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La Ville de Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard, a adopté un nouveau règlement municipal destiné à encadrer le nourrissage des oiseaux sauvages sur l'ensemble de son territoire. Cette initiative vise à limiter les interactions inappropriées entre la population et la faune urbaine, en précisant clairement quelles espèces peuvent être nourries et de quelle manière.
En vertu de ces nouvelles règles, les résidents ne sont autorisés à utiliser que des mangeoires surélevées, pour nourrir les oiseaux chanteurs et les colibris. Il est désormais interdit de nourrir les pigeons, les goélands et les corneilles, et de répandre des quantités excessives de nourriture sur le sol et dans les espaces publics.
Les personnes ne respectant pas ces directives s'exposent à des amendes initiales de 200 $, pouvant grimper jusqu'à 1000 $ en cas de récidive ou d'infraction grave. Toutefois, la municipalité précise que les contraventions ne seront données qu’en dernier recours.
Les autorités municipales tiennent à rassurer : la mesure vise l'excès et non les pratiques responsables.

Les corneilles sont nombreuses à Charlottetown, à l'Île-du-Prince-Édouard.
Photo : Associated Press / Elaine Thompson
La conseillère Julie McCabe, présidente du comité des services de protection et d'urgence de Charlottetown, assure que la municipalité cible avant tout les situations de suralimentation.
L’objectif est simplement de remédier aux situations où la suralimentation crée des problèmes, qui ont des répercussions sur les voisins et la communauté environnante, dit-elle.
L'élue municipale précise également que les agents des règlements municipaux ne patrouilleront pas en ville avec des jumelles pour traquer les mangeoires de jardin.
Ils s'efforceront d'abord d'informer les résidents en cas de signalements de dépôts massifs de nourriture (comme le fait de vider un sac entier de graines sur une pelouse), qui posent des risques de santé publique.
Une responsabilité à prendre au sérieux
Du côté des spécialistes, l'adoption de ce règlement est accueillie favorablement. Pour le directeur naturaliste chez Nature Canada, Ted Cheskey, le mode de vie même des pigeons, des goélands et des corneilles explique l’interdiction.
Selon lui, ce sont des oiseaux opportunistes très intelligents, qui profitent des sources de nourriture facilement accessibles au sol.
Quand ils deviennent trop habitués à des gens qui les nourrissent, ils vont devenir des nuisances, ça peut attirer d'autres animaux comme des rats, des ratons laveurs, ça peut aussi propager des maladies.
Nourrir les oiseaux sauvages, c'est une responsabilité qu'on devrait prendre au sérieux, surtout l'été, ajoute-t-il.

Sur un trottoir, des goélands s'apprêtent à manger des chips. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Boualem Hadjouti
Pour Nicolas Lecomte, professeur de biologie à l'Université de Moncton, ce règlement ne changera pas les habitudes de la grande majorité des citoyens qui installent de petites mangeoires suspendues.
La plupart de ces mangeoires sont techniquement conçues pour des espèces de petite taille et s'avèrent instables ou inaccessibles pour les gros oiseaux comme les goélands ou les corneilles.
Une mesure qui devrait toucher peu de monde
Je doute que beaucoup de monde à Charlottetown s'amuse à nourrir à grande échelle des pigeons, des corneilles, ou des espèces de cette taille-là, parce que ce sont des espèces qui vont vider un sac de graines en quelques heures. Ça coûte cher de les nourrir de façon régulière, souligne Nicolas Lecomte.
Limiter les rassemblements de ces gros volatiles permettra néanmoins d'éviter l'accumulation de fientes sur les voitures et les bâtiments, prévenant ainsi des dégâts aux peintures et aux toits des maisons , observe-t-il.
Le biologiste entrevoit même un effet bénéfique indirect pour la biodiversité locale en limitant la présence massive des grands oiseaux en centre-ville.
Si vous avez moins de corneilles, ça va laisser plus de place pour de petites espèces comme des mésanges ou des chardonnerets, car les corneilles sont des prédateurs pour les nids de ces oiseaux, explique-t-il.
Ted Cheskey estime quant à lui que la priorité doit rester la sensibilisation et l’éducation des citoyens.
La plupart de ces règlements ne sont pas renforcés activement [...] mais juste le fait qu'il y ait un règlement, ça va servir pour éduquer la population.
L'existence de cette loi donne un levier juridique aux autorités pour intervenir si certains résidents refusent de se conformer, poursuit-il.
En encadrant les pratiques de nourrissage des oiseaux, la Ville de Charlottetown espère inciter ses résidents à adopter de bons réflexes.
Avec des informations de CBC


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