit très loin de l’Ontario et agit sur le climat à une échelle beaucoup plus vaste.
Quand ce sont des phénomènes climatologiques comme ça, il faut regarder les grandes tendances, les grandes périodes de temps, les saisons, et non pas seulement des événements ponctuels comme les couleurs des feuilles , ajoute-t-il.
Une période importante pour les parcs
Le parc provincial Algonquin demeure la principale destination automnale du réseau, selon Dave Hunt, porte-parole de Parcs Ontario. Certains jours, tous les permis journaliers sont écoulés, en raison de l’achalandage.
Cette popularité profite à plusieurs parcs voisins. Arrowhead, Bonnechere, Mikisew et Restoule représentent notamment des solutions de rechange pour les visiteurs.
La demande automnale reste suffisamment élevée pour que Parcs Ontario prolonge cette année la saison de camping dans 20 parcs, dont plusieurs dans le nord de la province.
Pour le moment, les parcs Algonquin, Arrowhead, Mikisew, Restoule et Oxtongue River–Ragged Falls comptent parmi les endroits où les couleurs sont les plus avancées. La tour panoramique de Dorset, le belvédère Lion’s à Huntsville et la colline Tower à Parry Sound offrent également des vues en hauteur sur le feuillage.
Dans le sud de l’Ontario, le spectacle ne fait toutefois que commencer.
Pour avoir de belles couleurs, il faut simplement que l’arbre soit en santé, qu’il ait eu toute l’eau dont il avait besoin et qu’il n’ait pas été stressé , résume Patrick de Bellefeuille.
Malgré la puissance annoncée d’El Niño, ce sont donc surtout le soleil, le gel, la pluie et le vent des prochaines semaines qui détermineront l’intensité et la durée du spectacle.


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