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Par Emelie Bernier 6:00 AM - 8 novembre 2026 Initiative de journalisme local
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Il y a de ces rencontres qui émeuvent plus que d'autres… Comme celle avec ce couple de centenaires au regard vif et au sourire accueillant. Photo Emelie Bernier
Enfant, j’avais deux réponses à la sempiternelle question, “ qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grande ? ”. Écrivaine et… jockey, répondais-je généralement, un combo inusité s’il en est. Aujourd’hui, je fais du cheval pour le plaisir et je mets du beurre sur les épinards en écrivant… Diantre ! Est-ce que j’aurais réussi ma vie ?
L’appel du large
Parmi les émissions que j’avais le droit de regarder à la télé, il y avait La Course autour du monde et un peu plus tard, ses déclinaisons québécoises, pépinières de grands talents : La Course des Amériques, Amérique-Afrique, Europe-Asie puis finalement La Course Destination monde. (Parmi celles qui m’étaient interdites? Les Saperlipopettes...)
Comme j’enviais ces globetrotteurs néophytes, toujours un pied dans les plats et l’autre en train de pédaler ! Denis Villeneuve, Ricardo Trogi, Jennifer Alleyn, Philippe Falardeau, Patrick Masbourian… C’était pas plate !
J’ai déjà raconté ici mes petites péripéties sur le globe, heureuses escapades qui m’ont évité, bien souvent, de me poser les fameuses (et devenues sérieuses) questions sur mon avenir qui m’attendaient dans le face-à-face avec le miroir. Tant que je bougeais, j’étais vivante, et y a-t-il quelque chose de plus important qu’être vivant ?
Agricultrices de Boyolali. Photo Emelie Bernier
Faudrait demander aux morts…
Quoi qu’il en soit, bourlinguer me convenait bien ! Je pouvais vivre plutôt bien sur mes économies de “ waitress ”, bien mieux souvent que si j’avais eu à payer un appartement en ville…
Dans mes bagages, des carnets et un appareil photo. Je me la jouais, ma petite Course destination monde, à l’échelle individuelle !
J’ai même réalisé une expo photo et un documentaire (mauvais, mais pétri de bonnes intentions) après mon séjour de 6 mois en Afrique.
Vendeuse d’épices en sachet au marché. Photo Emelie Bernier
Il faut dire que c’était le temps du montage linéaire, de “ je-me-suis-trompée-à-la-minute15-j’efface-tout-et-je-recommence ”, des millénaires avant les iMovie et autres logiciels conviviaux de ce monde où la techno peut faire de tout un chacun un Scorsese… ou presque.
Les Indonésiens fument, beaucoup. Les campagnes de sensibilisation aux dangers de la cigarette sont inexistantes, présage d’une catastrophe sanitaire à venir. Ici, le père de Mme Ernawati tranche des feuilles de tabac destinées à la fabrication de cigarettes. Photo Emelie Bernier
Quoi qu’il en soit, et sur un air connu, je me baladais, sur l’avenue (mondiale !), le cœur ouvert à l’inconnu, j’avais envie de dire bonjour à n’importe qui… Jusqu’à ce que je revienne du Pérou en balloune (pas en zeppelin, les amis !) et que je me pose un brin.
Après, la vie s’est chargée de me tenir bien occupée et de réduire les voyages à des plans quinquennaux en famille.
Des disciples d’Angine de poitrine en plein cœur de l’île de Java ? Mme Mulyati et son mari ont spontanément fait ce geste que j’avoue ne pas avoir vraiment compris… Photo Emelie Bernier
J’avais toujours derrière la tête ce désir de voyager et de témoigner et j’ai touché au but il y a quelques années en allant à la rencontre des travailleurs étrangers temporaires du Guatemala pour témoigner des impacts de leur exil professionnel sur leurs conditions de vie au pays.
J’ai tant aimé qu’à peine revenue, j’avais déjà envie de recommencer…
Par un concours de circonstances, cette chance m’a été offerte par l’UPA-développement international. Une petite formation prédépart de quelques jours, un match avec un des pays partenaires de l’organisation et hop, fais tes valises, tu t’en vas en Indonésie !
La mission : rencontrer des femmes du cru et rédiger leurs portraits dans le cadre de l’Année internationale des Agricultrices de l’ONU.
Et quelles rencontres ! Je pourrais m’épancher longtemps sur la générosité de toutes les personnes croisées, petits cailloux blancs et brillants qui m’ont guidée sur la route et fait de l’aventure bien plus qu’un simple voyage.
