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Une Nuit des sans-abri teintée par le décès d’un itinérant à Granby

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Ils sont une soixantaine à écouter Pascal Leblanc, un homme qui s’est sorti de la rue après 15 ans sans domicile fixe. À sa droite brûle une bougie, allumée pour commémorer le décès d’un homme en situation d’itinérance au centre-ville au début du mois. La traditionnelle Nuit des sans-abri à Granby a pris une tournure symbolique vendredi, alors que le phénomène prend de plus en plus d’ampleur sur le territoire.

De 150 à 200 personnes vivent aujourd’hui en situation d'itinérance visible à Granby, selon la Ville. Le portrait diffère de celui brossé en 2021, alors qu'aucun citoyen n'était identifié comme itinérant visible par l’administration municipale.

Bryan Laplante est travailleur de rue chez Impact de rue Haute-Yamaska depuis 2021. Il est à même de confirmer cette tendance. C’est sûr qu’il y a eu un coût de la vie qui a augmenté extrêmement rapidement. Plusieurs ont même perdu leur logement, explique celui qui ne se dit pas surpris par cette hausse survenue en 5 ans.

La mairesse de Granby, Julie Bourdon, veut inverser la tendance. Elle veut que la ville soit classée comme zone prioritaire par Québec dans la politique nationale contre l'itinérance. La coordonnatrice d’Impact de rue, Janie Lussier, se dit favorable à cette proposition de la mairesse. Ce serait bien qu’on bénéficie de services, de ressources, pour pouvoir aider davantage de personnes.

Deux travailleurs de rue photographiés.

Bryan Laplante et Janie Lussier

Photo : Radio-Canada / Cédric Bérubé

Au moment où se remplit l’espace commun, un pianiste s’installe devant son instrument. La musique s’invite dans ce rassemblement populaire, où les gens savourent un repas chaud. Deux étudiantes du Cégep de Granby s’assurent du bon déroulement de la soirée.

Notre prof nous a amenées ici pour vivre une expérience d’exclusion sociale [...] C’est un beau moment pour entrer en contact avec les gens, comprendre leurs réalités et leurs modes de vie, pour comprendre aussi ce qu’ils font dans une soirée, expliquent Opale Chevalier et Annabelle Bouchard, toutes deux étudiantes en technique d’éducation spécialisée au Cégep de Granby.

Deux femmes prennent la pose.

Opale Chevalier (à droite) et Annabelle Bouchard (à gauche), toutes deux étudiantes en technique d’éducation spécialisée au Cégep.

Photo : Radio-Canada / Cédric Bérubé

Avant de commencer son allocution pour expliquer comment il s’est sorti de la rue, Pascal Leblanc prévient que son histoire n’en est pas un de conte de fées. « Quand tu sors de prison, qu’il n’y a aucune ressource pour t’aider, que tu ne peux pas trouver de job, qu’est-ce que tu fais ? Tu retournes dans tes mauvaises habitudes de vie, et c’est une roue qui tourne sans cesse. »

Un homme avec une casquette.

Pascal Leblanc a vécu dans la rue pendant 15 ans.

Photo : Radio-Canada / Cédric Bérubé

Alors, comment briser ce cycle? Ce qui m’a accroché, c’est vraiment ma famille. Je l’ai perdue pendant 15 ans.

Même s’il a été résilient et qu’il mène aujourd’hui une autre vie, Pascal Leblanc dénonce le manque d’investissement de l’État dans les programmes sociaux. Le gouvernement n’en fait pas assez, on a besoin de plus de programmes. J’ai été un an à l’Auberge sous mon toit et j’ai vite compris que les ressources manquent.

Il manque surtout d’aide pour les femmes qui vivent en situation d’itinérance, ainsi que pour les mères et pères monoparentales.

Un homme s'adresse à une foule

Pascal Leblanc devant une soixantaine de personnes pour expliquer comment il est sorti de la rue.

Photo : Radio-Canada / Yannick Cournoyer

Porté par une fougue pour dénoncer l’injustice sociale, Pascal Leblanc se fait interpeller par un organisateur de la Nuit des sans-abri. Il est appelé à expliquer à la soixantaine de personnes présentes comment il s’est réinventé. L’ancien itinérant fait quelques pas pour atteindre le lutrin, et commence son allocution. Entre la foule et lui, la bougie brûle encore.

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