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Une jeune policière du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu a donné, en février dernier, la nouvelle adresse d'une victime de violence conjugale à son ex-conjoint, par manque de vigilance.
Le sol s'est dérobé sous les pieds de Niniosca Grenier en mars dernier lorsqu'elle a aperçu par la fenêtre de sa chambre son ex-conjoint et père de sa fille de 3 ans. Ce dernier se trouvait à moins de 200 mètres de son nouvel appartement, à Saint-Jean-sur-Richelieu.
J’avais fait toutes les démarches pour déménager un mois avant sa sortie de prison pour éviter qu’il me retrouve, insiste Niniosca Grenier, totalement désemparée, dans sa cuisine.
Il m’appelle. Il se bidonne. Il a dit : “Tu habites sur telle rue, hein? Ouin, la policière me l’a dit quand j’ai porté plainte contre toi.”
La femme de 33 ans raconte que son conjoint lui a ensuite révélé comment il avait obtenu son adresse.
Dès sa sortie de prison en mars, ce dernier s'est rendu au poste de police pour déposer une plainte croisée non fondée, a appris Radio-Canada.
Il est juste arrivé au poste de police. Et elle [la policière] a dit : “Sais-tu c’est quoi, son adresse?” Il a dit : “Moi, j’ai cette adresse-là.”. Elle lui a répondu : “Ah non, moi, je n’ai pas celle-là, j’ai celle-là.” Lui était mort de rire.

Niniosca Grenier est mère d'une fille de 3 ans, Sofia.
Photo : Radio-Canada
Son ex-conjoint ne s'est jamais approché jusqu'à sa porte, parce qu'elle a immédiatement appelé la police lorsqu'elle l'a aperçu. Mais le mal était fait. Mme Grenier a déposé une plainte en déontologie policière dans les jours suivants. Comme la médiation est la première étape à suivre selon la Loi sur la police, une rencontre privée a eu lieu le 19 août dernier entre elle et la policière impliquée.
Sa réponse pour avoir donné mon adresse à mon ex, ç'a été : “Ah, j’ai fait une erreur. C’est tombé sur vous. Je suis désolée.“ C’est parce que son erreur pourrait me coûter la vie! a-t-elle dit en faisant référence aux 13 féminicides qui ont eu lieu dans un contexte de violence conjugale au Québec depuis le début de l'année.
Une erreur de « bonne foi », affirme le directeur de police
Le directeur du Service de police de Saint-Jean-sur-Richelieu, Stéphane Bélanger, confirme que l'erreur de transmission d'informations a bel et bien eu lieu.
En toute transparence, je peux tout de même vous affirmer que l’intervention de la policière n’est pas dans un contexte de mauvaise foi ou de transmission malveillante d’informations privilégiées, a-t-il indiqué par écrit.
Stéphane Bélanger confirme également qu'un processus de médiation a eu lieu le 19 août et que la plaignante, en l'occurrence Niniosca Grenier, a signé une entente de conciliation, ce qui signifie que la plainte déposée contre la policière concernée est réputée avoir été retirée, comme le stipule l’article 162 de la Loi sur la police.
Aucune mesure disciplinaire ou accusation criminelle ne peut désormais être intentée contre la jeune policière fautive.
Malgré l'issue de cette entente, il demeure que le Service de police peut, voire doit, sensibiliser ses troupes dans le but d’éviter qu’un événement comme vous décrivez se reproduise, ce que nous avons déjà fait, a ajouté le chef de police Bélanger.
Niniosca Grenier n'était pas en mesure de donner des détails supplémentaires sur la nature et le contenu du document qu'on lui a fait signer au terme de la médiation, hormis le caractère confidentiel de celle-ci.
Récidiviste et violent
En octobre 2023, ç'a sauté, décrit Niniosca Grenier. Il a fait une grosse crise de jalousie. J’ai eu droit à un coup de poing, tous les meubles étaient saccagés. C’était la première fois que j’appelais la police.
Il m’a donné un coup de poing et je suis partie en courant chez ma voisine d’en face en hurlant. Je n’en revenais pas.
Toute personne qui est témoin de violence conjugale ou qui en est la victime peut appeler SOS violence conjugale au (+1) 800 363-9010 ou par texto au (+1) 438 601-1211, et ce, en tout temps.
Le Regroupement des maisons d'hébergement offre également une panoplie de services pour accompagner les victimes et leurs proches dans un contexte de violence conjugale. Des intervenants sont joignables à tout moment au (+1) 800 363-9010.
Elle dépose une plainte contre le père de sa fille en mars, six mois plus tard, alors qu'elle se sentait en danger.
Uniquement entre 2024 et 2025, l'ex-conjoint de Niniosca Grenier cumule une quinzaine de dossiers en matière de violence conjugale, selon le registre public judiciaire. Ces dossiers concernent notamment du harcèlement criminel, du contrôle coercitif et de nombreux cas de non-respect de ses conditions, selon les recherches effectuées par Radio-Canada.

Le cellulaire de Niniosca Grenier pouvait sonner jusqu'à 60 fois par jour après sa plainte à la police pour harcèlement visant son ex-conjoint, en mars 2025.
Photo : Radio-Canada
Il pouvait m’appeler jusqu’à 60 fois [par jour]. En numéro masqué, même si je bloque son numéro, il peut me rappeler tout de suite. Donc, mon cellulaire sonnait constamment, dit-elle.
La mère de famille est inapte au travail et reçoit des prestations de l'IVAC, le programme d'indemnisation des victimes d'actes criminels.
Médicamentée pour dépression et anxiété, elle a augmenté ses doses dans les semaines après l’avoir vu devant son nouveau logement.
Je ne veux pas que ça paraisse que je ne me sens pas bien. Quand je pleure, c’est vite fait dans la douche ou dans mon lit. Je suis aussi rendue hypervigilante. C’est un terme que je n’avais jamais connu. Mais je "paranoïe" partout. Mes portes, je m’assure qu’elles sont barrées trois fois avant d’aller me coucher. Les rideaux sont fermés, a-t-elle confié.
Aucune exception à la règle
La jeune policière a retrouvé l'adresse de Niniosca Grenier dans le Centre de renseignements policiers du Québec (CRPQ), inclus dans les ordinateurs portables que tous les policiers en service ont à leur disposition.
Le sergent-détective du Service de police de la Ville de Montréal André Gélinas, aujourd'hui à la retraite, comprend mal comment une policière a pu transmettre à un citoyen des informations provenant de ce système.
Les règles qui entourent ça [le Centre de renseignements policiers du Québec] sont assez faciles. En fait, ce sont des informations qui sont confidentielles, qui ne doivent être utilisées que par des policiers, explique l'ex-policier.
Ça peut même mener à des accusations criminelles s'il y a une utilisation du CRPQ qui n’est pas faite selon les règles.
Existe-t-il des exceptions pour rendre service à un citoyen ou à une citoyenne?
La réponse, c’est jamais. Toute l’information qui est contenue à l’intérieur du CRPQ ou toute banque de données policières sont à l’usage exclusif de la police. Évidemment, ce n’est absolument pas disponible pour un partage avec un citoyen, conclut M. Gélinas.


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