Cet article vous est offert

Pour lire gratuitement cet article réservé aux abonnés, connectez-vous

Se connecter

Vous n'êtes pas inscrit sur Le Monde ?
Inscrivez-vous gratuitement

« Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat » et sa présence sur le territoire « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public », peut-on lire dans le document consulté par « Libération ». Xenia Fedorova va « immédiatement former un recours », a annoncé son avocat.

Xenia Fedorova au Grand Palais, à Paris, le 12 avri 2025. Xenia Fedorova au Grand Palais, à Paris, le 12 avri 2025.

La chroniqueuse russe pro-Kremlin Xenia Fedorova est visée par un arrêté d’expulsion, a annoncé, mercredi 29 juillet, le ministère de l’intérieur, confirmant une information de Libération. L’ex-dirigeante de RT France, chaîne financée par le Kremlin, est la figure prorusse de CNews. « Son comportement porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’Etat », et sa présence sur le territoire « constitue pour ce motif une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public », peut-on lire dans le document consulté par Libération.

« En déployant ses narratifs, [Xenia Fedorova] s’inscrit comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » et ce dans le but « de déstabiliser l’ordre public » dans l’Hexagone. Elle « contribue à la diffusion d’un discours de désinformation et de déstabilisation », poursuit l’arrêté, « visant à manipuler l’opinion publique (…), à saper la confiance des citoyens européens et en particulier des citoyens français en leurs institutions ».

Interrogé par Le Monde, l’entourage de Laurent Nuñez précise : « C’est une décision souveraine qui lui retire de facto le titre de séjour et lui interdit de travailler. »

Les groupes Canal+ et Lagardère dénoncent « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression »

Xenia Fedorova va « immédiatement former un recours » contre l’arrêté d’expulsion qui la vise, a annoncé à l’Agence France-Presse son avocat, Emmanuel Piwnica. « Cette décision est une atteinte grave à la liberté d’expression d’une journaliste qui a toujours exercé son activité de manière la plus convenable qu’il soit », a-t-il affirmé.

Elle intervient notamment sur CNews et Europe 1 et signe également une chronique dans l’hebdomadaire Le JDNews. Ses employeurs, les groupes Canal+ et Lagardère, ont dénoncé dans un communiqué commun « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions », apportant « leur plein soutien à Mme Fedorova ».

Citant l’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, les groupes ajoutent « que notre démocratie et notre Etat de droit confèrent une valeur constitutionnelle à la liberté d’expression et à la liberté de la presse ». « La liberté d’expression ne se défend pas uniquement lorsque les opinions exprimées font consensus. Elle se défend précisément lorsqu’elles dérangent ou suscitent la contradiction, dès lors qu’elles s’inscrivent dans le débat démocratique, comme c’est le cas dans l’ensemble de nos médias », concluent-ils.

« Propagandiste russe notoire »

A la fin du mois de mai, Le Monde avait révélé la prolongation, en 2024, pour dix ans du titre de séjour de Xenia Fedorova et son influence grandissante sur Vincent Bolloré.

« Il y a des titres qui sont renouvelés de plein droit pour des étrangers qui sont en situation régulière depuis plusieurs années et qui remplissent des conditions. Il s’en délivre tous les jours », avait alors déclaré Laurent Nuñez, assurant qu’il n’y avait eu aucune « intervention » du gouvernement pour cette prolongation.

Interdite dans l’Union européenne (UE) depuis mars 2022 et l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, Xenia Fedorova défend régulièrement les positions du Kremlin dans les médias dans le giron du milliardaire ultraconservateur.

Le gouvernement français et le chef de l’Etat, Emmanuel Macron, ont qualifié à plusieurs reprises Xenia Fedorova de « propagandiste » du Kremlin. Des eurodéputés du groupe centriste Renew ont demandé depuis à l’UE de prendre des sanctions à l’encontre de Xenia Fedorova, « propagandiste russe notoire », coupable, selon eux, de la diffusion de « narratifs grossièrement manipulatoires sur la guerre en Ukraine et à l’égard de l’UE ».

Le Monde avec AFP