En 2003, Séoul a décidé de démolir une autoroute surélevée de 5,6 km de long et de 16 m de large, posée sur une rivière enterrée en plein cœur de la ville. Le résultat se lit au thermomètre : le long de l’eau retrouvée, il fait entre 3,3 et 5,9 °C de moins que dans une rue parallèle située à 4 à 7 pâtés de maisons.
Le chantier s’est étalé de juillet 2003 à 2005.
À retenir
- La voie surélevée de 5,6 km a été démolie entre juillet 2003 et 2005.
- Le long de la rivière restaurée, il fait 3,3 à 5,9 °C de moins qu’une rue voisine.
- Les espèces de poissons sont passées de 4 à 25 entre 2003 et 2008.
Sommaire
Une voie rapide perchée sur une rivière
La Cheonggyecheon était à l’origine une rivière saisonnière très fréquentée, qui coupait la ville en deux, avant d’être recouverte de dalles puis d’une voie rapide surélevée. Cette voie écoulait 160 000 véhicules par jour et restait pourtant perpétuellement encombrée, alors que les opposants au projet la jugeaient vitale pour l’économie de la ville.
Le déclencheur n’a pas été écologique mais sécuritaire. Depuis les années 1990, la structure de la dalle et de la voie surélevée se dégradait et faisait peser de sérieux risques. Garder en état cette dalle de 30 ans exigeait un entretien coûteux, et une reconstruction complète finissait par s’imposer. Le plan directeur de la restauration a été achevé en juin 2003, au terme d’une série de discussions entre la ville et ses partenaires.
Le cours d’eau, lui, mesure 10,9 km.
À titre de repère, les 5,6 km d’autoroute rasés représentent environ 1 h 10 de marche à allure normale, sur 16 m de largeur de tablier. Les matériaux issus de la démolition de la dalle et de la voie ont été en partie réemployés dans l’aménagement du site.
3,3 à 5,9 °C : ce que disent les relevés
Le chiffre repose sur une comparaison précise : des relevés pris le long du ruisseau, mis en regard de ceux d’une rue parallèle située à 4 à 7 pâtés de maisons, donnent entre 3,3 et 5,9 °C d’écart. Les chercheurs l’attribuent à un cumul de facteurs : le retrait de la chaussée, l’effet rafraîchissant de l’eau, une végétation plus dense et la baisse des trajets en voiture. Ces mesures figurent dans des travaux de recherche publiés en 2009, soit quatre ans après la fin du chantier.
Le vent a sa part. Dans le couloir débarrassé de son tablier, la vitesse de l’air a augmenté de 2,2 à 7,8 %, puisque la voie surélevée ne fait plus écran. Les particules fines sont passées de 74 à 48 microgrammes par mètre cube, soit 35 % de moins. Avant la restauration, les habitants du secteur avaient plus de deux fois plus de risques de souffrir de maladies respiratoires que ceux du reste de la ville.
Ces valeurs décrivent le corridor et ses abords, pas la ville entière : Séoul compte environ 23 millions d’habitants dans son agglomération, et le ruisseau n’en rafraîchit qu’une bande étroite. Les 5,9 °C marquent le haut de la fourchette, pas une moyenne. Pour fixer les idées, cela revient à 24 °C au bord de l’eau contre près de 30 °C une rue plus loin.
Moins de voitures, plus de poissons
Côté circulation, les entrées de véhicules dans le centre ont reculé de 2,3 %, pendant que la fréquentation du métro progressait de 4,3 %, la ville ayant parallèlement étendu ses bus en site propre et amélioré les infrastructures pour les déplacements non motorisés. Ces chiffres comptent des entrées dans le centre, pas l’état des embouteillages, dont ils ne disent rien.
Entre 2003 et 2008, les poissons sont passés de 4 à 25 espèces.
Les oiseaux sont passés de 6 à 36 espèces et les plantes de 62 à 308. La variété a donc été multipliée par 6 pour les poissons comme pour les oiseaux, et par 5 pour les plantes. L’ouvrage encaisse aussi les crues : il est dimensionné pour une crue de période de retour de 200 ans. Avant les travaux, ce secteur n’attirait personne le dimanche ni les jours fériés, et les relevés de fréquentation montrent depuis une hausse nette des visiteurs.
Autour du ruisseau, de nouveaux immeubles, commerces et logements ont été construits après la restauration, ce qui faisait partie des objectifs de la ville. Le tracé est devenu l’un des axes majeurs du réseau vert de Séoul. Le plan prévoyait que la collectivité démolisse et aménage d’abord, avant que le secteur privé prenne le relais.
Le prix de l’opération, et ce qu’il reste à vérifier
La restauration a disposé d’un budget de 384 milliards de wons, dont 100 milliards initialement réservés à la rénovation de la voie surélevée. En Corée du Sud, près de 100 autres routes surélevées auraient été programmées pour la démolition, d’après un bilan ancien.
Reste une précision de méthode. L’écart de 3,3 à 5,9 °C compare deux rues au même moment, il ne suit pas une même rue avant et après les travaux. Pour ce avant/après, le repère disponible est l’écart avec la moyenne de Séoul : le secteur affichait 2,2 °C de plus avant la restauration, et 1,3 °C de plus ensuite.
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