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En remplaçant la barre à mine par l’air comprimé, un ingénieur savoyard a littéralement percé le Mont-Cenis quatre fois plus vite que prévu

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Le tunnel du Fréjus, que l’on appelle aussi tunnel du Mont-Cenis, a été percé à deux vitesses très différentes. À la main, les mineurs gagnaient environ 0,6 m par jour. En 1870, côté Bardonnèche, la cadence atteignait 2,44 m par jour avec les perforatrices à air comprimé, soit jusqu’à quatre fois plus vite. Ce bond est associé au nom de l’ingénieur savoyard Germain Sommeiller, qui n’a pourtant pas travaillé seul.

Quatre fois, mais pas dès le premier jour.

À retenir

  • Au début, les mineurs avançaient de 0,6 m par jour à la main.
  • En 1870, les perforatrices à air comprimé atteignaient 2,44 m par jour à Bardonnèche.
  • Les premières années, la machine était plus lente que les bras à cause des pannes et de l’inexpérience.
  • Les deux galeries se sont rejointes le 25 décembre 1870, après 12 233 m de roche percée.

Sommaire

  1. 0,63 m par jour : le rythme de la barre à mine
  2. Janvier 1861 : l’air comprimé entre dans la galerie
  3. 2,44 m par jour : la courbe qui s’envole
  4. Le 25 décembre 1870, la dernière paroi cède

0,63 m par jour : le rythme de la barre à mine

Les travaux commencent en 1857 entre Modane, en Savoie, et Bardonnèche (Bardonecchia), en Italie. La première mine est tirée côté Modane fin août 1857, puis côté Bardonnèche le 14 novembre de la même année. Les trous de mine sont alors percés à la main, pour un avancement d’environ 0,6 m par jour. Le bilan de janvier 1861 est sévère : en 3 ans et 4 mois, seuls 725 m ont été creusés côté Bardonnèche, soit 0,63 m par jour.

Le calcul donne le vertige. Pour percer 12 233,55 m à ce rythme, un seul front aurait réclamé plus de 53 ans, et encore plus de 26 ans avec deux fronts avançant en même temps (ce sont des ordres de grandeur tirés du chiffre de 0,63 m par jour, pas des estimations d’époque).

Le 12 janvier 1861, une machine démarre à Bardonnèche.

Janvier 1861 : l’air comprimé entre dans la galerie

La première perforatrice de Sommeiller, alimentée en air comprimé, remplace la force des bras à Bardonnèche. Côté Modane, il faut attendre le 25 janvier 1863. L’invention n’est pas l’œuvre d’un seul homme : Sommeiller l’a mise au point avec deux autres ingénieurs, Grandis et Grattoni, et d’autres inventeurs travaillaient sur le même sujet, dont Bartlett et Colladon.

Les débuts déçoivent. En 1861, l’avancement tombe à 0,47 m par jour, donc moins que le travail à la main, à cause des pannes et du manque d’expérience des ouvriers.

Une machine neuve dans une galerie de montagne, c’est d’abord un apprentissage. Il a fallu former des équipes, réparer, régler, recommencer, et la courbe ne s’est redressée qu’avec les années.

2,44 m par jour : la courbe qui s’envole

Le rythme finit par monter nettement. Côté Bardonnèche, il atteint 2,27 m par jour en 1869, puis 2,44 m par jour en 1870, ce qui représente 889 m creusés dans l’année. Côté Modane, où la machine est arrivée plus tard, l’avancement est de 2,05 m par jour en 1870. Rapportés aux 0,63 m par jour de la main, ces chiffres donnent un rapport d’environ 3,3 à presque 3,9 selon le front.

Le « quatre fois plus vite » est donc un plafond atteint en fin de chantier, pas une moyenne sur toute la durée des travaux. L’année 1861 montre même l’inverse, avec une machine moins rapide que les bras.

Le 25 décembre 1870, la dernière paroi cède

Le 25 décembre 1870 à 16 h 25, la sonde traverse la dernière paroi de rocher.

Cette paroi mesure environ 4 m d’épaisseur et elle est détruite à l’explosif dans la nuit du 25 au 26 décembre. Au total, 7 080 m ont été creusés depuis Bardonnèche et 5 153 m depuis Modane. Les deux galeries se rejoignent donc après 12 233 m de roche, auxquels s’ajoutent les derniers décimètres.

La longueur de l’ouvrage dépend de ce que l’on mesure. Entre ses deux entrées, le tunnel fait 12 233,55 m, soit environ 12,2 km percés. Avec les raccords d’accès, les trains parcourent 12 847 m, et l’on parle d’environ 13,6 km après la modification de 1881.

Germain Sommeiller, né le 15 février 1815 à Saint-Jeoire-en-Faucigny, en Haute-Savoie, meurt le 11 juillet 1871. Il n’aura pas vu son tunnel en service, puisque l’ouverture a lieu plus de deux mois plus tard.

Le 17 septembre 1871, un premier train de 400 personnes traverse le tunnel en 22 minutes, de Bardonnèche à Fourneaux. Au rythme manuel de 0,63 m par jour, 22 minutes de travail à la barre à mine représentaient environ 1 cm de roche.

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Sources : structurae.net | tracesdefrance.fr

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