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Sexe récession ou sexe sécession?

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Un sondage IFOP tout récent révèle que plus de 30% des femmes en couple sont désormais abstinentes. Un choix délibéré dû aux carences masculines, un fait de nature dont il ne faut pas trop s’inquiéter, un effet collatéral de la vie par écrans interposés, ou le syndrome éloquent d’une civilisation mourante ? Rien dans ces hypothèses n’ébranle réellement notre chroniqueur…


On se souvient de la chanson de Brassens : 

« Quatre-vingt-quinze fois sur cent,
La femme s’emmerde en baisant.
Qu’elle le taise ou le confesse
C’est pas tous les jours qu’on lui déride les fesses… »

Le barde sétois aimait nommer un chat une chatte. Mais en 1972, pour les p’tits jeunes que nous étions, et qui vivions la révolution sexuelle vingt heures sur vingt-quatre, le refrain de la chanson paraissait gentiment grivois et tout à fait absurde. Parce que nous nous rendions les honneurs à fesses rabattues — comme dit encore Brassens dans « Le Bulletin de santé ». Notre slogan ? « Aimez-vous les uns sur les autres » !

Il faut le répéter aux jeunes d’aujourd’hui, qui hésitent de plus en plus à entrer dans le sous-sol désert de ces dames : leurs grands-parents baisaient à couilles rabattues. « Par devant, par derrière », comme dit GiedRé.

Mais ça, c’était avant.

Un sondage tout récent de l’IFOP articule la vérité, l’âpre vérité : « On croyait la « récession sexuelle » avant tout liée à la hausse du nombre de célibataires, souvent trentenaires, qui swipent plus qu’ils n’embrassent, coincés entre Netflix et un écran de six pouces. Pas que. Le reflux du sexe a franchi le seuil de la chambre conjugale, et il ne s’est pas essuyé les pieds… » Et les auteurs de préciser, impitoyables : « Le couple « sexless », ce modèle de couple sans sexe longtemps spécifique au Japon, n’est plus l’apanage de l’archipel nippon, c’est un phénomène mondial dont l’ampleur varie selon les contrées. »

Aurélie Ray, dans Le Point, soulève le toit des appartements et commente : « Le soir, sur le canapé, dans la chambre, que font les jeunes et les moins jeunes dans le noir ? Ils tripotent leurs téléphones, dévorent des séries, se perdent de désir sur Instagram, puis s’endorment, repus numériquement. »

Comment comprendre cette inappétence qui se généralise ?

Des femmes qui s’abstiennent, c’est une vieille histoire, chantée déjà par Aristophane dans Lysistrata (en 411 av. J.C.) : les Athéniennes font la grève de l’amour pour obtenir de leurs époux, peu à peu exorbités, si je puis dire, la fin de la guerre du Péloponnèse. Mais cette fois, ce n’est pas l’objet. On ne se frotte plus le lard parce qu’on n’en a plus envie.

Les hommes ont une certaine responsabilité dans ce désamour de l’amour. À force de vouloir reproduire dans leur chambre à coucher les scènes répétées jusqu’à l’écœurement dans les films pornos dont ils s’abreuvent, ils ont dégoûté de l’étreinte des femmes peu disposées à se faire manipuler comme des paquets de viande fraîche — comme si une caméra filmait la scène pour quelque voyeur externe. J’ai expliqué le désastre de cette surconsommation dans un essai déjà ancien, La Société pornographique. Voir ce que j’en disais en 2012 sur On n’est pas couché.

Pensez que l’acte sexuel le plus rare dans les films X, c’est le baiser… Que le mot absent, c’est « Je t’aime ». Que la réduction des femmes à une chambre de compression dans laquelle coulisse un piston lubrifié devient vite lassante. Elles s’ennuient au lit. Quand par bonté elles laissent leurs maris batifoler dans leur hémisphère sud, cela dure, en moyenne nationale, 5,4 minutes. Et cette moyenne implique que pour bon nombre de nos concitoyens, c’est beaucoup moins.
Trop court. Vite fait, mal fait.

Bien sûr, la dépendance aux écrans ruine la capacité érotique. Quand, dans la nuit du 13 au 14 juillet 1977 une panne géante a plongé New York dans le noir, on a assisté neuf mois plus tard à un babyboom inattendu, fruit de l’extinction des télévisions.

Mais addiction curieuse, qui ne touche que les Européens de souche…

Peut-être serait-il temps de remettre le sentiment et l’imagination au pouvoir.

Est-ce encore possible ? Je crois fermement que ce rejet du sexe est à mettre en parallèle avec notre difficulté actuelle à nous reproduire. L’exemple japonais — l’un des pays où elles s’abstiennent à plus de 60%, et où l’on fait le moins d’enfants — devrait nous faire réfléchir. Les mâles nippons rentrent chez eux vers neuf heures du soir, gavés de saké et de karaoké, et ne pensent même pas à parler avec leurs épouses — qui d’ailleurs ne les attendent pas.

Chez nous bientôt. Nous enfantons de moins en moins. Nous laissons la « nouvelle France » copuler et se reproduire, pendant que les « Français de souche » renoncent à jouer à la bête à deux dos.

Cette statistique effarante résume au fond notre attitude civilisationnelle. La France était le pays de l’amour, elle est devenue une terre stérile. Nous glissons vers le néant — qui commence dans la chambre à coucher. Et comme disait Alfred de Vigny, « les deux sexes mourront chacun de leur côté. »


PS. Merci à Martin Pimentel pour la documentation.

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