On pense souvent que la respiration est climatiquement neutre, un cycle fermé sans conséquence. C’est faux, ou du moins incomplet. Une étude de l’Université de Bath vient de chiffrer précisément ce que l’humanité expire chaque année : 2,05 milliards de tonnes de CO₂. De quoi rivaliser avec les émissions d’un pays industrialisé entier.
À retenir
- En 2015, l’humanité a expiré 2,05 milliards de tonnes de CO₂, un volume comparable aux émissions annuelles de l’Allemagne.
- Cette quantité a augmenté de 74 % depuis 1985, une hausse due à plus de 60 % à la croissance démographique et non à un métabolisme individuel plus actif.
- Ce CO₂ respiratoire provient d’un cycle court du carbone (via l’alimentation) et ne doit pas être confondu avec le carbone fossile responsable du changement climatique.
Le souffle humain pèse autant que les usines allemandes
Contributions métaboliques au CO₂ pour chaque catégorie d'âge (nouveau-nés : < 1 an ; enfants : 1 à 17 ans ; adultes : ≥ 18 ans).Crédit : © The Lancet Planetary Health (2026)
Chaque respiration transforme nos aliments en énergie, et ce processus rejette du dioxyde de carbone. Rien de nouveau en soi : c’est le principe même du métabolisme. Mais personne n’avait jamais vraiment mesuré ce que cela représentait à l’échelle de la planète entière.
C’est désormais chose faite. L’étude, publiée dans The Lancet Planetary Health et dirigée par le professeur Javier Gonzalez, membre du Centre pour l’exercice, la nutrition et le métabolisme de l’Université de Bath, avance un chiffre pour le moins parlant : 2,05 milliards de tonnes de CO₂ expirées par l’humanité en 2015.
Pour donner une idée de l’ampleur, ce volume équivaut aux émissions annuelles d’un grand pays industrialisé, à savoir l’Allemagne. Autrement dit, le simple fait de respirer, multiplié par des milliards d’individus, pèse autant dans la balance carbone que les émissions d’un pays industrialisé entier.
Ce résultat n’est pas qu’une curiosité statistique. Selon les chercheurs, il offre aux scientifiques un nouvel élément pour comprendre d’où vient le carbone et où il circule, notamment dans les zones urbaines densément peuplées où le métabolisme humain joue un rôle non négligeable.
Un chiffre qui grimpe de 74 % en trente ans sans que personne ne s’essouffle plus
Remontons un peu le temps. En 1985, l’humanité expirait 1,18 milliard de tonnes métriques de CO₂ par an. Trente ans plus tard, en 2015, ce chiffre atteint 2,05 milliards de tonnes. Soit une hausse de 74 %, loin d’être négligeable.
On pourrait croire que nos organismes sont devenus plus gourmands en énergie, ou que notre métabolisme s’est emballé. Il n’en est rien. Les chercheurs sont formels : la croissance démographique explique plus de 60 % de cette augmentation.
Pour arriver à cette conclusion, l’équipe de Javier Gonzalez a croisé des milliers de mesures individuelles, de la petite enfance à la vieillesse, avec des données mondiales sur la population et le poids corporel. Résultat : ce n’est pas l’individu qui produit davantage, c’est le nombre d’individus qui a grimpé.
Gonzalez résume la situation ainsi : « Nous produisons tous du dioxyde de carbone simplement en transformant les aliments en énergie, mais jusqu’à présent, nous n’avions pas une bonne idée de la quantité que cela représente à l’échelle mondiale. » Un angle mort scientifique désormais comblé.
Pourquoi respirer n’a jamais été un crime climatique
Avant de crier au scandale, il faut poser une distinction essentielle. Le CO₂ que nous expirons n’a rien à voir avec celui issu de la combustion du pétrole, du charbon ou du gaz. C’est une nuance de taille, et elle change tout.
Le carbone que nous relâchons en respirant provient de notre alimentation, donc de plantes qui ont récemment absorbé du CO₂ atmosphérique pour pousser. C’est un cycle court, presque circulaire : la plante capte le carbone, nous la mangeons, nous le restituons. Les énergies fossiles, elles, libèrent un carbone enfoui depuis des millions d’années, un carbone qui n’avait plus de raison d’être dans l’atmosphère.
Gonzalez insiste d’ailleurs sur ce point : « Nous ne disons pas que la respiration est la cause du changement climatique. » Les chercheurs ne cherchent pas à pointer du doigt notre souffle, mais à affiner la comptabilité globale du carbone.
Autrement dit, personne n’est invité à moins respirer ou à changer son alimentation pour sauver la planète. L’objectif est ailleurs : mieux comprendre les flux de carbone pour, à terme, prédire avec plus de précision l’efficacité des stratégies de réduction des émissions.
Ce travail de l’Université de Bath rappelle une évidence trop souvent oubliée : derrière chaque grand chiffre climatique se cache une réalité biologique banale, celle de milliards de corps qui respirent, mangent et vivent. Comprendre ce bruit de fond métabolique, c’est affiner la précision des modèles climatiques, sans jamais perdre de vue où se trouve le véritable problème, celui du carbone fossile qu’on extrait du sol pour le relâcher dans l’air.
👉 Un petit geste pour Sciencepost ? Suivez-nous sur Google, ajoutez-nous à vos favoris et retrouvez-nous sur Google Actualités pour ne manquer aucune découverte.


4 hour_ago
56



























.jpg)






French (CA)