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Des citoyens tirent la sonnette d’alarme à Ville-Marie au sujet d’un passage pour piétons sur la route 101, à proximité d’une école primaire. Des automobilistes inattentifs, pressés, parfois le téléphone à la main, et qui portent des insultes au brigadier : ce sont des comportements que des habitués disent observer trop souvent.
Récemment, un conducteur a coupé la route à Mélina Chartier et ses trois enfants, avant de fortement l’injurier. Je passe trois fois par jour ici et tous les jours, je suis témoin de soit que les autos n’arrêtent pas, soit qu’une des deux n’arrête pas, explique Mélina Chartier, rencontrée sur l’heure du dîner.
Pendant que Radio-Canada était sur place, il a été possible de constater que des voitures continuaient leur chemin, même si le brigadier ou des piétons s’engageaient dans la voie.
On voit que le danger est là avec le brigadier. Ça me donne des frissons quand je pense aux moments que le brigadier n’est pas là.
Le brigadier ne compte plus les fois où un véhicule traverse alors que des enfants et lui sont engagés. Souvent, il arrivait que je puisse mettre ma main sur le hood, illustre Guylain Bernard.

Mélina Chartier et Charlotte Barrette se rappellent de plusieurs moments où elles ont craint pour la sécurité de leur famille.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Charlotte Barrette, mère de quatre enfants, emprunte en famille ce passage pour piétons en dehors des heures scolaires. À côté de leur vélo, les secondes sont longues avant que les automobilistes s’immobilisent. On est cinq, avec des vélos, on est quand même voyants!
Il y a même des moments où la voiture derrière passe à côté de la première voiture qui est arrêtée. Il ne faut pas seulement s’attarder à la première, mais aux autres qui arrivent d’un côté ou de l’autre, dénonce Charlotte Barrette.
Des feux à clignotement rapide
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable confirme qu’une étude a été réalisée en 2015, où des avancées de trottoir ont été aménagées, puis plus récemment en 2024, à la demande de la Ville de Ville-Marie, qui souhaitait évaluer la possibilité d’installer quatre panneaux d’arrêts.
Ça a amené le Ministère à recommander l’installation de feux rectangulaires à clignotement rapide (FRCR) et à interdire le stationnement sur 125 mètres, indique Nicole Gaulin, conseillère en communication à la direction générale de l’Abitibi-Témiscamingue pour le ministère.

Des feux rectangulaires à clignotement rapide sont installés pour renforcer la sécurité aux abords des passages pour piétons, comme celui-ci à Rouyn-Noranda. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Jean-François Perron
Les feux à clignotement sont activés par le piéton à l’aide d’un bouton. Des lumières clignotent sur les deux extrémités du corridor, pour attirer l’attention des automobilistes. C’est certain qu’il faut quand même faire attention, prévient Mme Gaulin.
Les travaux sont prévus pour être réalisés en 2027, après l’hiver. Les feux devaient être installés cette année, mais des soucis techniques ont repoussé le tout.
On veut que ce soit demain
Les deux mères souhaitent susciter un élan de mobilisation. Mélina Chartier soutient avoir discuté de cet enjeu avec des parents, mais aussi plusieurs acteurs du milieu, dont le Centre de services scolaire, la Sûreté du Québec et la Ville.

Le ministère des Transports installera en 2027 à cette intersection des feux rectangulaires à clignotement rapide. Les piétons et le brigadier pourront appuyer sur un bouton pour attirer l'attention des automobilistes.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
On voit tous les partenaires qui se mobilisent, mais le danger reste imminent tous les jours, regrette Mme Chartier. C’est pour ça qu’on se mobilise : on veut que ce soit demain.
À la Ville de Ville-Marie, ce corridor est un point chaud depuis longtemps. Dans des consultations publiques pour un plan local de déplacement, les citoyens sont nombreux à citer cette intersection pour ses enjeux.
On travaille à faire tout ce qui est possible pour la rendre la plus sécuritaire possible, puis on appelle les gens à être vigilants aux intersections, pour toutes les traverses piétonnières, assure Guillaume Gonzalez, directeur des communications, de la culture et de la vie communautaire à Ville-Marie.

