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Surmenées, les infirmières de l’Î.-P.-É. tirent la sonnette d’alarme

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Mercredi 9 septembre, le comité législatif permanent sur la santé et le développement social s’est réuni pour se pencher sur la crise du personnel infirmier, l'évolution des centres de médecine de famille et la dépendance croissante envers les infirmières itinérantes, recrutées par des agences privées pour combler les pénuries dans le réseau public.

Représentant plus de 1 600 soignants de première ligne, le Syndicat des infirmières et infirmiers de l’Île-du-Prince-Édouard (PEINU) a livré un témoignage sans détour sur l'état d'épuisement de ses effectifs.

Parmi les principaux griefs soulevés par le syndicat figurent le retard salarial — la convention collective étant expirée depuis un an et demi — et l'essor du recours aux agences de placement en santé privées à but lucratif.

Selon les chiffres présentés par l'organisation, les dépenses consacrées aux infirmières itinérantes par Santé Île-du-Prince-Édouard sont passées de 700 000 $ il y a cinq ans à plus de 40,6 millions de dollars pour l'exercice 2025-2026.

Dans le même temps, le taux de postes vacants a atteint 24 % chez les infirmières autorisées et grimpé à 37 % pour les infirmières praticiennes.

Écart salarial et retard sur les voisins

Paradoxalement, alors que le champ de pratique des infirmières praticiennes n'a cessé de s'élargir et que leurs responsabilités médicales se sont accrues au fil des ans, l'écart salarial avec les médecins, lui, s'est fortement creusé.

Alors qu'elles gagnaient historiquement entre 55 % et 60 % du salaire de base d'un médecin, ce ratio est tombé à environ 34 %.

Il sera difficile de recruter et de maintenir les postes d’infirmières praticiennes si la rémunération n'est pas prise en compte, estime Laurie Thomas, présidente de la section locale des infirmières praticiennes du PEINU.

Laurie Thomas

Selon Laurie Thomas, la rémunération va poser un problème pour le recrutement et la rétention des infirmières praticiennes à l'avenir.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Un constat que partage Kim Sears, présidente du PEINU. Selon elle, la province accumule du retard sur ses voisines en matière de salaires et d'avantages sociaux. Alors que le Nouveau-Brunswick est en tête dans les Maritimes et que la Nouvelle-Écosse s'apprête à emboîter le pas, nous ne pouvons pas être les derniers, souligne-t-elle.

La responsable indique qu'environ 140 infirmières praticiennes sont inscrites à l’île, mais qu'un certain nombre échappe à Santé Î.-P.-É. Plusieurs choisissent d'exercer dans le secteur privé — notamment en esthétique médicale — ou d'offrir des soins virtuels sur des plateformes comme Maple.

Nous devons comprendre pourquoi elles ne travaillent pas pour Santé Î.-P.-É., et ce que nous pouvons faire pour les inciter à accepter un poste, insiste-t-elle.

Nous perdons des infirmières plus vite que nous ne pouvons les former et les intégrer dans le système. L'accent doit être mis en priorité sur la rétention.

Détresse morale

Pour le syndicat, la crise dépasse l'aspect strictement financier et touche à la santé mentale et à la sécurité du personnel, confronté à de l'épuisement professionnel et à des épisodes de violence verbale ou physique sur les lieux de travail.

Kim Sears pose pour la photo.

« J'espère que les députés ont vraiment compris que les infirmières font face à de la détresse morale et de l'épuisement professionnel en permanence », affirme Kim Sears du syndicat infirmier.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

L’un des points des discussions en comité a également porté sur l'intégration des nouvelles infirmières praticiennes au sein des centres de médecine de famille, notamment au nouveau centre rattaché à l'Université de l'Île-du-Prince-Édouard.

Lors des échanges, le syndicat a révélé que de nouvelles diplômées recrutées se voient demander de prendre en charge un bassin allant jusqu'à 800 patients d'ici le mois de décembre. Auparavant, les recrues disposaient d'une période de transition d'environ deux ans pour bâtir une telle patientèle.

Pour le syndicat, cette exigence pose un risque pour la sécurité des soins et la rétention des professionnels, alors même qu'aucune politique officielle ou protocole d’accord sur la taille des bassins de patients n'a été ratifié dans la province pour les infirmières praticiennes.

Est-ce raisonnable et sécuritaire? Je soutiendrais qu'il y a probablement des discussions à avoir, considère Laurie Thomas.

Questionné à ce sujet, Santé Î.-P.-É. nuance toutefois cette exigence. 800 est le bassin de référence pour une infirmière praticienne à 1,0 ETP [équivalent temps plein], ce qui n'est pas une nouvelle attente. Il ne s'agit pas d'une exigence d'intégration immédiate pour une infirmière praticienne nouvellement embauchée, peut-on lire dans une réponse écrite.

Gord McNeilly pose pour la photo.

« Je connais beaucoup d'infirmières qui disent que c'est difficile, que la violence est là, que le stress est là », rapporte le député libéral Gordon McNeilly.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

L'opposition dénonce une pression excessive

Les révélations du syndicat ont fait réagir les députés des différentes formations politiques siégeant au comité.

Du côté de l'opposition officielle, le député libéral Gord McNeilly n'a pas mâché ses mots face à l'impasse des négociations collectives — un frein majeur au recrutement — et aux objectifs de patientèle imposés aux recrues.

Donner 800 patients à une infirmière praticienne qui commence, c'est trop. Si on les surcharge, elles vont quitter le système.

Même constat d'urgence du côté du Parti vert, où la députée Tayte Willows a insisté sur l'absence de plan pour freiner l'exode du personnel.

Il faut mettre la priorité sur la rétention. Si les gens ne sont pas respectés ni récompensés pour leur travail, ils ne vont pas rester.

Concernant la cible de 800 patients imposée aux nouvelles diplômées, la députée estime que c'est alarmant et avertit que précipiter ce processus ne fait que présenter plus de risques, tant pour les praticiennes que pour les patients.

Tayte Willows pose pour la photo.

La députée verte Tayte Willows ne se dit « pas du tout surprise » par l'état des lieux dressé par le syndicat des infirmières.

Photo : Radio-Canada / Marine Ernoult

Le gouvernement prône la rétention et la flexibilité

Au nom du gouvernement progressiste-conservateur, le député Sidney MacEwen a reconnu qu'un assouplissement et un plan à long terme sont requis de la part de Santé Î.-P.-É.

Nous sommes un chef de file pour les infirmières praticiennes au pays, mais nous ne devons pas perdre cela. Il faut écouter leurs préoccupations.

Le député admet, à l'instar du syndicat, que la question financière n'est que l'un des aspects préoccupants. L'amélioration des conditions de travail passe aussi par une plus grande flexibilité des horaires et par la possibilité de prendre des vacances.

Selon lui, le véritable défi réside désormais dans la capacité du réseau public à retenir ses infirmières les plus expérimentées jusqu'à leur retraite.

De son côté, Christie Ruff, cheffe de la direction du personnel et de la pratique professionnelle chez Santé Î.-P.-É., indique dans une déclaration transmise par écrit que le réseau est investi pour veiller à ce que la rétention des travailleurs de la santé de première ligne, y compris les infirmières, demeure une priorité.

Elle souligne également que la Boîte à outils pour la rétention des effectifs infirmiers au Canada fournit une base solide pour guider les efforts en cours avec le ministère provincial de la Santé.

Le comité législatif rédigera au terme de ses travaux une série de recommandations adressées au ministère de la Santé et à Santé Î.-P.-É., alors que les négociations collectives entre le gouvernement et le syndicat se poursuivent.

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