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La régie de santé de Terre-Neuve-et-Labrador a versé jusqu’ici près de 10 millions $ à une entreprise privée chargée de rendre plus efficaces certains aspects du système de soins de santé. Avec moins d’un an au contrat, des représentants des travailleurs du domaine disent ne pas avoir constaté d’améliorations concrètes.
En mars 2021, les quatre régies de santé provinciales (depuis regroupées en une seule entité) annonçaient un contrat de cinq ans avec la branche canadienne de la société américaine Change Healthcare, dont les quartiers généraux sont à Nashville, aux États-Unis.
L’objectif est de trouver des gains d’efficacité, de réduire le fardeau administratif et la pression sur les professionnels de la santé en améliorer la planification des effectifs et des autres processus opérationnels, a rappelé le ministère provincial de la Santé dans un récent courriel.
Change Healthcare Canada est depuis devenu HealthStream. La mise en œuvre du contrat a été retardée par la pandémie de COVID-19, de sorte que la date à laquelle prendra fin ce contrat de cinq ans est le 1er juin 2027.
Selon les détails de l’entente, l’entreprise peut recevoir jusqu’à 35 millions $ si elle parvient à faire réaliser des économies à la régie de santé — en réduisant les coûts de travail supplémentaire, les congés de maladie, les erreurs de paye et du temps consacré à la gestion des feuilles de temps.
Jusqu’ici, l’entreprise a été payée 9,87 millions $, ce qui inclut la TVH et un montant initial de 3 millions $ reçu à la signature du contrat.
Pas de preuves que ça fonctionne
La présidente du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) à Terre-Neuve-et-Labrador, Sherry Hillier, affirme que les travailleurs du système de soins de santé n’ont pas constaté de progrès tangibles.
Pour dire franchement, il n’y a pas eu d’amélioration, a-t-elle affirmé dans une entrevue, lundi dernier. Ça ne fonctionne tout simplement pas.

Jerry Earle, président de l’Association des employés publics et privés de Terre-Neuve-et-Labrador (NAPE), le 19 novembre 2025.
Photo : Radio-Canada / Patrick Butler
Sherry Hillier était sceptique dès le départ, et soutenait en 2021 que les travailleurs de la santé au Manitoba avaient eu des expériences très négatives avec la compagnie alors appelée Change Healthcare Canada.
Jerry Earle, président du syndicat NAPE, qui représente des employés des secteurs public et privé dans la province, avait accueilli la nouvelle du contrat avec plus d’optimisme.
Il espérait voir des améliorations dans la planification des horaires et la charge de travail du personnel. Cet optimiste a certainement diminué, dit-il maintenant.
Les deux représentants syndicaux ont souligné que, dans un contexte où les ressources humaines étaient déjà étirées maximum, il n’y a pas vraiment eu de différence dans la quantité de travail que l’on impose aux membres. Ils ont par ailleurs toujours du mal à obtenir des congés lorsqu’ils y ont droit.
Nous continuons d’examiner toute la question de la rétention des employés, de la modernisation des horaires pour mieux concilier travail et vie personnelle, mais jusqu’à présent, nous n’avons pas vu de preuves que cela fonctionne, déclare Jerry Earle.
Je ne suis pas certain que la technologie permettra de régler tout ça, dit-il.
Il reste encore 10 mois au contrat, mais la somme payée à HealthStream est beaucoup moins élevée que le montant maximal que l’entreprise a le potentiel de percevoir.

Sherry Hillier est la présidente du Syndicat canadien de la fonction publique à Terre-Neuve-et-Labrador. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Kheira Morellon
Quoi qu’il en soit, son travail ne résout pas les problèmes que les travailleurs rencontrent dans le cadre de leurs fonctions, soutient Sherry Hillier.
En ce qui concerne la planification des horaires, par exemple, le système envoie des messages textes aux employés.
La plupart de nos membres reçoivent des messages textes leur demandant d’accepter une affectation alors qu’ils sont déjà au travail. Ils font leur quart régulier et reçoivent un message leur demandant s’ils veulent commencer un autre quart à 20 h le soir même, relate Sherry Hillier.
Cette façon de faire n’aide pas à solutionner le problème d’épuisement professionnel et à réduire les congés de maladie, observe-t-elle. Je déteste être négative, mais je ne vois pas grand-chose de positif dans ce système.
L'argent des contribuables
Jerry Earle affirme que la technologie a ses avantages, mais doit être accompagnée des ressources humaines appropriées.
Nous voyons continuellement de l’argent investi dans ce type de contrats. Il en coûte aux Terre-Neuviens et Labradoriens, qui ne voient pas les avantages espérés. Ni les patients, ni les clients, et certainement pas le personnel, martèle-t-il.
Sherry Hillier soutient que le gouvernement provincial ferait mieux de réinvestir dans notre province, parce que vous dépensez notre argent, l’argent de nos impôts, sur une compagnie américaine qui n’a aucune idée de ce qu’est notre système de santé.
Le syndicat du personnel infirmier autorisé à Terre-Neuve-et-Labrador a préféré ne pas faire de commentaires.
Des messages ont été envoyés à HealthStream par téléphone et par courriel, mais aucune réponse n’a été reçue.
Dans un courriel, le ministère provincial de la Santé et des Services communautaires affirme que la régie de santé continue à évaluer les retombées du contrat.
D’après le reportage d’Ashley Fitzpatrick, de CBC


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