Guillaume Gonzalez et Guylain Bernard collaborent pour rendre ce corridor plus sécuritaire.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
On est conscient que la majorité des gens font attention, mais la minorité, ça pourrait devenir une catastrophe un jour.
Il demande à la population de faire preuve de civisme envers le brigadier. Quelqu’un qui ne fait pas attention, ça, on est capable de le reconnaître, mais de là après à s’en prendre au brigadier, c’est des choses qu’on n’accepte pas, insiste-t-il.
Comme Guillaume Gonzalez, Mélina Chartier et Charlotte Barrette soulignent que la majorité des gens ne sont pas mal intentionnés, mais maintiennent que les distractions pourraient un jour être fatales. On ne veut pas pointer du doigt, mais on veut sensibiliser, espère Mme Chartier.

L'école St-Gabriel de Ville-Marie est à une centaine de mètres du passage pour piétons.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
La vigilance est de mise à chaque passage, rappelle Charlotte Barrette. Ça m’est arrivé à quelques reprises de crier après mes enfants, c’était dangereux. Si moi je n’avais pas eu la vigilance, il y aurait probablement eu des accidents, déplore-t-elle.
Le brigadier Guylain Bernard n’hésite pas à contacter les policiers s’il est témoin d’un comportement dangereux. Beaucoup de gens vont passer sur ma pancarte, ne porteront pas attention aux gens qui sont alentour et beaucoup de gens sont sur leur téléphone, témoigne-t-il.
Les aînés sont également plus vulnérables lorsqu’ils souhaitent traverser, fait remarquer Guylain Bernard.
Qu’en dit la loi?
Un conducteur doit s’immobiliser pour céder le passage au piéton qui manifeste son intention de traverser un chemin. En cas d’infraction, le conducteur peut se voir remettre un constat de 100 $ plus les frais, indique la sergente Nancy Fournier, porte-parole pour la Sûreté du Québec.
Questionnée à savoir s’il existe des distinctions selon une situation plus dangereuse, la sergente Fournier explique que cela dépend. On pourrait peut-être y aller avec une conduite dangereuse, mais normalement, s’il y a un piéton qui s’engage et que la personne le voit à la dernière minute ou freine brusquement, c’est un constat d’infraction pour ne pas s’être immobilisé, précise-t-elle.

La sergente Nancy Fournier, porte-parole de la Sûreté du Québec. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Si un brigadier ou un citoyen est témoin d’une infraction, il est invité à la signaler aux policiers. La collaboration de la personne est toutefois nécessaire pour aller plus loin, notamment faire une déclaration.
Pour le cas de ce passage piétonnier, Nancy Fournier indique qu’une requête citoyenne a été ouverte récemment. Depuis, on m’a dit qu’il y avait des policiers qui se rendaient sur place, qui se stationnaient et qui faisaient de la surveillance.
Dans l’ensemble des passages pour piétons de Ville-Marie, sept contraventions ont été données en 2026 selon les codes entrés dans le système de la SQ, dont trois pour des arrêts obligatoires et un remis à un piéton.
Une remise de dépliants et de sensibilisation aura lieu ce vendredi 30 octobre.
D’autres moyens?
Il existe différents moyens pour le ministère des Transports de sécuriser les passages piétonniers. En plus des avancées de trottoir, selon les cas, des îlots séparateurs et l’ajout de poteaux flexibles peuvent être envisagés.
Pour le cas de l’intersection en question, il n’y a pas d’autre aménagement que les FRCR qui est prévu par le Ministère à cet endroit, confirme Nicole Gaulin. Les installations sont déterminées en fonction de critères comme le nombre de voies de circulation, le débit de véhicules et la vitesse affichée.

Le matin avant notre dernière rencontre à cette intersection, un conducteur aurait coupé à travers le trottoir et le terre-plein pour se rendre dans le stationnement du dépanneur, nous a dit la Ville.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Comme ailleurs au Québec, des lignes de triangles blancs ont fait leur apparition devant les passages pour piétons au Témiscamingue. Cette ligne, surnommée dents de requin et qui pointe vers les véhicules, est tracée à six mètres en amont des bandes de passages piétonniers.
Cet élément de signalisation est nouveau, indique Nicole Gaulin, et doit être ajouté à l’ensemble des passages piétonniers de la région non contrôlés par des feux de circulation ou par un panneau d’arrêt d’ici décembre 2029, comme partout ailleurs au Québec.
La solution idéale, pour Mélina Chartier, serait des dos d’âne. Les panneaux lumineux sont un pas dans la bonne direction, mais elle espère surtout que ces clignotements soient suffisants. Charlotte Barrette réclame davantage de sensibilisation et croit que les panneaux lumineux pourront aider à capter l’attention des automobilistes.


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