65 000 ronds-points. C’est le nombre que la France accumule sur son territoire, selon les estimations les plus récentes, et selon les données du SETRA (Service d’études sur les transports, les routes et leurs aménagements). Plus que le reste de l’Europe réuni. Et chacun d’eux coûte en moyenne 1 million d’euros à construire. Le calcul est vertigineux, mais il mérite qu’on s’y arrête.
À retenir
- Pourquoi la France construit-elle six fois plus de ronds-points que l’Allemagne ?
- Qui profitait vraiment de la « folie giratoire » des quarante dernières années ?
- Le vrai coût des ronds-points dépasse-t-il vraiment le budget annuel de l’Éducation nationale ?
Sommaire
- Le record mondial qui ne fait pas vraiment rire le contribuable
- Une histoire française : comment on en est arrivés là
- La facture réelle : bien au-delà du million d’euros
- Le rond-point de demain existe déjà
Le record mondial qui ne fait pas vraiment rire le contribuable
Malgré l’absence de statistiques officielles, la France est le pays qui en compterait le plus au monde. C’est six fois plus qu’en Allemagne, trois fois plus qu’au Royaume-Uni, deux fois plus qu’en Espagne ou en Italie. un pays de 68 millions d’habitants concentre à lui seul plus de giratoires que toute l’Europe additionnée. Pour un objet aussi banal qu’un carrefour circulaire, c’est une performance peu ordinaire.
Un rond-point coûte entre 100 000 et 1 million d’euros d’après le Centre d’études techniques de l’équipement (CETE). Le plus souvent, c’est l’acquisition du terrain qui fait flamber le prix final. Hors ce prix d’achat, en moyenne, 40 % des crédits sont consacrés à la chaussée, 30 % à la décoration, 25 % aux trottoirs et enfin 5 % à la signalisation. Trente pour cent à la décoration. Voilà une ligne budgétaire qui mérite d’être lue deux fois. Et elle n’est pas anecdotique.
Les ronds-points sont souvent agrémentés d’un décor, en vertu du « 1% artistique » qui impose à l’État, à ses établissements publics et aux collectivités territoriales une « obligation de décoration des constructions publiques ». C’est ainsi qu’on retrouve des citrons géants, des masques en métal d’André Malraux ou des cadrans solaires plantés au milieu de nulle part, financés à coups de deniers publics. L’association Contribuables Associés a même lancé un concours annuel du « rond-point le plus moche de France » pour en faire la démonstration.
Le premier rond-point en France a vu le jour place de l’Étoile à Paris en 1907, autour du célèbre Arc de Triomphe, sous l’impulsion de l’urbaniste Eugène Hénard. Mais l’objet reste alors une curiosité urbaine. Ensuite, ils se sont développés dans les années 1960 et 1970, avant de se démultiplier dans les années 1980 pour accompagner la croissance du réseau viaire des zones commerciales de périphérie, un choix urbanistique justifié au départ par de premiers travaux d’accidentologie qui ont montré que les carrefours classiques, avec priorité à droite, étaient dangereux.
Une conséquence directe de l’année 1972, terrible pour la France qui compte alors plus de 18 000 morts sur ses routes. Le traumatisme est collectif. La réponse, partiellement, c’est le giratoire. Un nombre en constante augmentation puisque 500 à 1 000 nouveaux ronds-points verraient le jour chaque année en France. Même aujourd’hui. Même en pleine rigueur budgétaire.
Il y a aussi une explication moins noble, que certains spécialistes avancent sans détour. Les ingénieurs publics ont longtemps reçu un complément de revenus de minimum 2 % d’honoraires de maîtrise d’œuvre sur le coût de réalisation des ronds-points. plus on en construisait, plus certains acteurs du système y trouvaient un intérêt financier direct. La « folie giratoire », comme certains l’appellent, a aussi des ressorts très prosaïques.
La facture réelle : bien au-delà du million d’euros
Le million à la construction, c’est déjà considérable. Mais la dépense ne s’arrête pas là. À quoi il faut ajouter un budget annuel d’entretien par ouvrage qui peut aller de 10 000 à 70 000 euros, lié à l’importance du trafic ou au sous-dimensionnement des structures. Sur 65 000 giratoires, même au bas de la fourchette, on arrive rapidement à des sommes qui donnent le vertige. Le coût annuel de ces aménagements routiers est estimé entre 5 et 6 milliards d’euros, soit une enveloppe d’au moins 200 milliards d’euros pour le contribuable français depuis 40 ans.
Pour mettre ce chiffre en perspective : 200 milliards en quarante ans, c’est davantage que le budget annuel de l’Éducation nationale française. Pour des cercles de béton et de bitume. La France compte environ un rond-point pour 2 000 habitants, quand l’Espagne, le Royaume-Uni ou l’Allemagne en disposent de deux à trois fois moins. Cet écart montre que cette densité n’est pas une fatalité géographique ou démographique. C’est un choix politique, répété pendant des décennies.
Reste la question à laquelle on revient toujours : ce choix a-t-il au moins prouvé son efficacité en termes de sécurité routière ? L’ONISR avance que de 1980 à 1990, « la construction de carrefours giratoires réduit notablement le nombre des accidents mortels ». La baisse de la mortalité routière française est réelle (de 18 000 morts en 1972 à moins de 3 000 aujourd’hui), mais elle résulte de dizaines de mesures simultanées : vitesse limitée, ceinture obligatoire, radars, permis à points. Difficile d’isoler la contribution des giratoires. Cet écart ne se traduit pas par une meilleure performance en matière de sécurité routière. L’accidentologie n’est pas significativement plus faible en France qu’ailleurs ; certaines études montrent même que les bénéfices attendus en termes de réduction des accidents graves se sont estompés avec le temps, du fait de l’habitude des conducteurs et de l’évolution générale des comportements routiers.
Le rond-point de demain existe déjà
Pendant qu’on débat du coût et de l’utilité des giratoires existants, une innovation commence à s’imposer discrètement sur le territoire. À Clermont-Ferrand, comme dans plusieurs autres villes de France, un nouveau type de rond-point révolutionne la sécurité routière. Le rond-point dit « à la hollandaise », importé des Pays-Bas, s’installe progressivement dans le paysage urbain français.
Son principe : à l’entrée et à la sortie, les véhicules motorisés doivent céder le passage aux cyclistes et aux piétons, créant une double protection pour les usagers les plus vulnérables. Avec zéro accident recensé depuis son implantation à Clermont-Ferrand, le rond-point « à la hollandaise » s’impose comme une solution pour réconcilier cyclistes et automobilistes. À Rennes, sur le rond-point des Gayeulles, l’un des axes les plus fréquentés de la métropole, deux années de test et un investissement à hauteur de 600 000 euros ont permis une meilleure cohabitation entre cyclistes, écoliers, piétons et véhicules motorisés.
600 000 euros pour un giratoire repensé qui protège mieux tout le monde : c’est au bas de la fourchette habituelle, pour un résultat mesurable. Le vrai sujet n’est peut-être pas de savoir si la France a trop de ronds-points, mais si elle en a construit assez souvent pour de bonnes raisons, avec la bonne conception. Entre septembre 2023 et septembre 2024, 240 cyclistes sont morts sur les routes françaises, soit environ 7 % des tués, une hausse de presque 30 % par rapport à 2019, ce qui incite à repenser en profondeur ce que ces infrastructures doivent réellement protéger.
Sources : journaldugeek.com | gameblog.fr


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