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Révélation : 15 cadres de la grande distribution balancent pourquoi le frais, le bio et le durable coûtent si cher

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« Tous unis contre la vie chère », « Vivons mieux, vivons moins cher », « Tout ce qui compte pour vous existe à prix Leclerc »... Des slogans martelés à longueur de journée sur les panneaux d'affichage, à la télévision, à la radio, sur les réseaux sociaux... Vous les avez entendus, réentendus, et ils sont désormais ancrés dans votre cerveau.

Prix bas : des « insiders » en colère

Mais cette obsession des distributeurs et des supermarchés pour les prix bas est-elle vraiment au service des Français qui souhaitent davantage de pouvoir d'achat ? Rien n'est moins sûr, à en croire les révélations que vient de faire l'ONG britannique Inside Track.

Après quatre campagnes réussies au Royaume-Uni, notamment dans le secteur de l'agroalimentaire, l'association vient de publier un premier rapport critiquant ouvertement les stratégies « bas prix » utilisées en France par les distributeurs et les industriels de l'agroalimentaire. Son intitulé : « La course au prix bas de l'alimentation ne fait pas disparaître les coûts. Elle les déplace ».

La course aux prix bas empêche la transition écologique et sociale, et elle génère des coûts cachés 

Dans ce document de 15 pages, une quinzaine de cadres travaillant depuis 20 ans en moyenne pour des coopératives agricoles, des grandes industries, des marques et la grande distribution révèlent anonymement comment la promesse commerciale d'un « prix toujours plus bas » est devenue un système de pilotage mortifère. « Le message que nous voulons faire passer est simple : la course aux prix bas empêche la transition écologique et sociale, et elle génère des coûts cachés », expliquent-ils. Mais, de quels coûts cachés s'agit-il ?

Les marges pratiquées dans le rayon fruits et légumes bio seraient 81 % plus élevés que dans les rayons conventionnels. © Fred, Adobe Stock

Augmenter le prix des produits sains pour compenser les pertes

« Les produits d'appel sont tirés toujours plus bas (pâtes à tartiner, bières, grandes références de marque nationale), et, en contrepartie, les marges sont souvent augmentées sur des produits plus sains (frais, bio ou porteurs d'allégations de durabilité) », peut-on lire dans le rapport

© Hispanolistic, iStock

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Résultat : « Un produit plus vertueux pour la santé et l'environnement, déjà parfois plus coûteux à produire, se retrouve donc artificiellement décorrélé du reste de sa catégorie par l'application d'une marge plus élevée. La grande distribution va donc, dans un même rayon, rendre artificiellement plus attractifs les produits les plus problématiques, comme le Coca-Cola ou le Nutella, dont les consommateurs comparent les prix entre les enseignes, et artificiellement plus chers les produits les plus souhaitables ».

Pour les auteurs, une meilleure alimentation impliquerait d'« arrêter de rendre artificiellement plus chers les produits souhaitables et artificiellement plus attractifs les produits les plus problématiques ».

Ainsi, les produits des marques de distributeurs (MDD) bio seront globalement bien plus « margés » que la MDD Premiers prix. Selon les auteurs, les écarts moyens pourraient atteindre une quinzaine de points, avec des niveaux parfois plus élevés sur certaines références.

Entre vous et les agriculteurs, cinq géants filtrent 80 % de votre alimentation. © Dorde, Adobe Stock

Exception : le prix des aliments comme le lait, les œufs et certaines viandes bio, que les consommateurs ont l'habitude de comparer à ceux d'autres distributeurs. Ceux-ci seraient « margés au même niveau que le conventionnel, voire en dessous », dans une logique de concurrence et d'image prix, expliquent-ils.

Quand la qualité trinque…

Mais les conséquences de cette politique ne s'arrêtent pas là. Pour assurer des prix plus bas, les grandes enseignes accepteraient explicitement que les fabricants de produits alimentaires substituent certains ingrédients par d'autres de plus faible qualité, « avec une transparence minimale sur l'origine réelle des ingrédients et des cahiers des charges d'abord pensés pour réduire les coûts ».

Par exemple : que les miels soient coupés avec des sirops de glucose-fructose ou qu'ils soient importés de pays hors UE, que les huiles d'olive soient issues de mélanges provenant de différents pays, que le pourcentage de viande soit abaissé dans les plats cuisinés, que de l'eau, de l'amidon, des arômes ou des colorants soient ajoutés dans les produits pour compenser le retrait d'ingrédients nobles... Bref, un abaissement ostensible de la qualité.

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Ce rapport d'Inside Track fait suite à celui publié le 21 mai dernier de la commission d'enquête du Sénat sur les marges des industriels et de la grande distribution. Celui-ci affirmait que sur 100 euros de richesse créée en alimentation, seulement 8 revenaient à l'agriculteur, 14 aux industriels et 40 étaient captés par le commerce et le service. L'association Que choisir estime, quant à elle, que les marges au rayon fruits et légumes bio étaient 81 % plus élevées que dans les rayons conventionnels. 

La grande distribution va-t-elle modifier ses pratiques pour étendre sa politique de bas prix aux produits de qualité plus favorables à la santé ? Un jour peut-être, mais visiblement, ce n'est pas d'actualité...

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