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Une décision prise au nom de l’antiterrorisme prive progressivement les librairies britanniques des romans de Sally Rooney.
Une écrivaine à succès, des millions de lecteurs, et une loi antiterroriste qui vient se mêler des droits d’auteur. La situation paraît sortie d’une satire britannique. Elle est pourtant parfaitement réelle.
Quand les droits d’auteur deviennent une affaire de terrorisme
Sally Rooney, 35 ans, n’est pas une inconnue. Son roman Normal People s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires au Royaume-Uni. Conversations with Friends et Beautiful World, Where Are You ont chacun dépassé les 500 000 ventes. Deux de ses œuvres ont également été adaptées en séries télévisées.
En août 2025, l’écrivaine annonçait vouloir consacrer les revenus de ses livres et adaptations au soutien de Palestine Action. Ce mouvement mène des actions directes contre des entreprises et installations liées à l’industrie militaire israélienne.
Le problème juridique vient de sa classification comme organisation terroriste par le gouvernement britannique. L’article 15 du Terrorism Act 2000 criminalise notamment la fourniture de fonds lorsqu’une personne sait, ou a des raisons raisonnables de soupçonner, qu’ils pourraient servir à des fins terroristes.
Faber considère donc qu’il ne peut plus reverser légalement à Rooney les revenus britanniques de ses ouvrages.
L’éditeur refuse cependant de continuer à vendre les livres d’une autrice sans la rémunérer. Une décision prise avec son accord.
Des romans qui disparaissent progressivement des rayons
Attention à la nuance : aucun tribunal n’a interdit la lecture ou la vente des romans de Sally Rooney.
Les libraires peuvent toujours écouler leurs stocks existants. En revanche, ils ne seront plus réapprovisionnés par Faber. L’approvisionnement de ses ouvrages est interrompu au Royaume-Uni, quel que soit le format.
Certains libraires ont d’ailleurs cherché à commander des exemplaires supplémentaires après l’annonce de cette décision.
Même les adaptations télévisées de Normal People et Conversations with Friends sont concernées par les difficultés juridiques entourant le versement de droits à leur autrice.
La romancière assume sa position. Elle affirme avoir été transparente sur ses convictions et être prête à en accepter les conséquences.
Palestine Action : des militants assimilés à des terroristes
L’interdiction de Palestine Action remonte au 5 juillet 2025. Quelques semaines auparavant, des militants avaient pénétré sur une base de la Royal Air Force et endommagé deux avions militaires avec de la peinture rouge.
Le gouvernement britannique justifie son classement par les actions illégales répétées du mouvement contre des installations militaires et d’autres institutions.
Les défenseurs des libertés civiles contestent, eux, l’utilisation d’une législation antiterroriste contre une organisation militante. Plus de 3 700 personnes auraient été arrêtées depuis l’interdiction de Palestine Action, notamment pour avoir affiché publiquement leur soutien au mouvement.
Cette question dépasse largement le cas Rooney. En France également, des militants favorables à la Palestine ont fait l’objet de procédures pour apologie du terrorisme.
Le Royaume-Uni reconnaît la Palestine, mais sanctionne certains de ses soutiens
La contradiction politique est particulièrement embarrassante pour Londres.
En septembre 2025, le gouvernement britannique reconnaissait officiellement l’État de Palestine. Un an plus tard, une écrivaine soutenant financièrement une organisation militante pro-palestinienne ne peut plus percevoir normalement ses droits d’auteur britanniques.
Les autorités distinguent évidemment le soutien pacifique à la cause palestinienne du financement d’une organisation interdite. Une distinction juridique réelle, mais dont les conséquences dépassent désormais les manifestations et les actions militantes.
La bataille judiciaire sur l’interdiction de Palestine Action n’est d’ailleurs pas terminée. La Cour suprême britannique doit examiner le dossier en novembre 2026.
Amnesty International s’inquiète de voir des lois antiterroristes affecter la liberté artistique et l’expression d’opinions politiques. Pour l’organisation, aucun écrivain ne devrait avoir à choisir entre ses convictions et la possibilité de vivre de son travail.
Cette affaire rappelle celle de Susan Sarandon, écartée de plusieurs projets professionnels après ses prises de position sur Gaza.
En attendant les décisions de justice, les ouvrages de Sally Rooney continuent d’être commercialisés hors du Royaume-Uni. Sur le territoire britannique, les libraires disposent seulement des exemplaires déjà en circulation.


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