Une pincée de sel marin, c’est environ un gramme. Selon les données les plus récentes issues de plusieurs études européennes ayant passé au crible des dizaines de marques commerciales, ce gramme contiendrait en moyenne une centaine de microparticules de plastique. Pas des substances chimiques abstraites, pas un risque théorique : des fragments de polypropylène, des filaments de nylon, des lambeaux de film plastique. Directement dans votre salière.
À retenir
- Une pincée de sel marin, c’est environ 100 microplastiques invisibles à l’œil nu
- Le sel artisanal vanté pour son authenticité concentre paradoxalement plus de contamination plastique
- En consommant 10 grammes de sel par jour, vous ingérez potentiellement 2 000 microplastiques annuels
Sommaire
- Le paradoxe du « naturel »
- Ce qu’il y a réellement dans cette pincée
- Un risque sanitaire difficile à calibrer
- Que faire, concrètement ?
Le paradoxe du « naturel »
Le sel marin a bonne presse. Peu raffiné, il conserve ses nombreux oligo-éléments, qui lui confèrent sa saveur et sa couleur caractéristiques. Le sel gris de Guérande, par exemple, contient environ 1 à 3% de minéraux supplémentaires par rapport au sel raffiné. Ce différentiel nutritionnel, réel, mais modeste, a suffi à construire une réputation en or. Des millions de cuisiniers français ont fait le choix du sel marin précisément parce qu’il est « moins transformé », plus proche de la nature. Le problème, c’est que cette nature est aujourd’hui elle-même contaminée.
Chaque année, près de 11 millions de tonnes de plastique finissent dans les océans. Sous l’effet des rayons UV, de l’érosion et des courants marins, ces déchets se fragmentent en microplastiques. Le sel marin est donc, par construction, extrait d’une eau chargée en particules invisibles. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, le processus de fabrication artisanale, celui qu’on associe aux labels de qualité, aggrave le problème.
Le sel standard de nos supermarchés contient très peu de microplastiques : il est lavé et filtré plusieurs fois, éliminant ainsi quasiment toutes les particules de plastique. Dans les sels de fabrication artisanale, comme la fleur de sel, qui sont récoltés de manière manuelle et conditionnés sans être lavés, la quantité de microplastiques varie fortement, de quasi aucune particule jusqu’à des niveaux élevés. Les sels artisanaux peuvent ainsi ne contenir aucune particule comme en contenir jusqu’à 130 par kilo. Ce sont précisément les marques qui jouent sur le registre du « naturel » et de l’authentique qui présentent les résultats les plus imprévisibles.
Ce qu’il y a réellement dans cette pincée
Des chercheurs ont analysé 17 marques de sels marins ou de lacs issues de 8 pays : Australie, Iran, Japon, Nouvelle-Zélande, Portugal, Afrique du Sud, Malaisie et France — par spectroscopie Raman. Leurs conclusions sont accablantes : seule une marque ne contient pas de microplastiques. Et si cette marque est française, les cinq autres marques hexagonales n’échappent pas à cette contamination. La seule précision révélée : cette marque est vendue dans un contenant en verre.
En termes de composition, les polymères plastiques les plus courants trouvés sont le polypropylène (40%) et le polyéthylène (33,3%). 63,8% des microplastiques sont des fragments de plastique, 25,6% des filaments et 10,6% des films. Des matières qui ne viennent pas de nulle part : les microplastiques primaires sont incorporés dans les pneus, les peintures, les cosmétiques ou les textiles synthétiques. Leur taille est trop petite pour qu’ils soient retenus dans les stations d’épuration, et ils se retrouvent ainsi rejetés dans les eaux douces puis dans les mers et les océans.
L’origine géographique du sel joue également un rôle. D’après les échantillons analysés, ce sont les sels marins de la mer Méditerranée, particulièrement polluée par les plastiques, qui présentent les plus mauvais résultats. Un sel de Méditerranée certifié artisanal, vanté pour son terroir, peut donc concentrer plus de contamination plastique qu’un sel industriel blanc vendu en bas de gamme.
Un risque sanitaire difficile à calibrer
Si la consommation de sel par jour est de 10 grammes, le consommateur adulte moyen pourrait ingérer environ 2 000 microplastiques par an rien qu’en consommant du sel. Or, l’Anses confirme que les Français consomment en moyenne 8,7 grammes de sel par jour, soit bien au-dessus des 5 grammes recommandés par l’OMS. La dose réelle est donc probablement dans cet ordre de grandeur pour une fraction de l’exposition totale.
Car le sel n’est qu’une entrée parmi d’autres. Une étude de l’Anses a mesuré les teneurs en microplastiques de différentes boissons vendues sur le marché français. Elle montre que toutes les boissons présentes sur le marché sont contaminées à différents niveaux, y compris celles vendues en bouteille en verre. Résultat : la question n’est plus de savoir si l’on absorbe des microplastiques, mais en quelle quantité et depuis combien de vecteurs.
Les microplastiques sont préoccupants pour la santé humaine à cause des substances problématiques qu’ils contiennent, mais aussi à cause d’effets mécaniques. Des premières études chez l’homme ont montré leur présence dans les poumons, le sang, le placenta, selon Guillaume Duflos, de l’Anses. Les microplastiques ne sont pas de simples impuretés inertes : ils contiennent des composés toxiques comme des plastifiants et des colorants, et absorbent les polluants présents dans l’eau. Plus préoccupant encore, ces microplastiques sont parfois porteurs d’éléments toxiques ajoutés pendant leur fabrication, comme des phtalates, des retardateurs de flammes ou du bisphénol A.
Que faire, concrètement ?
Il n’existe encore aucune norme spécifique fixant des seuils maximum de microplastiques dans le sel marin ou autres produits. Le vide réglementaire est total. Dans ce contexte, le choix du contenant pèse autant que l’origine du sel : la seule marque exempte de microplastiques dans l’étude était vendue dans un contenant en verre. Un indice à retenir au rayon condiments.
La principale variable sur laquelle le consommateur garde la main reste la quantité totale consommée. En France, la consommation moyenne atteint 8 à 9 grammes par jour, soit près du double des recommandations. Le problème n’est pas tant le sel ajouté en cuisine, mais celui déjà présent dans le pain, les plats préparés, la charcuterie ou les fromages. Réduire les produits ultra-transformés réduit mécaniquement l’exposition, quel que soit le sel qu’on choisit de mettre dans sa salière. En 2025, une étude de l’ADEME révèle que 76% des sols français analysés sont contaminés par des microplastiques, ce qui signifie que les légumes cultivés en pleine terre ne sont pas non plus exempts de la question. Le sel marin n’est pas un coupable isolé ; il est le révélateur d’une contamination généralisée dont on commence à peine à mesurer l’ampleur réelle.
Sources : anguillesousroche.com | side.developpement-durable.gouv.fr


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