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Quelques heures seulement après le début, le 8 septembre, d'une grève impliquant environ 350 techniciens et technologues de laboratoire de l'entreprise d'analyses sanguines Dynacare, le premier ministre néo-démocrate du Manitoba, Wab Kinew, a dépêché des avocats du gouvernement auprès de la Commission des relations du travail de la province pour obtenir une ordonnance de retour au travail briseuse de grève.
Peu après, la Commission a émis une ordonnance provisoire obligeant les travailleurs à reprendre pleinement leurs activités tout en examinant si leur travail devait être classé comme « essentiel », ce qui aurait pour effet de leur retirer le droit de grève.
La direction syndicale de la Manitoba Association of Health Care Professionals (MAHCP) s'est rapidement pliée à ce diktat anti-travailleur et a ordonné aux grévistes de lever les piquets de grève et de reprendre le travail le lendemain.
L'intervention de Kinew place le gouvernement néo-démocrate du Manitoba, pourtant présenté comme « protravailleur », au cœur même de l'offensive menée à travers le Canada contre le droit de grève.
Le NPD fédéral a soutenu le gouvernement libéral minoritaire de Justin Trudeau alors que celui-ci s'octroyait de nouveaux pouvoirs étendus pour rendre les grèves illégales grâce à une réinterprétation fallacieuse de l'article 107 du Code canadien du travail. Le gouvernement Trudeau a utilisé ces pouvoirs contre les travailleurs du rail, des ports et des services postaux, et le gouvernement libéral de Carney a poursuivi dans la même voie.
Le NPD et la bureaucratie syndicale sont désormais étroitement alignés sur Carney dans le cadre de la campagne nationaliste « Équipe Canada », qui exige que les travailleurs subordonnent leurs intérêts à la compétitivité et aux ambitions géopolitiques de l'impérialisme canadien. Parallèlement, le gouvernement Carney a lancé un examen plus large du Code canadien du travail, incluant le cadre juridique régissant les grèves et la négociation collective.
L'action briseuse de grève de Kinew contre les travailleurs de Dynacare révèle que les critiques du NPD concernant l'utilisation de l'article 107 par les libéraux fédéraux ne sont qu'une imposture. Leurs objections ne sont que les jérémiades hypocrites d'un parti qui a contribué à créer les conditions politiques permettant l'usage de ces pouvoirs et dont les alliés les plus proches au sein de la bureaucratie syndicale craignent qu'une répression étatique brutale des grèves discrédite le système de négociation collective, provoque une révolte des travailleurs et compromette les privilèges découlant du fait d'avoir « une place à la table » et d’occuper un rôle de gendarme dans la lutte des classes.
La décision de Kinew n'a rien d'une anomalie. Depuis sa fondation en 1961, le NPD a cherché à maintes reprises à démontrer qu'il était un instrument de gouvernement «responsable », digne de confiance pour défendre les intérêts des grandes entreprises et l'État canadien. Les chefs du NPD fédéral ont soutenu les gouvernements libéraux chaque fois que cela s'avérait nécessaire, tandis que les gouvernements néo-démocrates provinciaux – de Roy Romanow en Saskatchewan et Bob Rae en Ontario jusqu'à Gary Doer au Manitoba – ont imposé l'austérité et appliqué les exigences du capital.
Kinew est arrivé au pouvoir en promettant de redresser le système de santé en piètre état du Manitoba mais son gouvernement a imposé une stricte rigueur budgétaire et salariale aux travailleurs mêmes dont dépend ce système. En 2024, la suspension pour un an de la taxe provinciale sur le carburant a coûté au Trésor environ 340 millions de dollars de recettes. Kinew a par la suite annoncé des mesures de limitation des dépenses visant à maintenir la croissance annuelle des dépenses en deçà du niveau nécessaire pour faire face à l'inflation, à la croissance démographique et aux besoins croissants du système de santé.
Parallèlement, son gouvernement a adhéré à la volonté de la classe dirigeante canadienne de réarmer le pays et d'intensifier l'extraction des ressources. Kinew a exhorté Ottawa à accélérer les dépenses militaires et a présenté le Manitoba comme le « Costco des minéraux critiques », mettant ainsi les ressources de la province à la disposition des grandes entreprises canadiennes et des ambitions stratégiques et militaires d'Ottawa.
Les conséquences pour les travailleurs sont apparues clairement en octobre 2024, lorsque les directions syndicales du SCFP et du MGEU ont annulé la grève prévue de 25 000 travailleurs de soutien du secteur de la santé après avoir conclu une entente de principe avec la province. Un sondage du SCFP auprès de plus de 5000 travailleurs de soutien a révélé qu'environ un sur seize avait eu recours aux banques alimentaires ou à l'aide caritative, et qu'un sur neuf avait connu une situation de précarité du logement. Kinew a salué l'accord tout en précisant que son gouvernement n'accorderait pas les augmentations salariales nécessaires pour compenser des années de baisse des revenus réels.
Son intervention à l'encontre des techniciens de Dynacare s'inscrit dans la continuité de ce bilan.
