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Dans l’Yonne se dresse depuis le XVIIe siècle un escalier de 7 écluses accolées que plus un seul bateau n’emprunte

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Dans la commune de Rogny, dans l’Yonne, se dresse depuis le XVIIe siècle un escalier de sept écluses accolées, capable de rattraper 24 mètres de dénivelé en une seule volée de bassins. Plus aucun bateau ne l’emprunte : depuis la fin du XIXe siècle, l’eau ne coule plus dans ses sas de pierre.

À retenir

  • Sept écluses accolées construites au XVIIe siècle franchissent 24 mètres de dénivelé entre les fleuves Loire et Seine
  • L’ingénieur Hugues Cosnier a conçu cette échelle d’écluses, première solution pour dépasser une ligne de partage des eaux
  • Le site est abandonné depuis la fin du XIXe siècle avec la création d’un nouveau tracé aux normes Freycinet plus adapté

Sommaire

  1. Le bief de partage, l’obstacle numéro un de tout canal
  2. Sept sas de pierre pour dompter 24 mètres de dénivelé
  3. Un défaut de conception rattrapé par la norme Freycinet
  4. Un monument à sec, mais pas sans vie

Le bief de partage, l’obstacle numéro un de tout canal

Construire un canal entre deux bassins fluviaux pose toujours la même question : comment franchir la ligne de crête qui les sépare. Ce point culminant du tracé, où l’eau ne peut plus s’écouler naturellement vers un versant ou vers l’autre, porte un nom précis, le bief de partage. Le canal de Briare permet à la navigation de relier les fleuves de Loire et de Seine. C’est l’un des plus anciens canaux de France et le premier de type « canal à bief de partage », prototype de tous les canaux modernes.

Sans solution à ce carrefour des eaux, le projet s’arrête net.

Le canal de Briare et les 7 écluses font partie d’un gigantesque projet conçu par Henri IV et Sully dès 1597, pour unir la Méditerranée à l’Océan et à la Manche par des canaux reliant les rivières, permettant une circulation plus rapide des marchandises. Il semblait impossible de franchir le plateau du Rondeau établissant la ligne de partage des eaux entre Loire et Seine. L’ingénieur tourangeau Hugues Cosnier obtint de construire le premier canal franchissant une ligne de partage des eaux, en se référant au concept de canal à bief de partage dû à Adam de Craponne. Sa réponse tient en une idée simple : accoler des écluses les unes aux autres pour grimper puis redescendre la colline.

Sept sas de pierre pour dompter 24 mètres de dénivelé

Une écluse fait franchir une petite marche à un bateau : on remplit ou on vide un sas, et l’embarcation monte ou descend d’un cran. Accoler plusieurs écluses les unes aux autres revient à répéter l’opération marche après marche, sans bief intermédiaire pour souffler entre deux sas.

La réalisation du canal commença en 1604 : douze mille ouvriers y travaillèrent, protégés des menaces des grands propriétaires terriens par six mille hommes de troupe. Inspiré par les travaux de Léonard de Vinci, l’ingénieur hydraulicien Hugues Cosnier créa une échelle d’écluses pour défier ce dénivelé de 24 mètres, composée de six écluses accolées par une septième plus tard. C’est sur un terrain marécageux entouré de nombreux étangs qu’ont débuté les travaux de cette impressionnante échelle, creusée à la main sur plusieurs années.

Le canal ouvre à la navigation en 1642.

Un défaut de conception rattrapé par la norme Freycinet

Le croisement des bateaux était impossible à l’intérieur d’écluses collées les unes aux autres, un défaut inscrit dans la conception même de l’ouvrage. Mais au 17ème siècle, les croisements étaient en nombre infime, puisque 90 % des bateaux se dirigeaient vers Paris où ils étaient déchirés, leurs coques réutilisées en bois de chauffage. À la fin du 19ème, Freycinet impose un plan de modernisation des voies de communication, particulièrement les canaux. Le sas des écluses est porté à 38,50 mètres et d’importants travaux sont effectués sur le canal de Briare, comme le contournement du site de Rogny-les-Sept-Écluses.

Rogny devient alors trop étroit pour ce nouveau gabarit.

Un nouveau tracé voit le jour, avec six écluses cette fois espacées les unes des autres. L’escalier historique, lui, reste à sec, sans plus jamais voir passer le moindre bateau.

Un monument à sec, mais pas sans vie

Classé monument historique, l’escalier de Rogny a donné son nom à la commune, devenue Rogny-les-Sept-Écluses. Commune de 776 habitants, Rogny-les-Sept-Écluses est un des attraits touristiques dont la Puisaye peut s’enorgueillir, aux portes du Loiret et de la Bourgogne. Chaque été, l’ouvrage est le lieu d’un spectacle pyromélodique spectaculaire qui attire plus de 10 000 visiteurs.

Le canal de Briare continue de couler à quelques centaines de mètres de là, sur le tracé Freycinet toujours emprunté par les bateaux de plaisance. L’escalier de Cosnier, lui, reste figé depuis la fin du XIXe siècle, seule trace visible du tout premier tracé imaginé pour passer de Loire en Seine.

Sources : cirkwi.com | revue-ein.com

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