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Vague de froid ou simple illusion ? Les données qui remettent les pendules à l’heure

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Ce lundi et mardi matin, les températures sont en effet descendues à des niveaux remarquables en France :

  • -22 °C à Mouthe, dans le Doubs, lundi ;
  • -12 °C à Châteaudun, en Eure-et-Loir, mardi matin ; 
  • -10 °C à Melun, en Seine-et-Marne, mardi ;
  • -8 °C à Bordeaux, en Gironde, lundi ;
  • -4 °C à Paris lundi.

Ces températures sont inférieures aux normes du mois de janvier de -5 à -15 °C (pour le Doubs, en particulier). Dans le Jura suisse, à 1 050 mètres d'altitude, le mercure est descendu jusqu'à -30 °C à La Brévine lundi matin. Presque partout en France, sauf le sud-est, les températures sont largement inférieures aux moyennes de saison depuis fin décembre.

« Où est donc passé votre réchauffement climatique ? », c'est ce qu'on peut lire sur les réseaux sociaux. Si certains s'en amusent, d'autres ont des échanges parfois violents sur le sujet. Or, pour comprendre la situation, il faut se débarrasser de ses émotions, oublier ses souvenirs et son ressenti personnel, et s'en remettre aux faits et aux chiffres ! En France, nous disposons de relevés météo fiables depuis 1947, et ce sont justement les chiffres fournis par ces relevés qui nous permettent de comprendre la situation.

Un épisode de froid remarquable, mais toujours pas de vague de froid 

À ce jour, malgré la sensation glaciale qui règne sur les trois quarts du pays, il n'y a toujours pas de vague de froid répondant aux critères de l'événement. Météo France le rappelle ce lundi, « cet épisode de froid sur la France est remarquable par son intensité, mais bref. Les températures seront ensuite en hausse pour retrouver des valeurs de saison le 8 janvier. Une vague de froid répond à des critères climatologiques précis. L'épisode de froid en cours n'est pas actuellement qualifié de vague de froid ».

Toute période froide n'est donc pas une vague de froid, mais avec le réchauffement des dernières années, nous avons juste perdu l'habitude du « vrai froid » : « un tel épisode de trois jours consécutifs [4, 5, 6 janvier, NDLR] avec des températures négatives à l'échelle du pays n'a pas été mesuré depuis fin février 2018 (26 au 28), ou mi-janvier 2017 (18 au 21) ou encore durant la vague de froid de février 2012. Les 4 et 5 janvier 2025, les minimales en moyenne sur le pays atteignent -4 °C, ce qui n'était pas arrivé également depuis fin février 2012 », rappelle le service météo.

????️❄️Pour la première fois depuis avril 2021, la température vers 5000 m d'altitude devrait passer sous la barre des -40°C en France ce soir (sur les Hauts-de-France en l'occurrence). Dans ce contexte, des orages de neige pourront être observés localement.
➡️suivi temps réel :… pic.twitter.com/58Jugyzgl4

— Keraunos (@KeraunosObs) January 5, 2026

Nous sommes à la limite de la qualification d'une vague de froid, mais comme le rappelle l'agroclimatologue Serge Zaka sur X : « même si une vague de froid venait à être enregistrée en janvier 2026, elle resterait faible et ne remettrait en rien en cause la tendance de fond. Le climat français évolue vers une raréfaction des vagues de froid au profit d'une multiplication des canicules. Depuis 2012, on dénombre deux vagues de froid contre 24 canicules à l'échelle nationale ».

En météorologie et en climatologie, une tendance fiable se dégage lorsqu'un événement se répète souvent et sur une longue période : or, les canicules se multiplient, et les vagues de froid sont de plus en plus rares. À tel point qu'elles nous surprennent lorsqu'elles surviennent, alors même que les canicules deviennent habituelles (« c'est normal, c'est l'été » voit-on régulièrement apparaitre sur les réseaux sociaux lors des pics de chaleur). C'est bien la preuve d'une modification de notre perception du temps, directement liée au changement climatique qui devient une nouvelle norme.

Six fois moins de vagues de froid que dans les années 1960

Un climat qui se réchauffe ne signifie pas la disparition immédiate des vagues de froid, il signifie que les vagues de froid sont de plus en plus rares, mais toujours possibles. Dans son bilan 2025, Météo France indique d'ailleurs que sur la période 2016-2025, comparé à la période 1961-1990, il y a eu en moyenne :

  • sept fois plus de jours de vagues de chaleur par an ;
  • six fois moins de jours de vagues de froid par an.

Pour preuve, la dernière vague de froid française date de 2018 (assez faible) : cela fait donc 8 ans que le pays n'en a pas connu, alors qu'il s'en produisait tous les ans dans le passé. La dernière grande vague de froid historique date de 2012, « un événement qui ne se reproduira probablement plus » a annoncé Aurélien Ribes (spécialiste de l'évolution du climat français chez Météo France) lors de la conférence Climat et Santé organisée à Paris en décembre 2025 par l'association Météo et Climat.

Ces graphiques (mis à jour) sont édifiants et suffisent à démonter, chiffres à l’appui, des discours que l’on entend encore trop souvent : « il y a toujours eu des canicules en France, on vous ment » ou « il fait toujours froid en hiver ».

Les faits sont là, incontestables. Pour… pic.twitter.com/3ExGuxdNsu

— Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) December 31, 2025

Il existe aussi des liens entre le réchauffement et l’accentuation du froid sur certaines régions du monde

Le réchauffement climatique est un phénomène mondial : un événement, aussi extrême soit-il, qui se déroule dans un pays, n'a pas une grande signification à l'échelle mondiale. Or, le réchauffement climatique a des effets différents sur chaque zone géographique.

Le cas de l'est du Canada et des États-Unis est marquant : cette zone a subi des descentes d'air polaires plus fréquentes ces dernières années, alors que c'est le contraire sur le reste du pays. Cela ne remet pas en cause le réchauffement global : tous les phénomènes ne sont pas forcément influencés par le réchauffement climatique, mais il semblerait que ce soit ce réchauffement qui perturbe le vortex polaire. La surchauffe de l'arctique provoquerait le décrochage du vortex polaire vers le sud, qui aurait alors davantage tendance à s'affaisser au cours de l'hiver sur l'est des États-Unis.

Autre conséquence du réchauffement climatique, les ondulations du jet-stream : ce courant de haute altitude a de plus en plus tendance à ralentir, et à se perdre en chemin. Il fait des boucles, et est donc responsable des blocages d'air chaud, comme des blocages d'air froid. Là aussi, certaines parties du monde sont plus touchées que d'autres, à cause de leur relief qui influence ce courant.

Les immenses ondulations du jet-stream : on boit une boucle qui descend très au sud de l'Europe le 6 janvier, permettant à l'air polaire de descendre sur la France. © Net Weather, Nullschool 

Une Planète qui se réchauffe ne signifie donc pas un temps chaud partout, et tout le temps. Ce n'est pas en prenant en compte la météo d'une semaine donnée, dans un pays donné, que l'on peut en déduire une évolution fiable sur le climat.

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