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L’association responsable de la certification des éducatrices à Terre-Neuve-et-Labrador émet des réserves quant aux propositions des propriétaires de garderies pour mieux responsabiliser les travailleuses du secteur de la petite enfance.
Plus tôt cette semaine, Radio-Canada rapportait que des propriétaires d’une centaine de garderies dans la province souhaitent créer un ordre professionnel des éducatrices qui serait capable d’examiner des plaintes et de publier ses conclusions.
Les propriétaires, qui suggèrent à la province de suivre le modèle de l’Ordre des éducatrices et des éducateurs de la petite enfance (nouvelle fenêtre) de l’Ontario, croient que la création d’une telle organisation indépendante permettrait d’améliorer la qualité des services et de prendre des décisions d’embauche plus éclairées.
Le modèle ontarien n'est pas parfait
Skye Crawford Taylor, la directrice générale de l’Association of Early Childhood Educators of Newfoundland and Labrador, reconnaît le mandat limité de son organisation. L’association s’occupe de la certification des éducatrices de Terre-Neuve-et-Labrador et offre de la formation aux travailleuses, mais ne peut ni leur retirer leur certification ni se pencher sur les allégations de mauvaise conduite. Elle ne publie aucun registre des éducatrices accréditées.
Skye Crawford Taylor soutient toutefois que le système ontarien est loin d’être parfait. D’abord, il permet seulement de surveiller les éducatrices de la petite enfance inscrites (EPEI) – ce qui représente seulement 56 % des employées des services de garde d’enfants réglementés en Ontario, selon l'organisme Child Care Now.
Il est aussi important de reconnaître que tous les incidents survenus dans un centre de la petite enfance ne sont pas nécessairement de la faute d’une seule personne.
Dans de nombreux cas, la responsabilité peut être partagée entre les éducatrices, les responsables de l’établissement, les employeurs et le système réglementaire dans son ensemble, ajoute Skye Crawford Taylor dans une déclaration écrite. Toute procédure disciplinaire doit tenir compte de la distinction entre une faute professionnelle individuelle et des problèmes plus généraux liés au milieu de travail ou au système.
Des histoires d'horreur
Au cours des derniers mois, Radio-Canada a rapporté que :
- Des enfants d’une prématernelle à Torbay auraient été agressés par leur éducatrice ;
- Un bambin s’est échappé de la cour de sa garderie à Saint-Jean et s’est retrouvé au milieu d’une rue pendant l’heure de pointe ;
- Une seringue souillée a été retrouvée dans le terrain de jeu d’une prématernelle à Saint-Jean ;
- Le personnel d'une prématernelle à Stephenville a eu recours à des attaches pour immobiliser physiquement les enfants.
Karina Lamontagne, la directrice générale du Centre de la petite enfance et famille Les P'tits Cerfs-Volants, indique que ces infractions représentent des histoires d’horreur, mais soutient que les incidents rapportés dans les médias ont souvent des causes multiples.
Il faut aussi voir les conditions [de travail] des éducatrices, la santé mentale, affirme-t-elle au micro de l'émission Le réveil Nouvelle-Écosse et Terre-Neuve. On est 8 h de temps avec des enfants, on n'a pas de congé, on n'a pas de bénéfices. […] Ce n’est pas que [les infractions] sont justifiables. Je ne dirais jamais ça. Mais on ne connaît pas les causes de tout ça.

Karina Lamontagne est directrice générale du Centre de la petite enfance et famille Les P'tits Cerfs-Volants, à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Dans chaque cas, le ministère de l’Éducation a refusé de détailler les conclusions de ses enquêtes pour des raisons de confidentialité. Les centres ayant commis des infractions sont nommés sur le site Internet du ministère, mais aucune information n’a été rendue publique sur les éducatrices en question.
Karina Lamontagne, qui a été nommée le 1er juin dernier à un comité provincial qui doit se pencher sur les avantages sociaux des éducatrices, croit toutefois que la création d’un ordre professionnel représente une bonne idée.
La balle dans la cour de la province
Skye Crawford Taylor rappelle que ce sera au ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance de décider s’il veut modifier la loi et de créer un ordre professionnel.
Questionné à ce sujet, mardi, le ministre de l’Éducation, Paul Dinn, n'était pas au courant que des propriétaires de garderies avaient rencontré des représentants de son ministère au printemps dernier pour discuter de façons de mieux responsabiliser les éducatrices.
Paul Dinn a toutefois promis des discussions avec les propriétaires de garderies, les travailleuses sur le terrain et l’association des éducatrices.


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