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Primé à Venise, NAZA provoque une riposte politique qui vise désormais directement ses deux réalisateurs israéliens.
Le motif avancé n’a rien de subtil : la « trahison envers l’État ».
Sur X, Miki Zohar, ministre de la Culture et du Sport, a accusé les deux cinéastes de vouloir « nuire à leur patrie » afin d’obtenir les applaudissements d’antisémites à travers le monde. Il assure vouloir agir « immédiatement » pour faire retirer leur citoyenneté aux deux réalisateurs.
Autrement dit, le débat sur le contenu du film glisse rapidement vers un autre terrain : peut-on encore montrer ce que racontent des militaires israéliens sans être accusé de trahir Israël ?
24 militaires et membres du renseignement témoignent
NAZA ne repose pourtant pas sur les déclarations de responsables du Hamas ou de militants palestiniens. Le documentaire a été construit à partir des témoignages de 24 militaires et membres du renseignement israéliens, interrogés anonymement pendant près de trois ans.
Ces hommes racontent leur participation aux systèmes de surveillance, de sélection des cibles et de bombardement utilisés dans la bande de Gaza. Plusieurs décrivent une organisation dans laquelle le nombre de civils susceptibles d’être tués pouvait être évalué avant une frappe.
Le titre même du documentaire vient de « NAZA », acronyme employé pour désigner les victimes civiles attendues comme dommages collatéraux.
Le film de 80 minutes a reçu le prix spécial du jury de la Mostra de Venise. Lors de sa présentation, il avait déjà provoqué une réaction spectaculaire : environ 25 minutes d’ovation debout.
À l’étranger, une récompense. En Israël, une accusation de trahison. Le contraste est assez parfait pour se passer de scénariste.
Ben-Gvir entre à son tour dans la salle
Miki Zohar n’est pas seul. Le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir s’en est également pris aux cinéastes : « Vous êtes une honte et un embarras pour tout le peuple d’Israël. Partez ! »
L’armée israélienne, de son côté, rejette les accusations formulées dans le documentaire. Elle critique notamment l’utilisation de témoignages anonymes dont, selon elle, l’identité ne peut pas être vérifiée.
Une contestation qui relève du débat sur le fond. La menace de retirer leur nationalité aux réalisateurs franchit, elle, une marche supplémentaire. Leur précédent documentaire, No Other Land, a remporté le prix du public Panorama du meilleur film documentaire, le prix du meilleur documentaire de la Berlinale et l’Oscar du meilleur film documentaire lors de la 97e cérémonie des Oscars le 2 mars 2025, alors qu’il n’est toujours pas distribué en salles en Israël et aux États-Unis.
Miki Zohar ne peut pas décider seul
La déclaration du ministre ne signifie pas que Yuval Abraham et Rachel Szor vont perdre demain leur passeport. Le droit israélien permet effectivement la déchéance de nationalité dans certaines situations, mais la procédure est lourde et exceptionnellement appliquée. Le ministre de l’Intérieur doit engager la demande, le ministre de la Justice doit l’approuver et la décision doit ensuite recevoir une validation judiciaire.
Miki Zohar ne possède donc pas le bouton « supprimer la nationalité » sur son bureau.
Mais politiquement, le message est déjà envoyé : après avoir recueilli pendant trois ans les témoignages de ceux qui ont participé aux opérations militaires à Gaza, Abraham et Szor ne sont pas seulement invités à défendre leur film. Un membre du gouvernement veut désormais leur faire comprendre que certaines images peuvent coûter beaucoup plus cher qu’une mauvaise critique de cinéma.


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