Depuis mai 1962, une veine de charbon brûle sous Centralia, en Pennsylvanie, sans qu’aucune tentative n’ait réussi à l’arrêter. Le feu a rongé la ville depuis l’intérieur, forcé le départ de sa population et fissuré la route 61, aujourd’hui déviée à cause des fumées et des affaissements de terrain. Six décennies plus tard, il continue d’avancer, quelques mètres par an, sous une forêt qui a repris ses droits sur les ruines.
À retenir
- Un feu de décharge en 1962 a pénétré une veine de charbon sous Centralia et continue de brûler sans interruption.
- Tranchées, injections de matériaux et excavations n’ont pu arrêter le feu qui progresse dans les anciennes galeries minières.
- La quasi-totalité des 1 000 habitants a quitté la ville entre les années 1980 et 2002, le code postal supprimé.
- Le feu brûle actuellement à 90 mètres de profondeur sur 13 kilomètres, avec assez de charbon pour 250 ans de combustion selon certaines estimations.
Sommaire
Un feu de décharge qui échappe à tout contrôle
Le 27 mai 1962, la municipalité de Centralia met le feu aux ordures accumulées dans une ancienne fosse à ciel ouvert, une pratique déjà répétée les années précédentes, avec des pompiers postés pour éviter que le brasier ne dégénère. Deux jours plus tard, le feu semble s’être éteint de lui-même. Mais les flammes ont trouvé une brèche : la fosse, restée ouverte depuis son excavation vers 1935, mesurait environ 23 mètres de large sur 15 mètres de profondeur, un vrai puits vers le sous-sol. Le feu glisse alors dans la veine de charbon Buck Mountain, puis dans le réseau de galeries abandonnées qui truffe le bassin anthracite.
Ce jour-là, personne n’imagine que le feu ne s’éteindra plus jamais.
Vingt ans de tranchées, d’injections et d’excavations qui échouent
Durant les années 1960 et 1970, les autorités interviennent peu, car le feu progresse lentement et ne menace pas encore beaucoup d’habitants. Vingt-trois mines actives de la zone sont pourtant fermées, à cause du danger créé par les gaz de combustion qui commencent à migrer dans le sous-sol. Ingénieurs et pompiers creusent des tranchées de coupure, injectent des matériaux inertes, tentent l’excavation par endroits : rien n’arrête durablement un front de combustion qui se faufile dans les fissures et les anciens tunnels, là où l’oxygène peut encore l’atteindre, pendant que l’eau versée en surface s’échappe simplement par la roche fracturée.
Vingt ans plus tard, aucune méthode n’a fonctionné.
Un enfant avalé par le sol, une ville rayée de la carte
C’est un pompiste qui comprend le premier l’ampleur du danger : en 1979, il mesure la température de ses cuves à essence enterrées à 172 degrés, cent degrés de plus que la normale. Quelques années plus tard, un sinkhole s’ouvre sous les pieds d’un enfant, qui s’en sort de justesse. Cet incident, l’augmentation du nombre d’habitants malades et la montée des niveaux de monoxyde de carbone scellent le sort de Centralia. Le Congrès finit par débloquer des fonds fédéraux pour racheter les propriétés : la quasi-totalité du millier d’habitants accepte l’indemnisation et quitte les lieux, leurs maisons abandonnées sont rasées les unes après les autres.
Le bureau de poste ferme et le code postal de la ville est supprimé en 2002, un cas rarissime aux États-Unis. La portion abandonnée de la route 61, longtemps recouverte de graffitis, a fini ensevelie sous des tonnes de terre par ses propriétaires privés, lassés du vandalisme et des visites.
Un front qui avance encore, quelques mètres par an
Le feu brûle aujourd’hui à des profondeurs atteignant 90 mètres, sur une bande d’environ 13 kilomètres qui couvrirait près de 1 500 hectares selon les relevés les plus souvent cités. L’État de Pennsylvanie continue de surveiller le site : un contrôle visuel de surface chaque mois, une mesure de température dans des forages une fois par an. Les valeurs relevées varient beaucoup d’un point à l’autre du front et d’une année sur l’autre.
Des fumerolles s’échappent encore du sol, entre les arbres.
Le chiffre le plus souvent repris, popularisé par un article du Christian Science Monitor en 2010, avance qu’il resterait assez de charbon sous la ville pour alimenter le feu pendant environ 250 ans. Cette projection reste discutée : certains estiment qu’il ne reste presque plus rien à brûler et que le feu s’éteint doucement, tandis que d’autres évoquent au contraire des siècles de combustion possible. Aucune mesure exhaustive du volume de charbon restant sous Centralia n’a jamais été publiée. Le feu, lui, continue d’avancer, sans calendrier connu pour s’arrêter.
Centralia n’est pas un cas isolé
Des milliers de feux de veines de charbon souterrains brûlent actuellement à travers le monde. En Chine, premier producteur mondial de charbon, les estimations vont de 10 à 200 millions de tonnes de réserves consumées ou rendues inaccessibles chaque année à cause de ces incendies. L’Indonésie, grande exportatrice vers l’Asie-Pacifique, compte elle aussi plusieurs milliers de foyers actifs, sans qu’un inventaire précis n’ait jamais été dressé.
En Inde, le bassin de Jharia brûle depuis 1916 : près de 70 foyers actifs y ont déjà consumé au moins 37 millions de tonnes de charbon, avec des températures relevées jusqu’à 731 degrés Celsius. Pris ensemble, ces incendies souterrains représenteraient jusqu’à 3 % des émissions mondiales annuelles de CO2, et 40 tonnes de mercure rejetées chaque année dans l’atmosphère.
Dans la région de Centralia, la chaleur des mines a même produit un phénomène inattendu : le Big Mine Run Geyser, à Ashland, jaillit quand de fortes pluies rencontrent la surpression créée par le feu souterrain. Considéré comme le seul geyser de Pennsylvanie, il est aujourd’hui maintenu ouvert pour limiter les risques d’inondation. Le feu, lui, n’a besoin d’aucune pluie pour continuer d’avancer, sous une route que plus personne n’emprunte.
Sources : files.dep.state.pa.us | wpst.com


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