À retenir
- Les mangoustes importées en 1883 ne chassent que le jour, alors que les rats ravageurs sortent la nuit : les deux espèces ne se rencontrent jamais.
- Sans prédateur naturel à Hawaï, les mangoustes se nourrissent d’œufs et de poussins d’oiseaux qui nichent au sol, menaçant huit espèces protégées.
- La population de mangoustes s’est établie sur cinq îles hawaïennes en quelques décennies, causant environ 50 millions de dollars de dégâts annuels.
Sommaire
Un pari lancé sans la moindre vérification
En 1883, 72 mangoustes embarquent depuis la Jamaïque pour la côte nord-est de l’île d’Hawaï. Le planteur W. H. Purvis, associé à la plantation de canne à sucre de Pacific Sugar Mill, veut en faire une armée contre les rats qui dévorent ses cannes. Le plan échoue pour une raison d’horloge : la mangouste chasse le jour, le rat sort la nuit.
Les deux animaux se croisent à peine.
L’idée n’était pas absurde sur le papier. Une dizaine d’années plus tôt, en 1872, des mangoustes d’origine indienne avaient été introduites en Jamaïque, et une publication vantant leurs résultats avait séduit les planteurs hawaïens. Les rats, eux, auraient pullulé par centaines de milliers dans les champs de la côte de Hāmākua, au point de faire craindre l’abandon de la culture. Aucun test, aucune étude préalable : une intuition d’industriels, rien d’autre.
Les chroniques de l’époque divergent un peu sur les détails. Certaines créditent Jonathan Tucker, envoyé en Jamaïque par les planteurs de Hilo, d’avoir ramené les 72 bêtes, tandis que ceux de Hāmākua organisent leur propre importation en 1885. Quelques observateurs ont même noté un recul des rats, avant que de meilleures techniques d’empoisonnement ne rendent la mangouste inutile, alors que ses populations étaient déjà bien installées.
Les nids au sol, cible idéale
Privée de proies nocturnes, la mangouste de Java (Herpestes javanicus, rebaptisée Urva auropunctata par certains taxonomistes) se rabat sur ce qu’elle trouve en plein jour. Elle est omnivore : insectes, reptiles, amphibiens, crustacés, oiseaux et surtout œufs. Or la faune d’Hawaï a évolué sans mammifère prédateur terrestre, et beaucoup d’espèces nichent à même le sol.
L’oie néné, oiseau emblématique de l’archipel, en paie le prix fort. Les mangoustes sortent œufs et oisons des nids, et s’attaquent aux adultes pendant la mue, quand ils ne peuvent plus voler, une période de quatre à six semaines. Selon la règle fédérale de déclassement de 2019, le succès de nidification atteint 82 % sur le complexe de refuges de Kauai, contre 62 % à Haleakalā et 58 % au parc national des volcans d’Hawaï.
Les tortues imbriquées passent aussi à table.
Sur les plages, les mangoustes déterrent les nids et dévorent des pontes entières, ce qui pèse lourd sur des espèces dont peu de petits survivent déjà. Les tortues vertes subissent le même sort. Côté oiseaux, la mangouste est mise en cause dans les difficultés de huit espèces fédéralement protégées, dont l’‘alalā (corbeau hawaïen) et les pétrels.
Une colonisation que rien ne freine
Une femelle peut se reproduire dès l’âge de 10 mois et donne deux ou trois portées par an. Sans prédateur naturel dans l’archipel (ni rapaces adaptés, ni grands serpents, ni chacals), la population a progressé vite : en quelques décennies, l’espèce occupait Oahu, Molokai, Maui et l’île d’Hawaï, du littoral jusqu’à environ 2 130 mètres d’altitude. L’addition est estimée à 50 millions de dollars de dégâts par an pour Hawaï et Porto Rico réunis.
Kauai fait figure d’exception, et le hasard n’y est pas pour grand-chose. D’après l’historien Tomich, un chargement de mangoustes destiné à l’île aurait été jeté à l’eau dans le port par des dockers qui avaient reconnu la cargaison. Aucune introduction ultérieure n’a été documentée, et Lanai ne compte pas non plus de population connue.
Cette absence a des effets mesurables. Au recensement de 2025, Kauai abritait environ 2 643 des 4 323 nénés de l’archipel, soit plus de la moitié de l’espèce sur une seule île, alors que des signalements ponctuels de mangoustes y ont déjà alerté les autorités de la biosécurité.
Sources : ohiostate.pressbooks.pub | dlnr.hawaii.gov


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