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«Deux places au cimetière»: Grand Eugène, ou l’art de rester authentique

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Deux places au cimetière est le titre du premier album en bonne et due forme signé Grand Eugène, un groupe composé de… deux membres ! Drôle de hasard ou délire morbide ? Après un début de carrière léger et rêveur, place au spleen baudelairien ? Pas du tout.

« Les deux places au cimetière, c’est pour la personne que tu aimes et toi », lance Jeremy Lachance, tête créative principale de Grand Eugène, qui précise que le titre de l’album a été inspiré du classique de Georges Brassens Supplique pour être enterré à la plage de Sète. « Exact. Parce que tu veux passer l’éternité avec elle. C’est un titre romantique ! » ajoute sa complice, Melyssa Lemieux, chanteuse du duo.

Grand Eugène parvient seulement à atteindre un son qui le satisfait en essayant de ne pas trop essayer, en se laissant porter par le cours de la vie et ses petits aléas. Oui, c’est paradoxal et un peu contre-productif, mais le duo assure que c’est de cette manière qu’il travaille le mieux. Par exemple, pour le morceau omg, enregistré à Paris, Grand Eugène manquait de matériel pour capter un couplet. La solution ? « On l’a fait avec un text-to-speech », un outil de synthèse vocale, avoue Jeremy Lachance. « Une voix très 2010, à la Google Translate ! » lance Melyssa Lemieux. D’abord envisagée comme une sorte de démo le temps de boucler la chanson, d’enregistrer le couplet réellement, la mouture text-to-speech a finalement réussi à faire sa place dans la version finale de l’album.

Cette anecdote concernant omg n’est qu’une parmi des dizaines, des centaines de microdécisions parfois farfelues, mais toujours efficaces entourant la création de Deux places au cimetière, qui a été conçu et enregistré entre Saint-Hugues, Montréal, Paris, une van, un coin de table… Parfois, même un micro d’ordinateur satisfaisait les deux acteurs de Grand Eugène pour capter une prise.

Cette attitude décontractée, cette manière « DIY » (« do it yourself ») d’aborder une production qui ne doit pas forcément être toujours polie, Grand Eugène l’a empruntée au mouvement post-punk. « On en écoutait beaucoup, mais ça ne veut pas dire que l’album est post-punk pour autant », dit Jeremy Lachance, ajoutant que, pendant la création de Deux places au cimetière, des groupes comme Order 89 et Molchat Doma tournaient régulièrement dans le studio.

Le résultat, effectivement, ne se rapproche pas non plus de la coldwave oppressante de nos chers amis de Minsk : on est plutôt sur une dream pop léchée, veloutée, à la voix chuchotée et tendre. Une pop qui rappelle un groupe comme Men I Trust, mais aussi d’autres artistes montréalais des années 2010, comme Mac DeMarco, Homeshake, Les Louanges ou encore Munya.

Créer comme des loups solitaires

Deux places au cimetière a été coréalisé par les deux membres du duo, sans l’aide d’un œil (ou d’une oreille !) extérieur. Un choix calculé de la part de Grand Eugène.

« C’était la première fois qu’on faisait de la prod ensemble, nous deux, raconte Melyssa Lemieux. C’était de voir aussi comment on travaillait ensemble, et je pense qu’on avait envie de garder une liberté, de ne pas se sentir mal de dire : “Hé, on n’aime pas ça” [à une personne extérieure]. C’est toujours le fun de travailler avec quelqu’un d’autre, sauf que, des fois, t’as pas les mêmes goûts », poursuit la chanteuse.

Un réalisateur sur un autre projet, par contre, c’est dans les plans ? « Je pense que c’est une décision qu’on prendrait en cours de route si on avait des blocages, ou qu’on n’était pas satisfaits de certaines choses. Mais avant tout, on va toujours essayer de le faire nous-mêmes », raconte Melyssa Lemieux.

Valentino, onzième et dernier morceau du projet, se termine avec une sorte d’annonce radio signée par l’un des piliers de la découvrabilité musicale au Québec. On ne vous gâche pas la surprise, mais ce qu’on peut dévoiler, c’est qu’il est particulièrement amateur de « nouveaux sons ». Pour en savoir plus, il faudra écouter l’album de A à Z.

D’un continent à l’autre

Les choses vont plutôt bien pour la formation dans l’Hexagone. Les Parisiens se classent même au deuxième rang des populations qui les écoutent le plus dans le monde, apprend-on sur Spotify. Une occasion de se rapprocher de la scène française alors que le duo a justement signé un morceau avec Milan Kanche, alias de Miel de Montagne, intitulé Loin. Clin d’œil du destin : Grand Eugène avait justement évoqué il y a deux ans son rêve de collaborer avec l’artiste français. Chose dite, chose (enfin) faite, et vice-versa ; Jeremy Lachance a participé à la production et à la composition de l’album Ouin Ouin de Miel de Montagne, consolidant ses liens avec la scène indie pop française.

Grand Eugène rêve aujourd’hui de collaborer avec des artistes comme Flavien Berger ou Alice Phoebe Lou, plus à l’international. Comme avec Miel de Montagne, on fera les comptes dans deux ans.

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