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La famille d’une patiente qui s’est retrouvée en salle de réanimation après qu’on lui eut injecté par mégarde un agent paralysant au lieu d’un antiacide poursuit Santé Québec pour 772 000 $.
Les événements à l’origine de la poursuite se sont produits le 4 novembre 2023 à l’Hôpital régional de Portneuf, un établissement relevant de Santé Québec Capitale-Nationale.
Cette journée-là, la patiente, alors âgée de 39 ans, s’est présentée à l’urgence de l’établissement pour y soigner des symptômes associés à une réaction allergique. Le médecin qui l’a examinée lui a prescrit trois médicaments à être administrés par voie intraveineuse, dont du Zantac, un antihistaminique utilisé pour réduire l’acide gastrique.
Paralysie complète
Au lieu du Zantac, l’infirmière responsable de la patiente lui a plutôt administré du Rocuronium, un médicament myorelaxant provoquant une paralysie musculaire squelettique qui est normalement utilisé sur des patients inconscients pour permettre l’intubation.
Dans les minutes suivant l’administration du Rocuronium, la patiente s’est retrouvée complètement paralysée, perdant le contrôle de tous ses muscles, incluant ceux nécessaires à la respiration.

Les événements à l’origine de la poursuite se sont produits le 4 novembre 2023 à l’urgence de l’Hôpital régional de Portneuf. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Guylaine Bussière
Présentant une importante dyspnée (sensation subjective d’essoufflement ou de difficulté à respirer), une difficulté à inspirer et à parler ainsi qu’une désaturation marquée (55 %), la femme a dû être transférée en salle de réanimation.
Dans une décision rendue le 14 avril 2026, le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a déclaré que l'infirmière ayant administré le mauvais médicament, Marie-Pier Huot, avait fait preuve de négligence.
Radiation
Il lui a imposé une période de radiation de cinq mois. Mme Huot a été congédiée par Santé Québec Capitale-Nationale le 15 décembre 2023, soit un peu plus d’un mois après l’erreur médicale.
Persuadée qu’elle allait mourir, la patiente est totalement traumatisée par les événements. Elle a reçu des diagnostics de dépression majeure, d’anxiété, d’état de stress post-traumatique et de trouble d’adaptation, et doit encore recourir à de la médication pour traiter sa condition.
[Elle] a vécu une expérience digne d’un véritable film d’horreur en se retrouvant complètement paralysée tout en étant pleinement consciente.
La militaire de carrière a été en arrêt de travail pendant un peu plus de 14 mois, soit jusqu’au 13 janvier 2025, date à laquelle elle a réintégré progressivement ses fonctions, ce qui lui a occasionné une perte de revenus.

Le conseil de discipline de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec a imposé à Marie-Pier Huot une période de radiation de cinq mois. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Daniel Thomas
Son état l’a en outre empêchée d’obtenir une promotion prévue au début de l’année 2025. Ses chances de monter en grade après son retour au travail ont été compromises puisqu’une promotion est conditionnelle à la réussite d’un test physique. Or, n’ayant pu reprendre son niveau de forme d’antan, sa capacité à passer le test est incertaine.
Les séquelles découlant de l’erreur médicale dont a été victime la patiente ont également des répercussions sur les membres de sa famille. Son conjoint, un militaire à la retraite aux prises avec des problèmes de santé, ne peut plus compter autant sur elle pour l’assister.
Vie familiale affectée
La dame aujourd’hui âgée de 42 ans n’est plus en mesure de réaliser les tâches qu’elle accomplissait autrefois à la maison, obligeant ses enfants à en assumer une part plus importante. Les activités en famille, précise la poursuite, sont maintenant limitées en raison des séquelles avec lesquelles vit la mère.
Considérant la nature permanente de ses dommages, [elle] ne sera pas en mesure d’être aussi présente qu’elle le souhaitait pour ses enfants. En conséquence, ils sont privés de moments précieux en famille, est-il exposé dans la demande introductive d’instance.

La patiente travaille depuis plusieurs années comme militaire sur la base de Valcartier, près de Québec. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh
C’est sans compter les conséquences sur la vie conjugale de la patiente. Le stress, la nervosité et l’impatience ressentis par elle et son conjoint ont créé des tensions dans le couple, dont la vie intime a été mise sur pause.
La patiente et sa famille estiment qu'à titre de commettante, Santé Québec est responsable de la faute commise par l’infirmière Marie-Pier Huot et, par conséquent, responsable de tous les dommages subis par les demandeurs en lien avec les événements.
Réclamations
Ils réclament 772 000 $ à Santé Québec, une somme qui inclut une compensation de 612 000 $ à la patiente, notamment pour dommages non pécuniaires, perte de gains et divers déboursés. À ce montant s’ajoutent des dommages non pécuniaires de 50 000 $ pour le conjoint de la patiente et de 20 000 $ pour chacun de leurs enfants.
La mère et le père de famille réclament enfin 5000 $ chacun à Santé Québec pour négation de responsabilité et refus de négocier avant la judiciarisation du présent dossier.
Les demandeurs estiment qu’en raison de ce refus injustifié et abusif, ils n’ont eu d’autre choix que d’entreprendre un recours judiciaire, ce qui leur a occasionné des frais, troubles et inconvénients supplémentaires.
Avec la collaboration de Yannick Bergeron


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