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À Saint-Jean-Baptiste, le ciel de septembre se remplit de martinets ramoneurs, une espèce en péril au Canada. Cet été, Luc Blanchette, enseignant à l’École régionale Saint-Jean-Baptiste depuis 25 ans et ornithologue amateur, a observé un nombre record de ces petits oiseaux avant leur grand départ vers l’Amérique du Sud.

Luc Blanchette suit la population de martinets ramoneurs depuis 2006 et a récemment enregistré un record de 23 oiseaux, qui migreront ensuite vers l'Amérique du Sud.
Photo : Radio-Canada / Bérénice Claude
Ce passionné d'ornithologie répertorie répertorie sans relâche ces hôtes plumés depuis de nombreuses années. Ça a commencé quand j'avais 15 ans. Je m'intéressais un peu aux animaux en général. Et à un moment donné, à un salon du printemps, j'ai rencontré quelqu'un qui s'occupait d'un club d'ornithologie et c'est là que ça a commencé, explique-t-il.
Le 12 août dernier, l’observateur amateur a assisté à un moment inédit près de l'église paroissiale de Saint-Jean-Baptiste : après avoir observé 17 martinets en vol, il a comptabilisé 25 entrées et 9 sorties dans la grande cheminée en pierre. Au total, 24 martinets y ont trouvé refuge pour la nuit, un record depuis le début de son suivi en 2006.

En 2025, Luc Blanchette a reçu le titre de champion des martinets, pour son implication de longue date au sein d’Initiative martinet ramoneur Manitoba
Photo : Radio-Canada / Bérénice Claude
Ce chiffre dépasse largement la moyenne habituelle de quatre ou cinq observations annuelles effectuées par Luc. Pour Saint-Jean-Baptiste, oui, c’était un gros nombre, souligne-t-il, tout en rappelant que de grandes structures institutionnelles du Manitoba, comme celles de l’hôpital de Selkirk ou d’Assiniboia à Winnipeg, peuvent héberger plusieurs centaines d'individus lors des pics de migration.
Installée sur les berges de la rivière Rouge, Saint-Jean-Baptiste se situe en plein cœur d’un corridor migratoire d’une importance majeure. Ses espaces naturels offrent une nourriture abondante en insectes, et tout particulièrement en moustiques, la nourriture exclusive de ces insectivores. Les martinets ramoneurs mangent vraiment une grande quantité de moustiques, jusqu'à 1 000 par jour, rappelle Mackenzie Glover, experte en restauration écologique et coordinatrice d’Initiative martinet ramoneur Manitoba.
Le site de l’église de Saint-Jean-Baptiste sert historiquement de dortoir de migration, où les oiseaux se rassemblent pour passer la nuit avant de reprendre leur voyage, plutôt que de site de nidification. En migration, les martinets utilisent de grandes cheminées institutionnelles comme dortoir, puis sélectionnent des cheminées plus petites pour la nidification.
La migration automnale au Manitoba s’étend ensuite généralement de septembre à octobre, avec des variations selon les espèces. Certaines commencent dès début août, tandis que d’autres migrent jusqu’à la fin octobre, voire novembre.
Une fois les nichées et la saison de reproduction terminées, la majorité des martinets de Saint-Jean-Baptiste s’envoleront vers l’Amérique du Sud, plus précisément vers la jungle amazonienne au Brésil ou les pays environnants.
Les chats, une menace majeure pour l’espèce
Malheureusement, cette espèce fait face à des obstacles majeurs. À l'échelle locale, la prédation par les chats errants et domestiques constitue une préoccupation constante. C’est des animaux de compagnie, ils ne sont pas faits pour être mis à l’état sauvage en Amérique du Nord, insiste Luc Blanchette.
En plus de cette menace, Mackenzie Glover met en lumière d’autres défis qui impactent les martinets ramoneurs. Cet été, il y a eu une tonne d'événements météorologiques extrêmes qui pourraient avoir affecté leur succès de nidification, note-t-elle. Elle pointe aussi l'usage des insecticides, car l'utilisation de pesticides réduit simplement la quantité de nourriture disponible pour se nourrir.
La conservation des habitats reste aussi un casse-tête financier. Beaucoup de ces cheminées se trouvent sur de vieux bâtiments qui tombent en ruine et qui sont assez coûteux à réparer, reconnaît-elle.
Un appel à la sensibilisation
Comme l’explique l'enseignant, nul besoin d'être un expert pour poser un geste utile. Les citoyens peuvent intégrer une veille ornithologique dans leur quotidien sans être des experts. Il appelle par exemple à participer au suivi bénévole en observant les entrées et sorties de martinets au crépuscule lors des événements communautaires de septembre.
L’observateur rappelle que des démarches simples permettent d'assurer un environnement sécuritaire à cette espèce menacée. Il est donc important d’entretenir et préserver les anciennes cheminées en maçonnerie ainsi que les grands arbres morts ou creux, ou encore de mettre des motifs ou des silhouettes visuelles sur les fenêtres pour éliminer les risques de collision.


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