Les évaluations nationales montrent des progrès ciblés en mathématiques, mais pas d’amélioration généralisée des acquis en primaire. Le français reste fragile dans plusieurs niveaux et les inégalités sociales demeurent marquées.

Delphine Bancaud - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :

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Après le choc des mauvais résultats des élèves français de 15 ans à l’enquête Pisa en septembre, les regards se tournent vers l’école primaire. Les évaluations nationales qu’ils ont passées par les élèves à la rentrée, et dont les résultats sont généralement communiqués aux familles avant les vacances de la Toussaint, peuvent servir d’indicateurs. Organisées du CP au CM2, elles portent sur plusieurs compétences en français et en mathématiques. Difficile toutefois d’en tirer une conclusion générale sur l’évolution du niveau des élèves, car les résultats varient sensiblement selon les classes et les compétences évaluées. Autre difficulté pour les analyser : les évaluations n’ont pas démarré la même année pour tous les niveaux, leur déploiement ayant été progressif à partir de 2018.

Les classes pour lesquelles le ministère de l’Éducation a le plus de recul sont le CP et le CE1, car elles y sont pratiquées depuis huit ans. « Elles montrent un niveau globalement stable, hormis pour l’année 2020 où la crise du Covid a entraîné une baisse des résultats qui s’est résorbée l’année suivante. Et des progrès en maths en CP et en CE1 (notamment sur la résolution de problèmes en CP et sur le placement d’un nombre sur une ligne graduée en CE1 », indique Thierry Rocher, sous-directeur des évaluations et de la performance scolaire à la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance) au ministère de l’Éducation. En français, les résultats sont contrastés : quelques baisses tendancielles s’observent en CE1 sur la lecture à voix haute et l’écriture de mots, mais la progression en CP sur la connaissance des lettres et la compréhension orale est nette.

Des inégalités sociales perceptibles

Les évaluations mettent également en évidence des écarts de performance selon l’origine sociale des élèves. « C’est notamment le cas en compréhension orale, ce qui s’explique par le niveau de vocabulaire des familles, qui est marqué socialement », souligne Thierry Rocher. Des différences apparaissent aussi entre filles et garçons, notamment en mathématiques. « En début de CP, les garçons ont de moins bons résultats que les filles en maths. Au cours du CP, il y a une égalisation des résultats et en début de CE1, ils ont des performances supérieures aux filles. Cet écart ne fait que s’accroître au cours de la scolarité. C’est sans doute lié à l’image que véhiculent les maths dans le système scolaire et dans la société en général », estime Thierry Rocher. L’influence des stéréotypes est aussi à interroger.

Les acquis des élèves à l’école primaire se mesurent aussi à travers les évaluations nationales organisées à l’entrée en 6e. « On note une amélioration globale des résultats par rapport à 2018, avec une proportion d’élèves dans les groupes les plus performants qui augmente. Et moins d’élèves en grande difficulté qui arrivent en 6e, notamment grâce à l’amélioration des résultats en éducation prioritaire », analyse le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray. « La tendance est à l’amélioration en maths et en français, avec notamment une forte progression sur la fluence (capacité à lire un texte à voix haute avec rapidité) », complète Thierry Rocher. Des progrès qui pourraient être liés aux instructions ministérielles ces dernières années, qui ont encouragé une pratique régulière de la lecture à voix haute à l’école primaire. Par ailleurs, le plan mathématiques, mis en œuvre à partir de 2018, a permis d’améliorer la formation des enseignants dans cette discipline.

Reste à savoir si le dédoublement des classes de CP et CE1 mis en œuvre en éducation prioritaire se perçoit sur les résultats : « Plusieurs études montrent un effet positif en CP et en CE1. S’il a tendance à s’estomper en cours de scolarité, nous observons en début de 6e, un avantage en mathématiques pour les cohortes les plus récentes ayant bénéficié de la mesure », constate Thierry Rocher.

Les élèves de CP et CE1 de l’école Henri-Barbusse à Homécourt passent les évaluations scolaires nationales. Photo d’illustration EBRA/Le Républicain Lorrain/Fred Lecocq

Un moyen de « détecter les enfants en grandes difficultés », mais « source de stress »

« Pour les enseignants(e)s, les évaluations nationales ne sont pas forcément faciles à gérer. D’une part parce que tu ne connais pas encore bien tes nouveaux élèves, de l’autre parce que cela prend beaucoup de temps. » Lucie (*) est professeure des écoles en Meurthe-et-Moselle. Dix-sept ans de carrière et une passion intacte du métier. Une vraie expérience, aussi, qui lui permet le ton de l’affirmation : « Je vais être honnête, je ne vois pas trop d’intérêt à ce rendez-vous, si ce n’est celui de détecter les enfants en grandes difficultés. Et de mettre en place les conditions pour y remédier, à travers un accompagnement spécifique par exemple. »

Cinq séances en mathématiques et français, 15 minutes maximum pour chacune d’entre elles. « On essaye d’en planifier une par jour pour ne pas encombrer l’emploi du temps. Tous les exercices sont chronométrés et nous n’avons pas le droit d’aider l’élève. » Tout sauf un détail. « Cela peut constituer une grande source de stress pour certains. Je trouve dommage qu’on leur impose cela, à leur âge », explique celle qui a en charge une classe de CE1.

Un temps d’échange avec les parents

« Il est certain que si les enfants n’ont pas révisé ou travaillé pendant l’été, ces évaluations peuvent s’avérer compliquées. Et à ce stade de l’année scolaire, quelques jours seulement après la rentrée, les résultats ne reflètent pas forcément les capacités réelles de l’élève. » Le point de vue est partagé par de nombreux parents, qui s’interrogent sur le calendrier. « Si les tests étaient décalés d’un mois, par exemple, ils auraient le temps de réviser quelques notions », note Stéphanie, la maman d’un élève de « maîtresse » Lucie. « Mais bon, je n’ai pas à me plaindre. Pour mon petit, ça s’est bien passé. »

Dans ce tableau, la professeure trouve néanmoins un aspect positif : « À la suite des évaluations, lorsque nous sommes en possession des résultats, nous proposons un temps d’entretien à l’ensemble des parents. Cela permet déjà de faire connaissance et c’est aussi un moment idéal pour échanger sur d’éventuelles difficultés. Mais tous ne répondent pas forcément à l’invitation. En tout état de cause, tous ont accès aux résultats de leur enfant. »

(*) Prénom d'emprunt.

Cédric Brout

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