Krakaquoi ?
Le tout a commencé un peu étrangement, merci à l’éruption d’un volcan.
C’est loin, l’Indonésie… 13 h de vol de Montréal jusqu’au Japon… Un transfert. 7 heures de vol vers Jakarta. Après une mini nuit dans un hôtel (seul critère : l’air conditionné), j’arrive à l’aéroport pour un vol intérieur qui m’emportera au cœur de Java. J’ai les yeux dans la gadelle, le sac trop lourd, mais tous les sens en éveil. Il fait chaud. (Et ce sera une thématique récurrente.)
À l’aéroport, étrangement, des centaines de personnes sont assises. Sur les bancs, par terre, sur leurs valises… D’autres font la file, interminable, devant les guichets.
Les lignes sur le tableau des départs, elles, sont unanimes : “ delayed ”. Tous les vols sont retardés.
Dans un coin, une équipe de télé filme la scène tandis qu’une journaliste explique la situation…
Novi et Abyan, le premier, et peut-être le dernier, enfant à m’appeler Outi, ou grand-mère. Touchant. Photo Emelie Bernier
La faute au Krakatau, qui a choisi d’érupter le jour de mon arrivée, et à ses panaches de fumée qui nuisent à la visibilité dans les airs.
En voilà, une première !
Ok, ce n’est pas mon premier BBQ. Et demain, 8 h, je commence à travailler. C’est bénévole, oui, mais on est pro ou on ne l’est pas !
La pollution plastique est un véritable fléau en Indonésie. Derrière les plages idylliques, des montagnes de déchets entassés et parfois brûlés, avec les risques que cette façon de faire comporte… Photo Emelie Bernier
Système D : activé
Un train de nuit fera le boulot de me mener à bon port. Et heureusement, parce que les avions, eux, seront cloués au sol durant 2 jours.
Vous dire le petit cerne bleu sous mes yeux à l’arrivée… Du joli !
Durant 2 semaines, j’ai battu la campagne et vécu des tête-à-tête avec des femmes fortes, résilientes, magnifiques ! Des fermières, oui, mais des militantes pour la culture biologique aussi. Et des entrepreneuses solidaires, déterminées, bûcheuses ! Des mères animées de la même volonté que toutes les mères : offrir le meilleur à leurs petits.
Les marchés, un de mes endroits préférés, concentré d’humanité, de couleurs et d’odeurs…La marchande de poissons m’a invitée pour le thé. Une autre belle rencontre… Photo Emelie Bernier
Même si 11 fuseaux horaires nous séparent, les enjeux se ressemblent. Les changements climatiques. Le manque de relève. Le coût des intrants, des semences, de la machinerie… Les prix à la vente. Bio, pas bio ? Les défis de la transition de l’un à l’autre. Le laxisme de l’État. Ou son ingérence, parfois.
Un band de rock ? Non, plutôt une belle bande d’agricultrices en route vers les champs ! Au centre, (hijab blanc), Anggi Istiqomah, extraordinaire interprète qui m’a accompagnée au cours de la première semaine de ma mission. Photo Emelie Bernier
J’ai adoré chaque instant, malgré la sueur dans les yeux et le cheveu collé sur le front.
Quel privilège que d’être le réceptacle des confidences. La main qui écrit, l’œil qui photographie. La courroie tissée de fil de soie (de soi ?) entre ici et là-bas.
Quand est-ce qu’on recommence ?
Recyclage de bouteilles d’eau. Photo Emelie Bernier
Parfois, un brûlis contrôlé devient incontrôlable… comme ici, dans un champ de canne à sucre. Photo Emelie Bernier
La maison traditionnelle javanaise de Mme Mikem. Plus qu’un petit caillou blanc, cette dame. Une perle. Photo Emelie Bernier
Sourires du marché prise 35. Photo Emelie Bernier
Longue patience. Photo Emelie Bernier
Sourire du marché prise 332. Photo Emelie Bernier
NDLR : Le séjour d’Émélie Bernier a été organisé par l’UPA-développement international qui a assumé les frais de déplacement et de subsistance. Les portraits réalisés dans le cadre de cette mission seront publiés sur le site web de l’UPA-développement international au cours des prochains mois. Un dossier paraîtra également dans La Terre de chez nous.
Emelie Bernier
Initiative de journalisme local
Émélie Bernier est journaliste et chroniqueuse au sein des Éditions nordiques depuis une vingtaine d'années. Depuis 2023, elle a fait de l'environnement son sujet de... Lire la suite
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