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Lili* a accouché mercredi dernier d’un beau petit garçon en bonne santé. Mais à peine deux jours après avoir donné naissance, la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) juge que le bébé est à risque de négligence et lui retire la garde. Pourquoi? Parce que Lili a perdu la garde de ses deux plus vieux enfants il y a deux ans.
Pour Michelle Manseau, une éducatrice spécialisée, elle a été victime d’une alerte à la naissance, même si elles sont officiellement abolies depuis 2023.
Le 18 février dernier, Lili a accouché à l'hôpital de Trois-Rivières. Le lendemain, elle avait un rendez-vous avec l’intervenante impliquée dans le dossier de ses deux plus vieux enfants, puisqu’elle a encore des droits de visite. Lili lui a expliqué par texto qu’elle ne pouvait pas se présenter parce qu’elle venait d’accoucher. L’intervenante lui a répondu qu’elle n’avait pas d’autre choix que de le signaler. Dès le lendemain, la DPJ débarquait dans la chambre d'hôpital pour lui retirer la garde du poupon. Une infirmière pleurait avec moi et me disait je le vois que tu es une bonne mère, raconte Lili.
J’ai été transparente. Ils me reprochent maintenant de ne pas avoir annoncé ma grossesse plus tôt, déplore-t-elle.
Ils ne me laissent pas la chance d’être une mère.
Pour Michelle Manseau, qui accompagne plusieurs familles qui vivent avec la DPJ, il n’y a aucune raison de retirer la garde du bébé. L'hôpital m’a dit que personne n’a signalé, affirme-t-elle.
Il n’y a pas eu de signalement. Il n’y en a pas eu. Si quelqu’un avait eu peur qu’il arrive quelque chose, quelqu’un à l'hôpital aurait signalé.
Lorsqu’elle a perdu la garde de ses enfants il y a deux ans, Lili vivait de la violence conjugale. C’est ce qui a fait entrer la DPJ dans sa vie adulte. Elle est elle-même une enfant de la DPJ. Placée en famille d’accueil à trois ans, elle est entrée dans un centre jeunesse à 11 ans. Toute sa vie, les gens qui se sont occupés d’elle étaient payés pour le faire. On peut-tu la lâcher tranquille, réclame Michelle Manseau.

Michelle Manseau ne comprend pas pourquoi la DPJ est intervenue dans le dossier de Lili.
Photo : Radio-Canada / Daniel Ricard
Depuis deux ans, Lili a cheminé. Son nouveau conjoint, le père du bébé, est doux et présent, raconte Michelle Manseau. Sa belle-famille aussi est très impliquée. Elle a un réseau autour d’elle.
Sa vie a changé, c'est un autre conjoint. C’est une tout autre personne, il n’a rien de violent, ce gars-là, explique l’éducatrice spécialisée. À son avis, il n’y a aucune raison d’avoir des craintes.
Dans son enquête systémique sur les problèmes de la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse déplorait que la DPJ tentait de démontrer l'incompétence des parents notamment en raison de l'antériorité de services DPJ, peut-on lire dans le rapport d'enquête.
Malgré le chemin parcouru, Michelle Manseau se doutait bien qu’il y avait des risques que la DPJ décide de lui retirer la garde du bébé, pas parce que le couple n’est pas compétent, mais à cause du passé de Lili. L’éducatrice spécialisée voulait s’assurer que le filet de sécurité soit en place si jamais la DPJ se présentait avec des inquiétudes. Lili n’aura pas eu le temps de sortir de l'hôpital.
Une alerte naissance?
Pour Michelle Manseau, il s'agit d’une alerte naissance, une pratique que le gouvernement québécois a officiellement abolie en avril 2023.
La DPJ alertait les hôpitaux, leur demandant de signaler l’accouchement de certaines personnes connues des services. Le gouvernement reconnaît maintenant qu’il s’agit d’une pratique discriminatoire.
Le mois dernier, un cabinet d’avocats a demandé l’autorisation d’intenter un recours collectif au nom des mères qui ont été victimes de ce système par le passé. Les avocats derrière cette requête précisent que les alertes à naître visent les signalements faits avant la naissance.
Obligation de signalement
Santé Québec rappelle que la pratique de signalement avant la naissance est abolie depuis 2023, mais que l’obligation de signalement demeure. Lorsqu’un signalement est reçu, l’analyse repose sur des faits observés actuellement et sur des éléments antérieurs, indique une porte-parole par courriel.
Lili peut continuer à s’occuper de son petit garçon parce que Michelle Manseau a obtenu le droit de superviser leurs contacts. Puisqu’ils sont tous sous le même toit, le quotidien peut continuer: couches, biberons, câlins. Mais la famille a des nuages sombres au-dessus de la tête. Avoir la DPJ dans ta vie, c’est avoir une épée de Damoclès sur la tête, sans arrêt, raconte Michèle Manseau. Le père affirme qu’une intervenante lui a déjà mentionné qu’elle n’a pas l’intention de fermer le dossier.
Une plainte a été déposée à la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, qui a assigné un enquêteur au dossier.


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