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Un recul signé Fréchette

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Les reculs environnementaux se poursuivent à Québec malgré le changement de garde incarné par la nouvelle première ministre, Christine Fréchette. Depuis la réélection de Donald Trump et le déclenchement de sa guerre tarifaire, tous les prétextes sont bons pour justifier l’abandon du courage politique dans la lutte contre les changements climatiques, que ce soit au Canada des pipelines ou au Québec du troisième lien.

La semaine dernière, Le Devoir révélait que la nouvelle réglementation québécoise sur la vente de véhicules zéro émission (VZE) entraînerait une réduction de 40 % des ambitions du gouvernement du Québec en matière d’électrification du parc automobile. Révélation est un bien grand mot : nous ne faisons que rapporter les conclusions d’une analyse d’impact réglementaire publiée récemment par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Encore ces damnés experts, comme dirait l’autre. Ou pire : des damnés experts ET fonctionnaires.

C’est tout un contraste avec l’eldorado promis par la Coalition avenir Québec (CAQ) sous le leadership de François Legault. En 2019, il annonçait le lancement de trois grands chantiers pour électrifier le Québec. Il disait vouloir investir massivement dans le transport collectif pour réduire la consommation de pétrole de 40 % d’ici 2030. On connaît la suite. Mis à part le prolongement de la ligne bleue et le projet de tramway de Québec, les projets structurants en transport collectif ne courent pas les rues sous la gouvernance caquiste. L’annonce récente d’une entente entre Québec et Ottawa pourrait changer la donne. Une enveloppe de 6,2 milliards a été réservée au transport collectif pour le financement de projets en cours ou de nouvelles initiatives.

Le problème du « tout à l’auto » reste entier. Le transport routier est responsable du tiers de toutes les émissions de gaz à effet de serre (GES) au Québec, et le parc automobile augmente plus vite que la population : 30,1 % de croissance pour les véhicules en circulation contre 16,7 % pour la population pour la période allant de 2006 à 2023. Les camions légers ont toujours la cote au Québec même s’ils sont plus énergivores que les voitures compactes ou sous-compactes. Les signes encourageants dans le changement des habitudes sur les routes sont plutôt rares. En 2023, le nombre d’automobiles et de camions légers électriques, à hydrogènes et hybride avait bondi de 66 % pour atteindre plus de 247 000 unités. C’est encore peu : à peine 5 % du parc automobile.

Oubliez la cible promise pour arriver à ce que 100 % des nouvelles voitures vendues soient des modèles électriques d’ici 2035. C’est encore un mirage caquiste promis sans conviction ni sens de direction. D’abord sous le leadership de Bernard Drainville, puis sous celui de la nouvelle ministre de l’Environnement, Pascale Déry, le gouvernement a décidé de faire des cadeaux à l’industrie automobile, sans même s’en cacher.

Poursuivant dans le pas indolent de son prédécesseur, la ministre Déry a réduit à 80 % les quotas de vente de véhicules neufs sans émissions polluantes, histoire de réduire la pression sur le portefeuille des Québécois. C’est plutôt la situation financière des constructeurs et des concessionnaires automobiles qu’elle allège ainsi.

Selon l’étude d’impact de son propre ministère, les économies seront de courte durée. D’ici 2030, les consommateurs épongeront des coûts nets supplémentaires de 10,3 milliards de dollars en dépenses énergétiques, estime le MELCCFP. À cette somme s’ajoutera un coût social des émissions de GES et des polluants atmosphériques de 9,4 milliards d’ici 2035. En revanche, les constructeurs automobiles pourront réaliser des économies de 2,7 milliards.

L’analyste en mobilité durable chez Équiterre, Blandine Sebileau, résume à merveille la position du gouvernement Fréchette dans ce dossier. « On va encore faire un cadeau à l’industrie et la population va en payer les coûts. »

Le nombre de véhicules électriques sur les routes du Québec s’en ressentira inévitablement. Québec visait la cible de 2 millions de VZE en 2030. L’analyse d’impact du ministère entrevoit plutôt un parc de véhicules verts de 1,2 million d’unités. Le manque à gagner représente un fardeau de quelque 3,2 mégatonnes qui pèse sur les objectifs de réduction des GES.

Le cabinet de la ministre Déry se targue que le Québec dispose encore de la norme VZE la plus ambitieuse en Amérique du Nord afin de garder le cap sur les objectifs climatiques. Prenons les choses autrement. L’auto solo, c’est encore près d’un déplacement sur deux sur nos routes. Autant sur le front de la gouvernance politique que sur nos choix individualistes, depuis plus de 15 ans, nous fonçons dans le mur en nous contant des histoires de transition énergétique.

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