Une ligne ininterrompue de 22 387 kilomètres, tracée du Cap jusqu’en Sibérie, sans embarquer sur le moindre bateau : voilà le défi géographique imaginé sur Google Maps par un internaute. Seize pays, treize fois l’Everest en dénivelé et plus d’un an de marche continue séparent ces deux points du globe.
À retenir
- Un internaute a tracé sur Google Maps un itinéraire terrestre de 22 387 km reliant Le Cap à Magadan sans aucune traversée maritime, soit 187 jours de marche continue.
- Le parcours cumule 117 693 mètres de dénivelé positif, l’équivalent de treize ascensions de l’Everest, et traverse des zones de conflit et des frontières instables.
- Le dernier tronçon emprunte la route des Os en Sibérie, une région menacée par le dégel du permafrost qui pourrait affecter jusqu’à 3,6 millions de personnes d’ici 2050.
Le trajet impossible qui tient pourtant la route : seize pays sans embarquer une seule fois
Tout part d’une question en apparence anodine, posée en 2019 sur Reddit par un utilisateur répondant au pseudonyme de cbz3000. Quel est le plus long trajet que l’on puisse parcourir à pied sur Terre, sans jamais traverser un océan ? Pour y répondre, il a passé au peigne fin les routes et les sentiers répertoriés par Google Maps, à la recherche d’une continuité terrestre absolue.
Le résultat de cette exploration numérique a de quoi donner le vertige. Un itinéraire de 22 387 kilomètres reliant Le Cap, en Afrique du Sud, à la ville russe de Magadan, sur les rives de la mer d’Okhotsk. Au total, seize pays sont traversés : l’Afrique du Sud, le Botswana, le Zimbabwe, la Zambie, la Tanzanie, l’Ouganda, le Soudan du Sud, le Soudan, l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, la Turquie, la Géorgie, la Roumanie, la Biélorussie et enfin la Russie.
Comme le rappelle le site spécialisé ExplorersWeb, personne n’a jamais sérieusement tenté l’aventure. Et pour cause : le parcours traverse des zones de conflit actif, des frontières fermées pour raisons de visas, et des régions où l’instabilité politique rend toute planification hasardeuse. S’ajoute à cela un dénivelé positif cumulé de 117 693 mètres, l’équivalent de treize ascensions complètes du mont Everest. Un chiffre qui donne une tout autre dimension à ce qui n’est, pour l’instant, qu’un tracé virtuel.
Du cap sud-africain à Magadan : l’itinéraire kilomètre par kilomètre qui défie la logique
Pour se faire une idée du temps nécessaire, Google Maps lui-même propose une estimation. À raison d’une marche continue, sans la moindre pause, il faudrait environ 4 492 heures pour relier les deux extrémités du tracé, soit 187 jours. Ramené à un rythme plus humain, huit heures de marche quotidienne, le voyage s’étalerait sur près de 562 jours, soit plus d’un an et demi sur les routes.
Le dernier tronçon de cet itinéraire mérite une attention particulière. Il emprunte la route R504 Kolyma, longue de 2 031 kilomètres, qui relie Magadan à Nijni Bestiakh, sur la rive est de la Léna, face à Iakoutsk. Surnommée la route des Os en raison des conditions extrêmes de sa construction durant l’époque soviétique, elle traverse l’une des régions les plus froides et les plus isolées de la planète.
Ce genre de projet géographique n’est pas totalement inédit dans son esprit. Sagres, au Portugal, marque ainsi l’extrémité ouest de la plus longue ligne droite terrestre estimée sur Terre, une trajectoire de 11 241 kilomètres qui s’achève près de Jinjiang, en Chine. Plus concrètement, le Britannique Russ Cook a lui bel et bien couru une portion de cet axe africain : parti du point le plus méridional de l’Afrique du Sud, il a bouclé 16 000 kilomètres en 351 jours à travers seize pays, jusqu’au cap Angela, en Tunisie. Une performance bien réelle, qui donne une idée tangible de ce que représenterait l’itinéraire imaginé par cbz3000.
608 kilomètres économisés grâce à un ferry : pourquoi cbz3000 refuse cette triche
Identifiée par l’utilisateur de Reddit cbz3000 comme la route terrestre ininterrompue la plus longue au monde, cet itinéraire de 22 387 kilomètres traverse pas moins de seize pays. Selon Google Maps, la distance peut être raccourcie à seulement 21 779 kilomètres en prenant un ferry pour traverser la mer Noire, mais ce serait de la triche, n’est-ce pas ? Toute la règle du jeu reposait justement sur l’absence totale de traversée maritime.
Au-delà de l’anecdote, ce tracé virtuel pose une question bien plus sérieuse pour sa portion finale, en Sibérie. Une étude menée par Jan Hjort, de l’université d’Oulu, et rapportée par l’AFP, montre qu’environ 70 % des infrastructures actuelles de l’Arctique se trouvent dans des zones à fort potentiel de dégel du permafrost. D’ici 2050, jusqu’à 3,6 millions de personnes pourraient être affectées par les dégâts causés à leurs routes, bâtiments et réseaux.
La même analyse chiffre à 1 590 kilomètres la portion de l’oléoduc Sibérie orientale-océan Pacifique exposée à un dégel probable du sol gelé en surface. Un risque qui n’a rien de théorique : en 2020, près de Norilsk, un réservoir de carburant s’est effondré après l’enfoncement de ses fondations, déversant 21 000 tonnes de gazole dans les rivières environnantes. Autant dire que la route des Os, dernier tronçon de ce périple imaginaire, traverse aujourd’hui un territoire en pleine mutation géologique.
Reste que ce trajet de 22 387 kilomètres demeure, pour l’instant, une pure curiosité cartographique. Personne ne l’a parcouru, et il est peu probable que quiconque s’y risque un jour, tant les obstacles diplomatiques et logistiques s’accumulent sur son tracé. Mais l’exercice a le mérite de rappeler à quel point notre planète, malgré ses océans et ses frontières, conserve encore quelques continuités terrestres insoupçonnées, à portée de clic sur une carte.
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