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Dans The Chronology of Water, Kristen Stewart filme la vie dans toute sa brutalité

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Si The Chronology of Water est le premier long métrage de Kristen Stewart, il témoigne néanmoins d’un travail colossal et d’une profonde maturité. On y voit l’expérience bâtie sur ses 15 dernières années de carrière par cette réalisatrice en herbe qui, depuis qu’elle ne prête plus ses traits à Bella Swan dans Twilight, est devenue une figure du cinéma américain indépendant.

Lors de la présentation du film à Toronto, mercredi soir, la cinéaste a rappelé qu’elle souhaitait faire de la réalisation depuis l’âge de 9 ans, poussée par l’envie d’aider les autres à raconter leur histoire.

Ainsi, c’est la vie de Lidia Yuknavitch que Kristen Stewart s’attache à dépeindre dans The Chronology of Water, ce film étant adapté librement du récit autobiographique éponyme, traduit en français sous le titre La Mécanique des fluides. Le choix de la réalisatrice s’est porté sur cet ouvrage notamment parce qu’elle voulait aller à contre-pied de ce à quoi les gens s’attendent à voir quand des actrices féminines sont portées à l’écran.

D’abord présenté à Cannes dans la section « Un certain regard » en mai 2025, ce film sort au cinéma sur le continent nord-américain en fin de semaine.

Quitter l’horreur

Dans son journal paru en 2011, Lidia Yuknavitch remonte aux origines de sa douleur de vivre. Elle relie son comportement autodestructeur à ce père physiquement et sexuellement abusif qui, dès son plus jeune âge, l’a plongée dans un univers de souffrance et d’humiliation.

De ce traumatisme originel dont l’héroïne est victime avec sa sœur, elle tentera de se libérer par tous les moyens. La drogue, le sexe, l’automutilation, les séances de masochisme… Mais le véritable salut vient de la natation d’abord, que la jeune fille pratique à un haut niveau, et de l’écriture, enfin. Imogen Poots incarne l’héroïne à l’écran avec l’implication totale et le talent nécessaire pour ce rôle particulièrement exigeant.

Un portrait d’Imogen Poots dans le film « The Chronology of Water ».

L’actrice Imogen Poots incarne le rôle principal dans le premier long métrage de Kristen Stewart.

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Pour Kristen Stewart, Lidia Yuknavitch, aujourd’hui professeure de littérature dans l’Oregon, est quelqu’un qui a eu la force d’exister. Son salut lui vient de la pratique artistique, une perche tendue par Ken Kesey, auteur de Vol au-dessus d’un nid de coucou, auprès de qui elle a pu étudier à la fin des années 1980.

Omniprésence de l’eau

Dès les premières images, le film saisit par sa forme. Grâce à des plans serrés, on assiste à l’écoulement de divers fluides : l’eau de la douche, le sang qui s’y mêle, l’eau de la piscine, les larmes sur les joues. Plus loin, ce sont les moisissures sur un mur, les sécrétions féminines et encore du sang (souvent).

Immédiatement, de par sa construction, le film se distingue du livre. Ce dernier s’ouvre sur la description par la narratrice de la naissance de son enfant mort-né, alors qu’à l’écran, rien n’explique les images qui nous saisissent et nous emportent dans un torrent de sensations.

L'actrice Imogen Poots de dos, les pieds dans une rivière.

Le film a été présenté pour la première fois à Cannes en mai 2025.

Photo : Avec l'autorisation du TIFF

Ce choix, Kristen Stewart l’a fait afin de retranscrire la pensée, la voix intérieure [de Lidia Yuknavitch]. Ainsi, elle compose à l’écran une sorte de fresque impressionniste et sensuelle où la narration passe au second plan, notamment dans la première partie du film. On en tire une sensation de rêverie brutale où les images sont commentées par les voix des personnages hors champ. Le monologue intérieur défile avec ses soubresauts.

Au fur et à mesure que l’histoire évolue, on distingue une forme de chronologie, ponctuée de retours en arrière. Une suite logique émerge tout de même puisque le film montre les événements et leurs conséquences. Ainsi, l’histoire se tient bien et ne nous perd pas malgré cette structure déroutante.

Scènes crues

Dans la manière de filmer, Kristen Stewart fait ressortir la dureté de la vie de Lidia Yuknavitch de façon abrupte. Cochant toutes les cases de la spirale autodestructrice, la réalisatrice ne nous épargne ni les coups ni les vomissements.

Toutefois, ces plans serrés sur les parties du corps (bouches, mains…) sont aussi employés pour souligner le désir et la sensualité, notamment la sexualité entre femmes. Là encore, Kristen Stewart souhaitait montrer les choses telles qu’elles sont : Je voulais filmer le désir tel qu’il est, c’est tout.

Entre amour et violence, entre tension extrême et tentatives maladroites d'apaisement, la réalisatrice signe un film où on partage l’étourdissement de l’héroïne. Malgré une esthétique singulière, Kristen Stewart réussit son pari de montrer l’aspect brutal et dérangeant d’une vie cabossée. Une vie où le peu de poésie qui apparaît çà et là ne vient que souligner davantage la cruauté de l’existence.

The Chronology of Water, réalisé par Kristen Stewart, avec Imogen Poots et Thora Birch. En salle à partir du 9 janvier (Ontario). Autres dates à venir. Durée : 2 h 08.

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