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La présidente-directrice générale d'Hydro Terre-Neuve et Labrador, Jennifer Williams, a pris la parole pour la toute première fois depuis l’annonce de l’entente-cadre sur Churchill Falls, annoncée le 17 août. Elle a accordé une entrevue de plus de 35 minutes à l’animatrice Carolyn Stokes, de CBC.
Jennifer Williams était déjà PDG d’Hydro Terre-Neuve-et-Labrador lors de la signature de l’entente de principe conclue en 2024 par les gouvernements d’Andrew Furey et de François Legault.
Elle avait alors été l’une des principales promotrices de l’entente, la défendant avec vigueur dans l’espace public.
Alors, quel regard porte-t-elle aujourd’hui sur la nouvelle entente? La considère-t-elle comme plus avantageuse pour Terre-Neuve-et-Labrador, et si oui, pourquoi?
Jennifer Williams est sans équivoque. Il y a effectivement des éléments importants et majeurs dans cette entente qui sont meilleurs, affirme-t-elle.
Churchill Falls
La nouvelle entente vise à remplacer celle conclue en 1969, qui devait arriver à échéance en 2041. En vertu de cette entente, le Québec achète l’électricité produite à Churchill Falls à seulement 0,2 ¢ le kilowattheure, un tarif extrêmement bas, dénoncé et contesté depuis longtemps par Terre-Neuve-et-Labrador.
Selon Mme Williams, les deux dernières années ont permis de porter un regard neuf sur les négociations avec le gouvernement du Québec, et d’en tirer certaines leçons.
En vertu de la nouvelle entente, une partie de l’électricité réservée pour Terre-Neuve-et-Labrador peut être vendue à Hydro-Québec à un prix majoré si la province n'en a pas besoin.
Si nous avions de l’électricité et que nous ne l'utilisions pas, nous la vendions au Québec à 100 %. Dans l’entente actuelle, nous allons la leur vendre à 150 %, ou pas, nous avons le choix, explique-t-elle, en ajoutant que c’est l’une des raisons pour laquelle la province ferait plus de profits avec cette entente.
On préfère l’utiliser dans la province pour le développement économique. C’est un élément très important et une différence majeure, et nous avons été capables de l’obtenir.
Deuxièmement, la dirigeante souligne l’apport important du gouvernement fédéral, évalué à 10 milliards de dollars. Il s’agit d’un élément nouveau dans cette entente, qui devrait contribuer de façon importante à sa mise en œuvre et à la viabilité du projet.
Le Québec paie-t-il vraiment moins cher?
La PDG s’est également prononcée sur le fait que le Québec paierait l’électricité moins cher selon la nouvelle entente que ce qui était prévu dans l’entente précédente.
Plus précisément, selon les chiffres d’Hydro-Québec, l’électricité produite à Churchill Falls coûterait désormais 5,1 ¢ le kilowattheure. De son côté, Hydro Terre-Neuve-et-Labrador affirme que le prix moyen de l’électricité sera plutôt de 7,4 ¢ le kilowattheure.
Dans le protocole de 2024, nous n’avions pas, par exemple, de garantie de prêt fédéral pour Gull Island. Cela contribue à réduire les coûts pour le Québec. Les crédits d’impôt à l’investissement que le gouvernement fédéral va maintenant mettre sur la table contribuent également à réduire le prix.
Ils prennent aussi les dividendes liés à leur participation au capital, et ils les utilisent également pour réduire le prix, ce qui explique la différence.
Mme Williams a aussi pris le temps de répondre aux nombreuses questions sur les méthodes de paiement. Elle affirme d’abord que ce n’est pas un prix fixe.
Elle estime que les sommes versées au Trésor provincial en 2041-2042 devraient maintenant dépasser 3 milliards de dollars, alors qu’elles auraient été d’environ 2 milliards de dollars en vertu de l’entente précédente.
Jennifer Williams explique que le prix de l’électricité augmentera considérablement, soit près de 14 % par année jusqu’en 2041. Par la suite, il sera indexé à l’inflation, autour de 2,6 %, plutôt qu'à l’indice du marché de l’électricité.
Le gouvernement défend ce mécanisme, préférant éviter un arrimage complet au marché de l’électricité qu’il juge trop volatil. Selon Mme Williams, cette volatilité pourrait entraîner des variations de prix de l’ordre de 40 % à la hausse ou à la baisse.

Les premiers ministres de Terre-Neuve-et-Labrador et du Québec, Tony Wakeham et Christine Fréchette, lors de l'annonce d'un nouveau protocole d'entente entre les deux provinces pour développer le potentiel hydroélectrique du fleuve Churchill, à Saint-Jean de Terre-Neuve, le 17 août 2026.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Enfin, Mme Williams estime que refuser l’entente actuelle en espérant obtenir de meilleures conditions dans quelques années comporte des risques importants pour Terre-Neuve-et-Labrador.
Selon elle, le Québec pourrait simplement continuer à profiter des conditions extrêmement avantageuses du contrat de 1969 jusqu’à son échéance, tout en développant entre-temps d’autres sources d’approvisionnement.
Terre-Neuve-et-Labrador risquerait ainsi de laisser passer d’importantes occasions de développement économique au Labrador.
Elle défend également la durée de l’entente-cadre, qui est de 51 ans.
Selon elle, cette longue période est avantageuse non seulement pour le Québec, en lui offrant une certaine prévisibilité sur son approvisionnement énergétique, mais aussi pour Terre-Neuve-et-Labrador, puisqu’elle permettrait d’assurer au Labrador une vitalité économique et des investissements à long terme.


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