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Uashat mak Mani-utenam célèbre sa loi sur l’enfance

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Il aura fallu plus de dix ans pour y arriver. Uashat mak Mani-utenam souligne aujourd’hui, en fête, l’arrivée de sa loi sur la protection de l’enfance, la Loi Tshisheuatishitau, dont le nom signifie « Loi sur la bienveillance ».

On est réunis tous ensemble, la communauté, pour souligner notre nouvelle loi qui va être mise en œuvre le 14 septembre, résume la directrice des services Tshisheuatishitau, Anouk Vollant.

Des structures gonflables colorées et des familles se rassemblent en plein air,

Les familles se rassemblent pour célébrer l'entrée en vigueur de leur nouvelle loi sur l'enfance avec des jeux et des activités.

Photo : Lucas Handschuh

Le site culturel de Uashat s’est rempli dès le début de l’après-midi. Des jeux gonflables occupent les enfants pendant qu’un concours amateur se tient à côté. Vers 16 h, un repas communautaire est servi selon les traditions innues.

La soirée s’est poursuivie avec des spectacles, dont celui du duo Kashtin, avant des feux d’artifice. L’entrée est libre, et l’invitation dépasse les frontières de la communauté.

Nous invitons tout le monde ici, y compris les allochtones, lance le vice-chef Johnny Régis.

Johnny Régis devant une tente événementielle.

Johnny Régis, vice-chef de Uashat mak Mani-utenam

Photo : Lucas Handschuh

Ce choix d’un rassemblement festif n’est pas anodin. La communauté aurait pu se contenter d’une cérémonie officielle, mais elle a préféré réunir ses familles.

C’était important pour Anouk Vollant, directrice des services Tshisheuatishitau. La musique et la présence d’artistes de la communauté font d’ailleurs partie de cette intention.

C’est un volet très important pour nous, notre identité et notre culture, dit-elle.

Sur le site, plusieurs disent attendre ce moment depuis longtemps. C’est le fun, beaucoup de jeunes, beaucoup de familles. On a fait ça pour ça aussi, pour la famille, puis pour nos enfants ici, de la communauté, affirme Kenny Fontaine, venu avec les siens.

Il y voit aussi un moyen de préserver la langue et la culture chez les jeunes qui restent dans la communauté.

Caroline Grégoire, qui travaille au conseil de bande, se dit très fière. Elle pense aux enfants partis loin par le passé : C’est pour eux, c’est pour toute la génération qui va venir dans le futur aussi.

Ce qui change la semaine prochaine

Derrière la fête, le changement est majeur. Dès le 14 septembre, la Loi sur la protection de la jeunesse cessera de s’appliquer aux membres de la communauté.

Ce sont des cercles de famille et un conseil de sages qui prendront le relais. Autrement dit, ce sont des gens d’ici qui décideront des services offerts aux enfants. Plus aucun dossier ne se rendra devant les tribunaux québécois.

L’esprit de la nouvelle loi est différent aussi. Elle mise sur la prévention, et cherche à garder l’enfant dans sa famille élargie plutôt qu’à le placer à l’extérieur.

Pour Anouk Vollant, ce virage s’imposait, parce que le système québécois ne convenait plus à la communauté.

La LPJ [Loi sur la protection de la jeunesse] présentement ne répond pas aux besoins de la communauté, ne répond pas à nos valeurs, ne répond pas à nos coutumes, affirme-t-elle.

Anouk Vollant devant des jeux gonflables pour enfants.

Anouk Vollant, directrice des services Tshisheuatishitau

Photo : Lucas Handschuh

Cela fait longtemps que ce projet est en chantier, au moins une dizaine d’années, souligne Johnny Régis.

Le chemin pour en arriver là a été long. La Loi a été adoptée officiellement en février 2025 par le conseil Innu Takuaikan Uashat mak Maniutenam (ITUM), après des années de consultations auprès des membres.

Il a ensuite fallu convaincre les gouvernements. Un accord tripartite entre Ottawa, Québec et ITUM a finalement été signé en juillet dernier, accompagné de 137 millions de dollars du fédéral pour la mise en œuvre.

Au Québec, une seule autre communauté, Opiticiwan, s’est dotée d’une loi semblable auparavant, sous l’égide de la loi fédérale C-92, mais sans entente avec la province.

Reste maintenant à faire la transition. Anouk Vollant l'aborde avec confiance. Beaucoup de travail de préparation a été réalisé. Nous sommes prêts, dit-elle.

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