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« Nouvelle Baie-James ». « Plus grand investissement en énergie propre de l’histoire de l’Amérique du Nord ». Il s'agit d'un accord « historique » entre Terre-Neuve-et-Labrador et Québec, appuyé par Ottawa, que l'on juge gagnant sur tous les fronts.
La nouvelle entente-cadre sur le potentiel énergétique du fleuve Churchill a été annoncée lundi en grande pompe. Quels sont les gains pour Terre-Neuve-et-Labrador? Démêlons l’accord, une version bonifiée du protocole d’entente annoncé en 2024, dont la mise en œuvre pourrait représenter 70 milliards $ en investissements.
Vraiment plus d'électricité?
Si tous les nouveaux projets de la nouvelle entente-cadre se réalisent, leur capacité de production totale sera de 14 000 mégawatts (MW), le Québec obtenant environ 10 000 MW et Terre-Neuve-et-Labrador, le reste. C'est une nette amélioration par rapport aux 7200 MW et 1990 MW promis aux deux provinces dans l’ancien protocole d’entente, que Terre-Neuve-et-Labrador a souhaité améliorer.
Sauf que, pour le moment, Hydro-Québec et Hydro Terre-Neuve-et-Labrador s’engagent seulement à moderniser la centrale existante de Churchill Falls, faisant passer sa capacité totale de 5290 à 6565 MW, et à construire une nouvelle centrale de 2700 MW à Gull Island, où il se trouvera désormais six groupes turbine-alternateur, plutôt que cinq.
La capacité de production commune des deux ouvrages atteindra 9265 MW. Alors, d’où viennent les mégawatts restants?

Les lignes de Churchill Falls transportent 90 % de l’électricité produite à la centrale vers la frontière québécoise, à 200 km au sud-ouest. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Danny Arsenault
Les deux sociétés promettent de lancer des études de faisabilité sur un nouveau projet éolien de 2000 MW, qui serait construit par une entreprise indépendante dont on ne connait guère le nom, et sur la construction d’une deuxième centrale de 2500 MW à proximité de Churchill Falls. La centrale Churchill Falls 2 (CF2) avait fait partie de la précédente entente de principe, mais Hydro Terre-Neuve-et-Labrador indique que, pour le moment, les effets de sa construction sur le complexe existant suscitent des inquiétudes.
Si les éoliennes et CF2 ne se concrétisent pas, Hydro-Québec toucherait plutôt 6915 MW et Hydro Terre-Neuve-et-Labrador, 2350 MW.
Quel sera le nouveau prix de l’énergie de Churchill Falls?
Le prix moyen de l’énergie produite à la centrale existante de Churchill Falls sera de 7,4 cents le kilowattheure (kWh), en moyenne, selon Hydro Terre-Neuve-et-Labrador.
Pour sa part, Hydro-Québec donne 5,1 cents comme prix moyen sur les 50 ans de l’entente, mais son calcul déduit de la facture les dividendes que reçoit la société d’État en tant qu’actionnaire minoritaire de la Churchill Falls (Labrador) Corporation, qui est propriétaire du complexe.
Selon le contrat de 1969 de Churchill Falls, Hydro-Québec ne paie que 0,2 cent/kWh, un prix très bas qui n’expire qu’en 2041. Mais en rouvrant ce contrat très avantageux pour Québec, la PDG d’Hydro-Québec défend cette augmentation. Claudine Bouchard rappelle que la nouvelle entente rehausse la production d’électricité sur le fleuve Churchill et s’assure que, pendant encore 50 ans, les Québécois auront accès à de vastes quantités d’énergie du Labrador à un tiers [du prix] des alternatives des énergies renouvelables auquel le Québec a accès.

Le premier ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, Tony Wakeham, en marge d'une conférence de presse à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, le 17 août 2026.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Puis, si Terre-Neuve-et-Labrador n’utilise pas toute l’énergie réservée pour ses consommateurs en vertu de l’entente-cadre, elle pourra désormais vendre son surplus d’électricité à Hydro-Québec à un prix majoré, soit 150 % plus élevé. Elle aura aussi l’option d’envoyer jusqu’à 985 MW d’électricité vers l’Ontario, New York et le Massachusetts en se servant du réseau d’Hydro-Québec.
Cette nouvelle option protègera Terre-Neuve-et-Labrador à long terme, selon le premier ministre Tony Wakeham, alors que les ententes définitives s’étaleront sur 50 ans sans aucune possibilité de renégociation.
Les revenus du gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador d’ici 2077 s'élèveraient à 49 milliards $ (en dollars de 2026). L’ancien accord de principe représentait environ 36 milliards $ pour le Trésor provincial.
Quel rôle le fédéral joue-t-il?
Après des mois de négociations entre les deux provinces, Ottawa a joué un rôle déterminant en accélérant la conclusion de l’entente-cadre. Signe de l’implication du gouvernement Carney, c’est le fédéral, plutôt que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador, qui a chorégraphié le dévoilement de l’accord, lundi, à Saint-Jean.
Le fédéral offre au total 10 milliards $ en incitatifs financiers aux deux provinces, soit 6,5 milliards $ au Québec et 3,5 milliards $ àTerre-Neuve-et-Labrador. Cette dernière utilisera l’argent pour aider à payer la construction d’une nouvelle ligne entre Churchill Falls et l’ouest du Labrador (1 milliard $), des parcs d’éoliennes (1 milliard $) et des autres projets envisagés dans l’entente-cadre (1,5 milliard $).
Le fédéral offre aussi une garantie de prêt pour Gull Island, dont la facture est passée de 24,9 à 29,1 milliards $, selon Hydro Terre-Neuve-et-Labrador.

Mark Carney prend la pose avec des membres de la Nation innue du Labrador, le 17 août 2026, à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Quels sont les prochains obstacles?
Les parties espèrent finaliser les accords définitifs découlant de l’entente-cadre d'ici la fin de l'année en cours. Le calendrier sera plus restreint que celui annoncé en décembre 2024, lorsque les deux provinces se sont donné jusqu’en avril 2026 pour entériner l’ancien protocole d’entente.
Des élections provinciales seront déclenchées dans les prochains jours au Québec, où le prochain scrutin est prévu le 5 octobre. Selon les derniers sondages, le gouvernement québécois risque fort de changer de couleur.
Les principaux rivaux de la Coalition avenir Québec de Christine Fréchette, soit le Parti libéral et le Parti québécois, promettent d’examiner de près l’accord-cadre annoncé lundi, mais n'ont pas l'intention de le rejeter.
Tony Wakeham a de son côté abandonné sa promesse électorale de tenir un référendum sur les ententes définitives, convoquant plutôt les députés provinciaux à un débat spécial à la Chambre d’assemblée, ce qui enlève un obstacle important.
Les Innus du Labrador et du Québec devront donner leur accord, puisque ces aménagements se situent sur leurs terres ancestrales. Dans un communiqué conjoint diffusé lundi matin, les communautés de Uashat mak Mani-utenam et de Matimekush-Lac John, sur la Côte-Nord, affirment qu’aucun projet ne se réalisera sans leur consentement.


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