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Depuis son exil en Gambie, Issa Tchiroma Bakary a décidé de frapper sur le terrain juridique. L’opposant camerounais, qui se présente comme le « président élu » à l’issue du scrutin contesté du 12 octobre 2025, a déposé plainte à Paris contre Paul Biya et plusieurs hauts responsables de l’État. La procédure repose sur la compétence universelle. Les suites judiciaires restent, elles, très incertaines.
Une liste de mis en cause qui va du palais aux casernes
La plainte vise large. Au sommet figure Paul Biya, désigné comme « ancien chef d’État ». Suivent Ferdinand Ngoh Ngoh, secrétaire général de la présidence, les ministres Paul Atanga Nji et Joseph Beti Assomo, mais aussi les responsables des institutions électorales : Clément Atangana pour le Conseil constitutionnel, Erik Essousse pour la direction générale des Élections.
Le volet sécuritaire est tout aussi étoffé.
Le général François Pelene, coordinateur du BIR, Galax Yves Landry Etoga, secrétaire d’État à la Gendarmerie, Jean Pierre Robins Ghoumo, patron de la DGRE, et Martin Mbarga Nguelé, directeur de la Sûreté nationale, sont tous nommément cités. Tchiroma Bakary affirme avoir reconstitué, épaulé par des avocats camerounais et étrangers, « la chaîne des responsabilités des donneurs d’ordres et des exécutants ».
Les faits allégués sont graves. Des milliers de Camerounais seraient détenus « illégalement » depuis plus de sept mois dans des conditions « effroyables ». Certains seraient morts en cellule, d’autres « sous le crépitement des balles ». L’opposant pointe le recours aux tribunaux militaires pour juger des civils. Deux noms reviennent : Anicet Ekane, décédé en détention, devenu selon lui un « héros national », et Souleyman Tobi. La plainte concernant Ekane fera l’objet d’une procédure distincte.
Paris, un choix calculé, mais des obstacles réels
Le choix de la juridiction française n’est pas hasardeux. Selon des sources proches du FSNC, plusieurs personnalités visées détiendraient la nationalité française, ce qui renforcerait la compétence des tribunaux hexagonaux. Beaucoup possèdent des résidences en France et s’y rendent régulièrement pour des soins ou des séjours privés. Malgré l’interdiction officielle de la double nationalité au Cameroun, la pratique reste largement répandue dans les hautes sphères.
Mais les obstacles juridiques sont réels. En droit français, la compétence universelle obéit à des conditions précises : pour certaines infractions, la présence du suspect sur le territoire national est requise. Et Paul Biya, dont la réélection est contestée par Tchiroma, bénéficie d’une immunité en tant que chef d’État en exercice, statut que Paris lui reconnaît.
On ne sait pas encore si le parquet français ouvrira une enquête préliminaire. Tchiroma Bakary, lui, annonce déjà vouloir saisir d’autres instances internationales. Cette plainte parisienne n’est, selon lui, qu’un premier acte.
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Christiane Tamoura Engo
Journaliste spécialisée dans les questions politiques, Christiane Tamoura Engo suit de près l'actualité des institutions camerounaises, des partis politiques et des grandes décisions qui façonnent le Cameroun et l'Afrique centrale.Rédactrice pour 237online.com, elle s'attache à décrypter les enjeux politiques pour les rendre accessibles à tous les Camerounais, qu'ils soient au pays ou dans la diaspora.


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