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Des entreprises pétrolières et gazières demeurent sceptiques au sujet des résultats que l’accord signé entre les gouvernements albertain et canadien vendredi permettra d’obtenir.
Pour l’instant, toutes les annonces qu’on ne cesse de recevoir sont de l’ordre du rêve et il va encore falloir les concrétiser, estime ainsi Mike Belenkie, président de l’entreprise Advantage Energy et président du conseil d’administration de la société de capture du carbone, Entropy.
Présent à la conférence Energy Connections Canada, l’entrepreneur est particulièrement sceptique quant aux possibilités de construction d’un oléoduc vers la côte ouest, comme le veut l’Alberta. L’accord prévoit une proposition au 1er juillet avec un début du chantier possible au 1er septembre 2027.
Trouver un promoteur pour soutenir financièrement l’oléoduc albertain, c'est une chose. Le faire construire, c’en est une toute autre. C’est possible, mais pas probable.

Le pipeline Trans Mountain a coûté environ 34 milliards de dollars.
Photo : Radio-Canada / Joshua Mclean
Mike Belenkie fait valoir qu’un oléoduc est déjà en soi un projet immense et coûteux. L’accord ajoute toutefois la tarification carbone industrielle sur la production pétrolière et la mise en œuvre d’un projet de capture et stockage du carbone en 2035.
Cela rend les choses d’autant plus difficiles, dit-il. Si vous pensez à un investisseur à l’extérieur du Canada, qui se dit : "Je dois faire ça, ça, ça et peut-être que je peux construire un pipeline à travers trois chaînes de montagnes."
La taxe carbone, obstacle à la compétitivité
Même si l’accord a assoupli les échéanciers de tarification carbone industrielle au grand dam des environnementalistes, l’existence même de cette taxe est une contrainte rédhibitoire pour les investisseurs, selon M. Belenkie. Il dit avoir essayé de vendre du gaz naturel décarboné, à savoir avec une production à zéro émission, mais aucun client n’était preneur.
De temps en temps, avec un peu de chance, on peut réussir à glisser [une rondelle] derrière le gardien, mais ça ne va pas être un déluge d’investissements pour autant.
Le président des pipelines de gaz naturel du Canada pour TC Énergie, Trevor Ebl, a exprimé les mêmes inquiétudes par rapport à la taxe carbone pour les grands émetteurs.
Son entreprise a des intérêts au Canada, mais aussi aux États-Unis et au Mexique, deux pays qui n’ont pas de tarification carbone fédérale.
Aux États-Unis, mon homologue n'a pas à intégrer cela dans ses calculs économiques, et c'est la même chose pour mon homologue au Mexique. [...] C'est donc quelque chose d'unique, et cela se manifeste alors que nous commençons à évaluer les projets de croissance, souligne-t-il.
Trevor Ebl ajoute que personne ne semble encore prêt à payer un produit plus cher parce qu’il est moins émetteur d’émissions.
Par voie de communiqué, toutes les grandes organisations d’entreprises pétrolières et gazières ont exprimé leur opposition à cette tarification de carbone industrielle.

Kendall Dilling est le PDG de l'Alliance des sables bitumineux.
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
L’Alliance des sables bitumineux applaudit la clarté apportée par l’accord, mais continue de plaider pour des réformes plus compétitives des cadres réglementaires et fiscaux.
Une taxe carbone industrielle ajoute seulement des coûts non concurrentiels à l’industrie en plus des coûts d’un projet de capture du carbone, souligne le PDG de l’Alliance, Kendall Dilling.
L’Association canadienne des entrepreneurs d’énergie (CAOEC) s’inquiète aussi d’une augmentation des coûts à cause de la taxe carbone. Pour le secteur du forage, de tels coûts croissants peuvent se répercuter directement sur les décisions d’investissement, réduire l’activité des plateformes de forage et nuire aux emplois, écrit-elle dans un communiqué.
Le gouvernement albertain a cependant besoin d’avoir l’industrie pétrolière et gazière de son côté pour que son projet d’oléoduc se concrétise. Le pipeline proposé accroîtrait la capacité d’exportation de 1 million de barils par jour, ce qui implique des augmentations de la production pétrolière.
D’autres projets d’accroissement de la capacité de transport sont également en route, notamment vers les États-Unis.
Pour l’instant, malgré des prix élevés du baril de pétrole, les entreprises n’ont sanctionné que des augmentations minimales de production, et aucune n’a exprimé son souhait de lancer une nouvelle mine.


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