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Des maires de la MRC des Appalaches lancent un cri du cœur pour une meilleure gestion des sols amiantés. Ils dénoncent la lourdeur administrative, l'explosion des coûts et les délais importants. À quelques jours du vote, ces élus font part de leurs doléances aux candidats dans la circonscription de Lotbinière-Frontenac.
On ne dit pas que l’amiante, ce n’est pas cancérigène. On dit juste qu’il y a moyen de s’en protéger différemment de ce qu’on fait présentement, lance le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, le long de la rue du Lac-Noir.
Derrière lui défilent des camions avec leur chargement rempli de sols amiantés issus de la décontamination des différents chantiers de génie civil de la région. Un point de dépôt autorisé se trouve à proximité.
Cet été, c’était un camion à la minute qui traversait la ville. C’est extrêmement dommageable pour nos routes, mais [aussi] pour la sécurité des gens.
C'est de la terre [dans le chargement] avec à peine des traces d'amiante peut-être dedans, tonne ce dernier qui réclame une meilleure gestion des sols amiantés. Il interpelle les candidats et demande au futur député des normes provinciales ajustées au risque réel.

Un camion chargé de sols amiantés passe devant l’école primaire Saint-Patrick et l'école secondaire A.S. Johnson Memorial. Le maire de Thetford Mines craint pour la sécurité des citoyens du secteur.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Changer la réglementation
Selon le ministère de l’Environnement du Québec, un sol contient officiellement de l'amiante dès que sa concentration atteint ou dépasse le seuil de 0,1 % dans au moins une des fractions granulométriques ou des fragments qui le composent.
Chez nous, tout est considéré contaminé jusqu’à preuve du contraire, explique le maire qui ajoute qu’une importante couche du sol doit être retirée lors des travaux extérieurs, soit un mètre, sauf sous les rues, les stationnements pavés et les fondations de béton où c'est plutôt 40 centimètres.
Nos travailleurs, s'ils ont une intervention à faire, vont être habillés exactement comme à Tchernobyl après l'accident nucléaire, ça n'a aucun bon sens. En fait, il n'existait pas de normes pour l'extérieur, donc il y a quelqu'un de bien-pensant qui a dit : "On ne prendra pas de chance, puis on va prendre des règles pour quand on travaille à l'intérieur."
Explosion des coûts
Le maire de Thetford Mines juge que des travaux de décontamination sur son territoire coûtent entre 30 % et 40 % plus cher à cause de la réglementation en place.
Il cible particulièrement la réhabilitation du chemin de fer Québec Central entre Vallée-Jonction et sa ville initialement prévue pour 2025 où les délais s’allongent et les coûts explosent. Maintenant prévu pour l’été 2028, le chantier a vu son budget augmenter de 200 M$ cet été.

18 kilomètres de voies ferrées entre Scott et Vallée-Jonction, en Beauce, sont de nouveau en opération depuis le 26 janvier. (Image d'archives)
Photo : Ministère des Transports et de la Mobilité durable
Probablement que tout le 200 M$ supplémentaire, c'est relié à l'amiante, sans compter ce qui avait déjà été prévu pour l'amiante dans le [440] millions initial, analyse le maire réélu l’an dernier pour un quatrième mandat.
C'est un scandale à la hauteur des scandales présentement qui va faire en sorte que la CAQ va se faire déloger aux prochaines élections.
Il n’y a pas que le chantier du train qui pose problème. La Ville espérait faire un parc industriel sur le site de l'ancien écocentre, mais avec la réglementation, les coûts et le camionnage excessif, le maire regarde possiblement pour faire le parc ailleurs.
On nous demande d’avoir un mètre de matériel exempt d’amiante, nous, ce qu’on dit, c’est que 15 centimètres, ça serait assez. [...] Ça fait en sorte de générer 35 000 voyages de camion, ça n’a aucun bon sens, tranche-t-il.

Le maire de Thetford Mines, Marc-Alexandre Brousseau, sur le site visé par la Ville pour son nouveau parc industriel
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
Trop de paperasse
Les sols amiantés sont aussi un casse-tête pour les petites municipalités de la MRC des Appalaches, comme Saint-Fortunat. Selon le maire, la gestion des sols amiantés représente le tiers des 15 millions investis pour la réfection et la modernisation des infrastructures municipales d’eau.
Il y a eu beaucoup de maux de tête, il y a eu beaucoup de nuits courtes, puis c’est essayer de voir [et] d’analyser ça, explique Denis Fortier qui travaille sur ce projet depuis 15 ans. À la veille du début des travaux, il pousse un soupire de soulagement. Enfin!, dit-il.

Denis Fortier est maire de Saint-Fortunat depuis près de 17 ans. Il travaille sur le projet de réfection et de modernisation des infrastructures municipales d’eau depuis 15 ans.
Photo : Radio-Canada / Philippe Grenier
À l’extérieur, du bout du doigt, il nous montre une rue où des travaux devaient avoir lieu pour moderniser leur canalisation, mais l’évaluation des coûts pour la décontamination aux frais de la Municipalité l’a fait reculer.
On nous avait évalué ça à 995 000 $ pour la conduite [d'eau et d'égoût] si on la faisait non subventionnée. On a fait le choix de passer à côté [du chemin]. Puis, on s'est arrangés avec le propriétaire à côté, affirme Denis Fortier, conscient qu'il y a des limites à ce qu'il aurait dû charger à 56 portes, ses payeurs de taxes.
C'est toujours la crainte que, quand on va finir, quand on va creuser, est-ce que, là, on va nous arrêter puis nous dire : ''Là, il y a trop d'amiante, on s'en va. Il faut envoyer décontaminer ça.'' [...] On ne veut pas monter les taxes pour avoir plein de pancartes à vendre.
Denis Fortier interpelle lui aussi les candidats aux élections provinciales. Après 15 ans de dédales administratifs, son message est clair. Moi, ce que je demande, c'est un allègement fiscal, puis toute la paperasse, la paperasserie, les délais que ça prend à toutes les fois qu'on monte un dossier.
Des changements?
La gestion des sols amiantés est un sujet sensible dans la région. Près d'une dizaine d’entreprises et des élus ont refusé notre demande d’entrevue.
Les candidats dans la circonscription de Lotbinière-Frontenac se sont tous prononcés sur le sujet. Ils veulent aussi des changements tout en continuant de protéger la santé et la sécurité.
Renaud Labrecque du Parti conservateur du Québec (PCQ) souhaite réduire d’au moins 50 % les exigences réglementaires entourant la gestion des sols amiantés.
De son côté, Ludovick Beauregard du Parti libéral du Québec (PLQ) souhaite revoir la réglementation en s’appuyant sur les données scientifiques régionales pour une gestion adaptée au territoire.
Une position similaire à Jonathan Moreau du Parti québécois (PQ) pour qui il est impératif de prendre en compte le contexte régional et la réalité géologique du milieu.
Pour sa part, Roch Gamache de la Coalition avenir Québec (CAQ) souhaite apporter les allégements nécessaires pour éviter que la région soit désavantagée sur le plan concurrentiel.
Ces réponses démontrent qu’il n’y a pas seulement les maires qui ne souhaitent plus enfouir leurs ambitions dans les sols amiantés.


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