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TES Canada envisage de retarder ses projets controversés d’éoliennes

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La compagnie TES Canada tente de convaincre le gouvernement Legault de lui attribuer encore plus d'électricité d'Hydro-Québec pour sa future usine d'hydrogène à Shawinigan, a appris Radio-Canada. L'entreprise constate que ses projets d'autoproduction avec des éoliennes battent de l'aile et elle craint qu'ils ne soient pas prêts pour le lancement de l'usine en 2030.

Mais ce n'est pas gagné d'avance pour le projet de quatre milliards de dollars, car, selon nos sources, Hydro-Québec a rendu un avis défavorable à l'allocation de davantage de mégawatts pour TES Canada.

L'entreprise avait déjà obtenu un bloc de 150 mégawatts afin de compléter son autoproduction à partir de 133 éoliennes en Mauricie. Selon nos informations, TES Canada a demandé à Québec une rallonge de 100 autres mégawatts.

Des pylônes électriques surplombent une forêt dont les arbres sont couverts de givre.

Les industriels sont attirés par l'électricité verte et abordable du Québec, mais le nombre de mégawatts disponibles est limité. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

TES Canada veut produire 70 000 tonnes d'hydrogène vert dès 2030. Pour cela, elle a besoin d'une grande quantité d'électricité qu'Hydro-Québec ne peut pas entièrement lui fournir.

Le problème, pour la compagnie, c'est que ses projets d'autoproduction éolienne peinent à obtenir l'acceptabilité sociale dans les MRC de Mékinac et des Chenaux.

Exemples de résultats de référendums consultatifs sur les éoliennes :

  • Saint-Tite : 68 % contre
  • Sainte-Thècle : 69 % contre
  • Saint-Luc-de-Vincennes : 85 % contre
  • Saint-Maurice : 91 % contre
Comparatif de deux édifices et d'une éolienne. L'éolienne mesure 205 mètres tandis que les deux édifices mesurent respectivement 126 et 188 mètres.

La hauteur des éoliennes projetées par TES Canada est d'environ 200 mètres, soit une hauteur plus haute que la place Ville-Marie.

Photo : Radio-Canada

TES Canada confirme

Le gouvernement nous a demandé de maximiser l’acceptabilité sociale du parc éolien, tout en livrant la relance économique promise à la région, dit le PDG de TES Canada, Éric Gauthier, dans une déclaration écrite transmise à Radio-Canada.

Nous sommes [rendus] à [l'étape d']évaluer la possibilité de prendre plus de temps pour développer et améliorer le parc éolien en collaboration avec les communautés locales.

M. Gauthier confirme qu'un bloc temporaire [d'électricité], venant s’ajouter au bloc permanent de 150 mégawatt, est actuellement en discussion afin de permettre la transition entre la mise en service de l’usine de production d’hydrogène et la mise en service, plus tardive, du parc éolien.

Éric Gauthier parle à quelqu'un.

Le PDG de TES Canada, Éric Gauthier (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Yoann Dénécé

Le gouvernement aura le dernier mot

Même si Hydro-Québec a rendu un avis défavorable, la décision revient au ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE) et sa ministre Christine Fréchette. C'est elle qui alloue les mégawatts.

Le gouvernement Legault a maintenu son appui au projet, malgré les résultats de référendums locaux.

Le cabinet de la ministre Fréchette n'a pas voulu nous dire s'il va accepter la demande de TES Canada. Il nous a renvoyé vers les fonctionnaires du ministère.

La porte-parole du MEIE Félicia Nicole nous a écrit que le ministère ne commente pas sur les dossiers relatifs aux demandes d’autorisation pour le raccordement d’un projet d’une puissance de 5 mégawatts et plus qui sont ou pourraient être en analyse.

Christine Fréchette.

La ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Christine Fréchette, a la responsabilité d'attribuer les mégawatts aux entreprises. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Toulgoat

Le gouvernement Legault voit dans le projet de TES Canada un bon moyen pour réduire les émissions de gaz à effet de serre du transport lourd et pour décarboner l'économie du Québec.

Le projet est entièrement privé, sans subventions gouvernementales. France Chrétien Desmarais est présidente du conseil d'administration et cofondatrice de TES Canada.

L'entreprise affirme que son projet générera 5,5 milliards de dollars de retombées économiques et créera 3000 emplois directs et indirects.

Des maires en faveur d'une électricité fournie par Hydro-Québec

Je comprends TES Canada de voir que ça va être très difficile, voire impossible, dans la situation actuelle, réagit le maire de Saint-Maurice, Gérard Bruneau, lorsque nous l'informons de la situation.

M. Bruneau rappelle que lui et d'autres maires demandent depuis des mois que l'électricité pour le projet provienne directement d'Hydro-Québec.

Gérard Bruneau debout, sur un trottoir durant l'hiver.

Le maire de Saint-Maurice, Gérard Bruneau, a vu 91% de ses citoyens voter contre les éoliennes de TES Canada. (Photo d'archives).

Photo : Radio-Canada / Olivier Croteau

On suggère au gouvernement, plutôt que d'installer des éoliennes à travers nos territoires agricoles, de prendre les mégawatts dans ces quantités-là et d'aider TES Canada, si c'est ça leur intention.

De son côté, le Front commun pour la transition énergétique, qui regroupe 85 organisations (groupes environnementaux, syndicaux, communautaires, etc.), estime que le projet ne mérite pas de recevoir de précieux mégawatts d'Hydro-Québec.

[Étant donné que] c'est un projet qui produit de l'hydrogène, qui a une efficacité très douteuse, qui a un coût très important, dont la rentabilité est [contestée], on se demande si c'est là qu'on devrait mettre nos mégawatts, dit sa représentante Mélanie Busby.

Elle rappelle que des chercheurs ont mis en doute la viabilité commerciale de TES Canada.

Selon le Front commun pour la transition énergétique, les rares mégawatts d'Hydro-Québec encore disponibles pour des projets industriels devraient aller en priorité à des entreprises déjà établies au Québec qui veulent décarboner leurs procédés.

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