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Marine Le Pen au 20 heures de TF1 mardi 7 juillet 2026 (capture d'écran).Mardi 7 juillet, la cour d'appel de Paris a condamné douze personnes ainsi que le Rassemblement national (RN), en tant que personne morale, dans l'affaire dite des assistants parlementaires du Front National. Marine Le Pen a été condamnée à la peine la plus lourde : trois ans d'emprisonnement dont un an ferme, 100 000 euros d'amende et quarante-cinq mois d'inéligibilité dont quinze ferme. Sa peine d'inéligibilité ayant déjà été purgée depuis le jugement de première instance, la cheffe de file du RN a pu annoncer le soir même, au « 20 heures » de TF1, son pourvoi en cassation et sa quatrième candidature à l'élection présidentielle.
L'arrêt de 341 pages de la cour d'appel décrit un véritable système de détournement de fonds publics au préjudice du Parlement européen pour un montant de 2,8 millions d'euros et s'étendant sur trois mandatures. Les juges soulignent la « gravité objective » de faits commis par une dirigeante tenue, par sa position, à une « obligation de probité particulièrement exigeante ». Et si Marine Le Pen n'est pas à l'origine du mécanisme, instauré par son père, elle « y a adhéré et l'a perpétué ».
Certes, la cour retient l'absence d'enrichissement personnel. Mais qu'on ne s'y trompe pas : de l'argent public a bel et bien servi à payer indûment des collaborateurs dont les « activités étaient sans lien avec le mandat de leur député européen » et qui « travaillaient en réalité pour le parti politique national ». Autrement dit, toute une organisation avait été mise en place sciemment pour faire supporter une partie de la masse salariale du FN par le contribuable européen, et donc, indirectement, par le contribuable français.
Deux exemples : Catherine Griset a été rémunérée au moyen de contrats d'assistante parlementaire pour un montant de 298 498 euros, alors qu'elle travaillait comme collaboratrice personnelle de Marine Le Pen au sein du FN et n'accomplissait aucune tâche pour son mandat européen. Yann Le Pen quant à elle − qui se trouve être la sœur de Marine Le Pen et la mère de Marion Maréchal − était sensée travailler comme assistante parlementaire de Bruno Gollnisch. Lorsqu'elle a cessé d'être payée par le Parlement, elle a immédiatement retrouvé un contrat avec le FN pour exercer les mêmes fonctions partisanes. Condamnée en mars 2025 pour recel de détournement de fonds publics, avec un préjudice pour le Parlement évalué à 373 000 euros, elle avait décidé de ne pas faire appel.
Marine Le Pen et les autres prévenus pouvaient-ils l'ignorer ? Les pièces du dossier laissent peu de doutes sur ce point. Comme ce courriel de juin 2014 dans lequel un député européen frontiste écrit au trésorier du parti : « Ce que Marine nous demande équivaut qu'on signe pour des emplois fictifs. » Réponse du cadre : « Je crois bien que Marine sait tout cela. » Au vu de tels éléments, une relaxe aurait été proprement scandaleuse.
Visuel posté sur son compte X par Marine Le Pen mardi 7 juillet, une heure après son interview sur TF1.En toute logique, cette deuxième condamnation et les mensonges des prévenus auraient dû indigner ceux qui passent leur temps à crier au « Tous pourris ! ». Il n'en a rien été. Éric Morillot, qui ne cache pas son soutien à Marine Le Pen, reconnaît que cette candidature lui « fait très plaisir ». Pour l'ex-sénateur UDI Yves Pozzo di Borgo, « c'est un bon jour pour la France ! ». Dans le reste de la complosphère d'extrême droite, on dénonce une condamnation « politique », on plaide les circonstances atténuantes − à l'image de Didier Maïsto évoquant une manoeuvre de l'État profond et expliquant que tous les partis politiques se seraient toujours comportés de la même manière −, et l'on noie le poisson en travestissant les faits ou en disant n'importe quoi au sujet d'un dossier qu'on a manifestement du mal à comprendre, ainsi que l'a involontairement démontré l'influenceur complotiste Oliv Oliv.
L'argument du « tout le monde fait pareil » mérite qu'on s'y arrête. D'abord parce qu'il masque une réalité dérangeante : nulle part ailleurs qu'au FN ce type de pratique n'a été érigé en système, avec une telle ampleur et sur une aussi longue durée − pendant plus de onze ans, de 2004 à 2016. Ensuite parce qu'il ruine des décennies de démagogie antisystème. Le FN a longtemps capitalisé sur l'image d'une formation irréprochable, qui serait restée blanche comme neige au milieu de la fange des partis du « Système » : c'est le parti lepéniste qui fit jadis campagne avec le slogan « Mains propres et tête haute » ; c'est sa candidate qui réclamait encore en 2013 des « peines d'inéligibilité à vie pour les élus condamnés pour détournement de fonds publics ». Prétendre aujourd'hui que « tous les partis » auraient fait pareil, c'est admettre que cette posture d'intégrité n'a jamais été autre chose qu'un argument électoral.
Le roi est nu. La séquence apporte un démenti cinglant à l'idée reçue selon laquelle on basculerait dans le complotisme par dégoût de la corruption des élites, mû par une soif déçue de justice. Si tel était le cas, on aurait dû voir, depuis mardi, bon nombre de ces influenceurs complotistes patentés dont nous vous parlons semaine après semaine sur Conspiracy Watch exprimer leur indignation et exiger l'exemplarité en politique, d'autant qu'une majorité de Français désapprouve la décision de Marine Le Pen de briguer l'Élysée en 2027. Qu'on se le tienne pour dit : pour eux, le souci de la probité est moins un principe qu'un discours mobilisé de manière purement instrumentale au service d'une lutte politique.


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