Ces techniciens sont sans convention collective depuis le 31 mars. Selon le MAHCP, ils sont rémunérés entre 20 et 50 % de moins que les techniciens effectuant un travail comparable dans les laboratoires publics. Dynacare a proposé des augmentations salariales qui laisseraient tout de même ses employés bien en deçà de leurs homologues du secteur public.
Pour tenter de justifier son opération briseuse de grève, Kinew a affirmé que les techniciens étaient trop importants pour le fonctionnement du système de santé pour qu'on leur permette de faire grève. Pourtant, des mois avant le débrayage, le syndicat et Dynacare avaient convenu qu'un accord sur les services essentiels n'était pas nécessaire. La province elle-même s'était également préparée à la grève.
Shared Health avait annoncé, avant le débrayage, que le système de santé du Manitoba était prêt à faire face à la perturbation du travail et que les autorités sanitaires régionales, Shared Health, CancerCare Manitoba et le gouvernement provincial avaient œuvré pour assurer la continuité des services de laboratoire essentiels. Les tests de diagnostic urgents et critiques devaient se poursuivre, tandis que les tests non urgents seraient reportés lorsque cela ne présentait aucun risque médical.
L'intervention de dernière minute a donc pris l'allure d'un guet-apens. Ce n'est qu'une fois que les travailleurs ont effectivement exercé leur droit de grève que le gouvernement néo-démocrate s'est précipité devant la Commission des relations du travail pour exiger qu'ils soient contraints de reprendre le travail.
Après le retour au travail des techniciens, et sur fond d'accusations d'hypocrisie, Kinew a tenté de limiter les dégâts. « Dynacare est nul », a-t-il déclaré aux journalistes, avant de suggérer que si l'entreprise ne réglait pas ses problèmes, le gouvernement disposait de « portes de sortie » pour mettre fin au contrat qui le liait à elle.
Ces déclarations à l'emporte-pièce ne peuvent masquer la réalité de la situation. Confronté à un conflit opposant des travailleurs réclamant des augmentations de salaire à une grande entreprise privée de soins de santé, le gouvernement Kinew est intervenu pour désarmer les travailleurs et renforcer la position de la direction. Par ailleurs, Dynacare n'est pas un petit acteur local impuissant face auquel Kinew serait incapable d'agir.
Dynacare appartient à Labcorp (officiellement Laboratory Corporation of America Holdings), une importante société américaine de laboratoires cliniques présente dans toute l'Amérique du Nord et à l'international. La lutte des travailleurs de Dynacare souligne donc la nécessité de rejeter le nationalisme prôné par le NPD et la bureaucratie syndicale, et de se tourner vers les travailleurs de part et d'autre de la frontière canado-américaine – y compris les employés de Labcorp aux États-Unis – qui font face aux mêmes pressions visant à réduire les coûts de main-d'œuvre, à intensifier la charge de travail et à accroître les profits des entreprises.
L'attitude de Kinew met également en lumière la position réelle du NPD à l'égard du droit de grève. En 2024, il a soutenu l'intervention du gouvernement Trudeau contre les travailleurs du CN et du CPKC, insistant sur la nécessité pour les compagnies ferroviaires de reprendre leurs activités dans l'intérêt de l'économie. À présent, son propre gouvernement a eu recours au dispositif provincial de relations du travail pour réprimer directement une grève.
Kinew est arrivé au pouvoir en promettant aux syndicats des conditions plus favorables au sein du système de négociation collective, notamment l'annulation de certaines mesures conservatrices visant à entraver la reconnaissance syndicale. Toutefois, le cadre de négociation réglementé par l'État reste conçu pour cantonner la lutte de classe dans des voies légalement prescrites. La législation du Manitoba prévoit un arbitrage obligatoire après 60 jours de grève ou de lock-out, garantissant ainsi que même un conflit prolongé puisse, en fin de compte, échapper au contrôle des travailleurs. L'appareil syndical accepte ce cadre, car ses privilèges dépendent de son maintien.
La situation des travailleurs de Dynacare doit être replacée dans le contexte des luttes menées par les cheminots, les débardeurs, les postiers et les agents de bord d'Air Canada. Dans chaque cas, les travailleurs se sont heurtés à un appareil d'État de plus en plus enclin à suspendre le droit de grève lorsque les profits des entreprises, les chaînes d'approvisionnement ou les intérêts plus larges de la classe dirigeante sont menacés.
Les travailleurs ne peuvent défendre leurs intérêts en comptant sur le NPD, les libéraux ou la bureaucratie syndicale pour gérer ce système de manière plus équitable. Les travailleurs de Dynacare devraient s'organiser de façon indépendante au sein de comités de base et solliciter le soutien actif des travailleurs de la santé de tout le Manitoba et du Canada.
Surtout, leur lutte doit franchir les frontières. Le fait que Dynacare appartienne à Labcorp démontre concrètement que les entreprises auxquelles les travailleurs font face opèrent à l'échelle internationale. Les travailleurs doivent réagir de la même manière : en rejetant le nationalisme de type « Équipe Canada » et en s'unissant à leurs frères et sœurs de classe aux États-Unis et dans le monde entier pour lutter contre les entreprises, les gouvernements et les bureaucraties syndicales qui cherchent à subordonner leur vie et leurs moyens de subsistance au profit.


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