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La signature de l’entente-cadre entre le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador pour la centrale de Churchill Falls a suscité de vives réactions sur la Côte-Nord. Si certains acteurs régionaux voient le potentiel économique de cette entente, des communautés innues déplorent de ne pas avoir été consultées.
Dans un communiqué conjoint diffusé lundi matin, les communautés de Uashat mak Mani-utenam et de Matimekush-Lac John affirment qu’aucun projet ne se fera sans leur consentement. Elles soulignent que les installations de Churchill Falls se trouvent sur leur territoire traditionnel, le Nitassinan, et que la centrale a été construite et est exploitée illégalement.
Si l’absence de consultation se poursuit, le chef de Uashat mak Mani-utenam, Jonathan Shetush, prévient qu’il n’hésitera pas à demander des injonctions devant les tribunaux. Il rappelle que les deux communautés innues poursuivent déjà Hydro-Québec et la Churchill Falls (Labrador) Corporation Limited devant la Cour supérieure du Québec pour obtenir des réparations pour les activités passées de la centrale.
On demande à être rencontré et à savoir ce qui se passe sur notre territoire. […] On ne reconnaît pas la frontière entre le Québec et le Labrador, on était ici bien avant cette ligne-là.

Le chef Jonathan Shetush prévient qu'il demandera des injonctions aux tribunaux si les consultations n'ont pas lieu. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
La contestation s’étend également à l’est. La communauté innue d’Unamen Shipu dénonce aussi son exclusion des discussions. Le conseil rappelle que l’expansion projetée de Churchill Falls, le projet hydroélectrique de Gull Island et les nouveaux développements éoliens prévus au Labrador affectent directement leurs droits ancestraux de chasse, de pêche et d’occupation sur cette partie de leur Nitassinan.
Unamen Shipu exige ainsi l’ouverture immédiate d’un processus de consultation formel avant la conclusion des ententes définitives fixée au 31 décembre 2026.
Du côté d’Hydro-Québec, le vice-président exécutif à la Stratégie énergétique et réglementaire et aux activités industrielles, Dave Rhéaume, indique que les communautés innues de la Côte-Nord ne sont pas des partenaires directs du projet de Churchill Falls.
Il souligne toutefois qu’elles sont des parties prenantes essentielles pour la construction des lignes de transport d’électricité qui traverseront leur territoire.
L'enthousiasme du milieu des affaires
Pour d’autres acteurs économiques régionaux, cette entente-cadre représente de nouvelles opportunités d’affaires dans les prochaines années pour la Côte-Nord, voisine immédiate du Labrador.
Selon le directeur du développement industriel pour Innovation et Développement Manicouagan, Guy Simard, les deux territoires forment un vaste ensemble géographique naturel, ce qui place la Côte-Nord au premier plan pour bénéficier des retombées économiques de cette nouvelle entente.
Il souligne que les entreprises régionales possèdent une expertise dans les chantiers nordiques et les infrastructures hydroélectriques. Les investissements globaux d’Hydro-Québec, estimés à 45 milliards de dollars, pourraient donc venir alimenter les carnets de commandes régionaux, notamment pour la construction des lignes de transport d’électricité qui traverseront la Côte-Nord.

Guy Simard estime que la Côte-Nord est idéalement située pour profiter des retombées financières de la nouvelle entente. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Catherine Gosselin
Au-delà des retombées directes, cette entente est perçue comme la garantie énergétique attendue par les promoteurs industriels. Une entente comme celle-là vient apporter un petit peu d’oxygène, se réjouit Guy Simard.
Selon lui, l’accès à une partie des 10 000 MW d’électricité potentiels prévu par l’entente pourrait être crucial pour le développement de projets locaux, comme celui de Northern Graphite à Baie-Comeau, ainsi que pour le développement des minéraux critiques et stratégiques sur la Côte-Nord.
L’Association minière du Québec (AMQ) a d’ailleurs réagi avec enthousiasme à l’annonce de l’entente. La présidente-directrice générale, Emmanuelle Toussaint, était à Saint-Jean de Terre-Neuve pour assister à la signature de l’accord.
Selon elle, cette nouvelle entente pourrait générer des retombées économiques majeures pour les régions, comme la Côte-Nord, qui compte plusieurs projets de mines en développement, mais aussi des mines déjà en activité qui ont besoin d’électricité pour se moderniser.


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