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Tout le monde croit que les hémorroïdes sont une maladie : depuis 1975, les médecins savent que chacun en a et qu’elles jouent un rôle bien précis

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Les hémorroïdes ne sont pas une maladie. Ce sont des structures anatomiques que chacun possède depuis la naissance, nichées au cœur du canal anal. Depuis 1975, la médecine sait qu’elles remplissent une fonction précise. Ce n’est que lorsqu’elles se dérèglent qu’elles deviennent ce trouble redouté en silence.

À retenir

  • Depuis 1975, W.H.F. Thomson a démontré que les hémorroïdes sont des coussinets vasculaires naturels présents chez tout le monde dès la naissance.
  • Ces coussinets assurent 15 à 20 % de la pression anale de repos et jouent un rôle clé dans la continence.
  • On ne parle de maladie hémorroïdaire que lorsque ces coussinets gonflent anormalement, saignent ou provoquent des douleurs persistantes.

Le jour où un médecin a prouvé que tout le monde cache des coussinets vasculaires

En juillet 1975, le British Journal of Surgery publie un texte qui va rebattre les cartes de la proctologie. Son auteur, W.H.F. Thomson, y présente les conclusions de sa thèse de Master of Surgery, intitulée The nature of haemorrhoids. L’article tient en quelques pages, du volume 62, de la page 542 à la page 552. Mais son contenu va durablement changer le regard porté sur une zone du corps dont on parle peu.

Thomson y décrit des formations qu’il appelle des coussinets, tapissées de tissu sous-muqueux et logées dans le canal anal. Rien d’accidentel ni de pathologique dans leur présence. Selon lui, ces coussinets existent chez tout être humain, et ce dès la naissance. L’idée paraît presque dérangeante tant le mot hémorroïde est associé, dans l’imaginaire collectif, à la souffrance et à la gêne.

Sa démonstration va plus loin. Pour Thomson, ce que l’on appelle communément des hémorroïdes pathologiques ne correspond pas à l’apparition de nouvelles structures. Il s’agit principalement du déplacement de ces coussinets déjà existants, qui peuvent aussi gonfler ou se congestionner. Autrement dit, la pathologie ne crée rien de nouveau, elle dérègle quelque chose qui était déjà là, et qui fonctionnait normalement.

Cette distinction, à première vue technique, a des conséquences très concrètes. Elle explique pourquoi la chirurgie moderne cherche désormais à préserver ces coussinets plutôt qu’à les supprimer systématiquement. Comprendre leur rôle, c’est comprendre pourquoi on ne traite plus les hémorroïdes comme une anomalie à éradiquer, mais comme un organe à rééquilibrer.

15 à 20 % d’une fonction vitale que personne ne soupçonnait

Si ces coussinets vasculaires existent naturellement, encore faut-il savoir à quoi ils servent. La réponse tient à une fonction aussi discrète qu’essentielle, celle de la continence. Le remplissage de ces espaces vasculaires contribuerait pour 15 à 20 % à la pression anale de repos, c’est-à-dire à la capacité du canal anal à rester fermé en dehors des moments d’évacuation.

Une autre référence proctologique française, citant les travaux de Lestar, avance un chiffre très proche, autour de 15 %, pour qualifier la participation de ces coussinets au tonus de base du canal anal. Deux équipes, deux époques, un même constat. On tient là une sorte de coussin gonflable interne, qui participe à l’étanchéité du système digestif sans qu’on y pense jamais.

Ces coussinets ne sont pas disposés au hasard. Ils forment ce que la littérature médicale appelle un système trivalve, organisé selon trois positions précises dans le canal anal, à savoir antérolatérale droite, postérolatérale droite et latérale gauche. Cette disposition en triangle permettrait une fermeture homogène du canal, un peu comme trois coussins qui se répartissent la pression pour éviter toute fuite.

C’est là que se trouve la réponse à la question posée par le titre de cet article. Décrits par Thomson en 1975, ces coussinets fournissent 15 à 20 % de la pression anale de repos, selon les travaux de Lestar publiés en 1989. On ne parle de maladie que s’ils gonflent anormalement ou se mettent à saigner. Tant qu’ils remplissent leur rôle, ils ne sont qu’une pièce silencieuse de l’anatomie, au même titre qu’un muscle ou qu’une valve.

Quand ces coussinets normaux basculent soudain dans la maladie

La nuance entre hémorroïdes et maladie hémorroïdaire n’a rien d’anecdotique pour les spécialistes. La littérature distingue clairement les hémorroïdes, formations anatomiques normales présentes dès la naissance, de ce que l’on appelle l’hémorroïde maladie. Le terme de maladie hémorroïdaire devrait d’ailleurs être réservé aux seuls cas où les coussinets deviennent anormaux et symptomatiques, et non employé à chaque gêne passagère.

Dans les faits, cette confusion de vocabulaire ne doit pas masquer l’ampleur du phénomène. La pathologie hémorroïdaire reste la première cause de consultation en proctologie, même si son épidémiologie demeure mal documentée. Les recommandations de la Société nationale française de colo-proctologie évoquent une prévalence oscillant entre 4,4 % et 86 % selon les populations étudiées et les définitions retenues, un écart qui montre à quel point le sujet reste difficile à cerner précisément.

Certaines données sont toutefois bien établies. Selon la SNFCP, un patient sur deux aurait déjà présenté des symptômes hémorroïdaires après 50 ans. La grossesse et l’accouchement constituent aussi des périodes à risque, puisque la pathologie toucherait une femme sur dix pendant la grossesse, et jusqu’à une femme sur cinq après l’accouchement, un contexte que connaissent bien les sages-femmes et les gynécologues.

Le sujet continue d’ailleurs de mobiliser la communauté médicale. Lors des Journées nationales de médecine générale 2024, le Dr Vincent de Parades, de l’Hôpital Paris Saint-Joseph, est intervenu spécifiquement sur la prise en charge de cette pathologie. À l’échelle européenne, l’European Society of ColoProctology a publié sa propre recommandation sur la maladie hémorroïdaire dans la revue Colorectal Disease en juin 2020, preuve que la compréhension affinée par Thomson continue d’irriguer la pratique clinique, près de cinquante ans plus tard.

Ce qui change finalement, ce n’est pas la présence de ces coussinets, mais le regard qu’on porte sur eux. Savoir qu’ils participent à la continence invite à relativiser l’inquiétude qu’inspire le simple mot hémorroïde. Reste à surveiller les vrais signaux d’alerte, les saignements, les douleurs persistantes ou les gonflements anormaux, ceux qui, eux, justifient une consultation plutôt qu’un haussement d’épaules.

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Rédigé par Brice L.

Brice est un journaliste passionné de sciences. Il écrit des articles scientifiques depuis plus d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.

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