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Toujours dans l’impasse, des centres d’éducation populaire interpellent Québec

3 month_ago 21

         

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À quelques jours du dépôt du budget au Québec, des centres d’éducation populaire pour adultes demandent au gouvernement de régler leur dossier une fois pour toutes. Six organismes se battent depuis des années pour avoir un financement pérenne qui leur permettrait d’assumer la hausse de loyer à laquelle ils font face.

[La hausse de loyer] aura un impact majeur qui pourrait mener à la fermeture de certains centres, dit Marie-Josée Desrochers, codirectrice du Comité social Centre-Sud. En 2022, le loyer annuel symbolique d’un dollar que payait l’organisme est passé à 135 000 dollars.

Depuis 50 ans, les six centres d’éducation populaire (CEP) occupent des locaux excédentaires appartenant au Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM). Mais en 2013, aux prises avec des compressions budgétaires et un déficit trop élevé, le CSSDM a prévenu les CEP qu’il allait revoir leur entente.

Déjà à l’époque, les organismes tiraient la sonnette d’alarme et demandaient au gouvernement du Québec d’agir pour assurer leur survie.

On est reconnu par le ministère de l'Éducation comme étant des organismes essentiels. On fait de l'éducation, on reçoit un financement à la mission pour offrir nos activités, mais on a aussi besoin d'un financement particulier pour pouvoir occuper nos bâtiments.

Une mission au cœur des communautés

Les CEP offrent des services d’alphabétisation, de francisation et d'enseignement en informatique, entre autres, aux personnes qui n’ont pas eu accès au système d’éducation normal.

Une personne répond aux questions.

Sylvie Tanguay fréquente le Comité social Centre-Sud.

Photo : Radio-Canada

Le Comité social Centre-Sud est d'ailleurs au centre de la vie de Sylvie Tanguay.

Moi, je n'ai pas été éduquée quand j’étais jeune, mais il faut m’éduquer. Il faut qu’on me montre des affaires pour que je sois capable de me mettre dans la société et de ne pas être tassée.

J’essaie d’être forte et courageuse, explique celle qui se décrit comme une orpheline de Duplessis. Ce n’est pas facile de passer à travers tout ça. S’ils ferment le Comité social, ça ne fonctionnera pas. Elle participe à des activités d’éducation politique, d’arts et de théâtre, entre autres.

C'est un milieu de vie, c'est un milieu d'appartenance. Ça fait 55 ans qu'on est ancré dans la communauté, qu’on est là pour les gens. Si on n'était pas là, ça ferait un grand trou, ajoute Marie-Josée Desrochers.

Une épée de Damoclès

Où est-ce qu'on doit couper?, demande quant à lui Xavier Philippe-Beauchamp. C’est d’ailleurs cette question que se sont posée les membres des conseils d’administration des six centres d’éducation populaire.

Trois d’entre eux ont choisi de ne pas payer leur nouveau loyer. Ils sont poursuivis en justice par le Centre de services scolaire de Montréal, qui menace de les évincer.

Des membres du Carrefour d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles brandissent des pancartes indiquant « On reste ici! ».

Le Carrefour d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles occupe les locaux des bâtiments excédentaires du Centre de services scolaire de Montréal depuis plus de 50 ans. (Photo d'archives)

Photo : Carrefour d'éducation populaire de Pointe-Saint-Charles

Tous les locataires du CSSDM, y compris les CEP, sont soumis à des conditions de location équitables et avantageuses, leur permettant notamment de bénéficier de loyers à tarif réduit, écrit par courriel le Centre de services scolaires.

Cette épée de Damoclès est particulièrement lourde en ce moment, avoue Mme Desrochers. Une première étape a été franchie dans le parcours judiciaire. Mais il reste à écaircir la question de fond, à savoir si les centres d'éducation populaire devront ou non payer à terme un loyer plus que symbolique.

On demande [au gouvernement], pour l'ensemble des six centres d'éducation populaire de Montréal, 2 millions de dollars, alors que le ministère de l'Éducation, lui, a un budget de plus de 20 milliards. C'est comme une cent sur un 100 piastres.

2:13

Le reportage de Raphaelle Drouin.

Les responsables des centres d’éducation populaire de Montréal ont rencontré récemment la ministre de l’Éducation, Sonia Lebel. Par écrit, son cabinet mentionne que les CEP reçoivent un soutien financier pour la réalisation de leur mission globale. [...] Quant à la rencontre et aux demandes formulées, un suivi sera effectué directement auprès des organismes concernés.

Le député de Saint-Henri-Sainte-Anne, Guillaume Cliche-Rivard, soutient la lutte des centres d'éducation populaire, tout comme sa collègue de Québec solidaire, Manon Massé, qui suit le dossier depuis des années.

Trop de ministres de l'Éducation se sont succédé sans que ce dossier-là soit réglé. Il est maintenant temps, plus que jamais, de faire la bonne affaire, de pérenniser leur financement.

Le libéral Frantz Benjamin a lui aussi, par le passé, interpellé le gouvernement pour qu’il mette fin à l’impasse devant laquelle sont les centres d’éducation populaire, de même que la députée péquiste Catherine Gentilcore.

Tout le monde se dit très sensible à notre réalité. Tout le monde dit qu'il souhaite avoir une sortie de piste, une solution. Malheureusement, la solution se fait toujours attendre, conclut Xavier Philippe-Beauchamp.

À l’approche du dépôt du budget de la province, mercredi, les yeux des responsables des CEP seront tournés vers l’Assemblée nationale.

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