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Traquer les essais nucléaires mondiaux depuis le Grand Nord canadien

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Le Réseau séismologique de Yellowknife est l’une des premières installations mises en place après 1945 dans le cadre du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires (TICEN). Depuis le Grand Nord, pendant plus de 60 ans, l’infrastructure s’est modernisée et fait partie aujourd’hui d’un vaste réseau mondial.

Preuve s’il en est que le bâtiment précède le développement de la capitale ténoise, il faut d’abord traverser le terrain de golf de Yellowknife pour arriver au siège du Réseau séismologique.

D’ailleurs, Yellowknife ne devint officiellement capitale qu’en 1967, cinq ans après la création du site. Selon le recensement de 1961, un peu plus de 3000 âmes vivaient alors aux alentours. Sa position, au cœur du Bouclier canadien, en fait ainsi un endroit idéal pour la détection sismique.

Photo du bâtiment du réseau séismologique de Yellowknife.

Depuis sa création en 1962, le réseau a été plusieurs fois modernisé et rénové pour rester opérationnel.

Photo : Radio-Canada / Kehel Mohamed-Amin

Le fait d'être loin des océans, loin des bruits des villes et aussi sur de la roche mère, ce sont trois points très importants qui ont déterminé le choix de cet endroit pour l'installation sismique, explique Claire Perry, sismologue à Ressources naturelles Canada.

Le Bouclier canadien, c'est de la roche vieille de plusieurs milliards d'années qui comprend des granites, donc des roches dures sans sédiments. C'est l'endroit idéal pour installer un sismographe.

Portrait de Claire Perry.

La sismologue Claire Perry effectuait sa première visite au réseau séismologique de Yellowknife.

Photo : Radio-Canada / Kehel Mohamed-Amin

La sismologie au service du TICEN

Fruit d'une collaboration entre l'Autorité de l'énergie atomique du Royaume-Uni et le ministère canadien des Mines, le projet est né en 1962.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et la course à l’armement nucléaire qui a suivi, plusieurs pays ont réfléchi à réglementer les essais pour ce type d’armes à travers le monde.

C’est dans ce contexte que s’ouvrent, en 1958, les premières négociations autour du TICEN.

À l’époque, l’idée est d’utiliser les progrès faits en sismologie pour surveiller les tests nucléaires souterrains à travers le monde.

Il y a beaucoup de recherches qui ont été faites dans les années 1950-1960 sur la discrimination entre événements naturels et artificiels, explique Claire Perry.

Quand c'est une explosion, on n'a pas beaucoup de différence entre l'amplitude de l'onde première et celle de l'onde secondaire, et ça, c'est tout de suite le signe d'une explosion plutôt qu'un événement naturel.

Une scientifique en train de régler deux capteurs sismiques à l'extérieur.

Pour différencier un séisme d’une explosion nucléaire, les scientifiques ont appris à analyser les différences entre les ondes primaires et les ondes secondaires produites.

Photo : Radio-Canada / Kehel Mohamed-Amin

En pleine guerre froide, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada et leurs alliés craignent surtout la menace nucléaire en provenance de l’URSS.

Le but, c'était vraiment de voir tout ce qui était essai nucléaire provenant du Nord, de la Russie, des régions de l'Arctique, poursuit Claire Perry.

Un modèle

Jusqu’en 1996 et l'adoption du TICEN par les Nations unies, le réseau séismologique des Territoires du Nord-Ouest sert de modèle à la création du Système de surveillance international (SSI).

Le 28 juillet 2000, elle devient d’ailleurs la toute première station primaire à être certifiée par le SSI. Quarante-neuf autres installations viendront ensuite se greffer à ce réseau, dont deux au Canada, à Schefferville, au Québec, et à Lac du Bonnet, au Manitoba.

Photo d'une carte de la disposition du réseau de Yellowknife.

Le réseau séismologique de Yellowknife est composé de 19 sismomètres disposés en croix sur 25 kilomètres de diamètre.

Photo : Radio-Canada / Kehel Mohamed-Amin

Cette technologie est là pour informer sur le respect du traité, souligne Fred Murphy, le responsable du site de Yellowknife.

C’est presque impossible de faire [des essais nucléaires] sans que tout le monde soit au courant, car [l'installation] couvre le monde et est très sensible.

Les résultats sont d'ailleurs remarquables.

Nous avons détecté tous les tests majeurs depuis que le réseau a été construit, précise Fred Murphy.

Cela comprend des essais américains, français et chinois jusqu’en 1996, et, plus récemment, des essais nord-coréens, entre 2006 et 2017.

Il reste cependant du chemin à faire afin de parvenir à la fin des essais nucléaires.

Aujourd'hui, les essais nucléaires sont de petite magnitude, précise Claire Perry. Et c'est ça, justement, qui est difficile, parce que plus la magnitude est petite, plus nos capteurs sismologiques doivent être précis et sensibles.

Un capteur sismique devant un sismogramme affiché sur un écran mural.

Le matin du 22 octobre 2026, les capteurs du Réseau séismologique de Yellowknife ont enregistré un séisme de magnitude 7 à plus de 7000 kilomètres, au Tibet, qui a fait au moins 16 morts.

Photo : Radio-Canada / Kehel Mohamed-Amin

Surtout, malgré le fait qu’il a fêté ses 30 ans en septembre 2026, le TICEN n’est toujours pas entré en vigueur, faute d’avoir été ratifié par plusieurs pays signataires, comme la Chine, les États-Unis ou encore l’Iran. La Russie a, elle, retiré sa ratification en 2023.

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