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Les comptes rendus de lecture, les résumés, la recherche autonome et les examens à réaliser à la maison se font de plus en plus rares dans les cours du professeur d'histoire à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) Alexandre Dubé. L'objectif est de limiter l'utilisation d'outils d'intelligence artificielle. Une nouvelle chaire, lancée en début d'année, s'intéresse d'ailleurs aux modes d'évaluation à l'ère de l'IA.
L'intelligence artificielle s'est trop souvent invitée dans les travaux et les évaluations des étudiants au cours des dernières années. L'historien de formation remarquait notamment de flagrantes erreurs de mise en page.
Ce dont je me rendais compte, ce sont des travaux d'excellente qualité dans la session et puis après des examens de fin d'études qui se font en classe qui clairement montraient une absence de compréhension des enjeux du cours, résume Alexandre Dubé.
Il a fait le choix de revoir les modes d'évaluation. M. Dubé mise dorénavant sur des modèles d'évaluation qui favorisent la créativité. Il a notamment élaboré une évaluation construite autour d'un jeu de rôle.
C'est de repenser foncièrement le type d'évaluation que je propose.
M. Dubé souligne qu’une partie des étudiants n’auront pas de scrupules à utiliser les différents outils technologiques pour obtenir leur diplôme. Il fait remarquer une confusion entre le processus d’apprentissage et les résultats obtenus.
Il ajoute que des étudiants se tournent vers l’IA parce qu’ils veulent valider leur compréhension des enseignements faits ou en raison d'anxiété face aux résultats.
Ce qui m’attriste dans cette forme d’utilisation, c’est que les étudiants se tournent vers l’IA plutôt que vers leurs pairs, leurs collègues, autrui pour valider leurs idées, se désole-t-il. Bref, que l’on contribue encore davantage à s’atomiser, à s’isoler plutôt que d’utiliser le contexte d’un travail universitaire pour nourrir une conversation commune.
L'historien, qui compte 20 ans d'expérience d'enseignement universitaire, a développé une politique pour être informé de l'utilisation d'un système d'intelligence artificielle par un de ses étudiants.
M. Dubé veut savoir si un étudiant a recours à l’IA et de quelle manière.
Si je juge qu’essentiellement l’intelligence artificielle est l’auteur de votre texte, ce n’est pas vous qui l’avez écrit, je considère que vous ne l’avez pas remis. Je laisse un délai pour refaire un travail. Mon ambition, c’est que ça ouvre la discussion, expose-t-il.
En début de session, Alexandre Dubé y va d’un appel à l’éthique. L’université représente un espace protégé pour la réflexion, plaide-t-il. S’ils ne le font pas maintenant ou les enjeux ne sont pas liés à leur carrière, à leurs revenus, à leur statut familial, ils n’auront peut-être pas la chance de le développer autrement ou ailleurs.
Tirer le meilleur de l’IA
Le professeur en technologies éducatives à l’UQAC Patrick Giroux est sans équivoque. L’IA ne disparaîtra pas. Il faut plutôt déterminer quand et comment l’IA s’invite dans le parcours scolaire des apprenants alors que les changements sont loin d’être complétés.
L'IA, c'est l'outil technologique le plus disruptif qu'on a jamais eu.
Je ne pense pas qu'il y ait un seul programme de formation qui peut faire comme si l'IA n'existait pas. Je ne connais pas une seule discipline qui n’est pas touchée par l'IA ou par rapport à laquelle l'IA ne peut pas contribuer, puis permettre d'aller plus loin, plus vite et plus efficacement, soutient-il.

Patrick Giroux est professeur en technologies éducatives et responsable du Laboratoire de formation et de recherche sur la littératie numérique de l'Université du Québec à Chicoutimi.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Il est d’avis que la discussion collective en cours dans le domaine de l’enseignement quant à la place de l'IA est nécessaire.
Il y a probablement encore des cours où il faut tout faire, tout mettre en place pour ne pas avoir d'IA parce qu'il y a des compétences à développer, reconnaît-il. Mais rapidement, il faut aussi se demander à quel moment, puis de quelle manière on peut intégrer l'IA pour permettre à ses apprenants de dépasser ce niveau de compétence là et d'aller beaucoup plus loin que nos apprenants allaient il y a 10 ans.
La réflexion est plus grande, selon M. Giroux. Quelles compétences et tâches sont encore nécessaires à développer, dans quel ordre et à quel niveau?
Le professeur prévient qu’il faudra apprendre à vivre avec une certaine incertitude. L’expert est d’avis que le changement continuera de s’accélérer.
Il faut qu’on développe des compétences, des manières de faire qui vont nous permettre d’innover de manière continue, durable et critique. Il faut qu’on développe de la place dans nos écoles, nos collègues et nos universités pour faire le changement au fur et à la mesure.

Patrick Giroux souligne la multitude d'outils tant pour les enseignants que les apprenants.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Il considère que le système d’éducation réputé comme conservateur n’est pas bien adapté à cette vitesse de changement. On utilise des outils de plus en plus efficaces, comme l’IA, pour réfléchir et provoquer des changements encore plus vite et encore plus grands, observe-t-il.
En 2026, ne pas savoir c’est quoi l’IA, ne pas être capable d’être critique par rapport à l’IA, ne pas avoir de compétence minimale par rapport à l’IA et au numérique en général, c’est dangereux. Au minimum, ça t’empêche de jouer ton rôle de citoyen actif, de le jouer de façon cohérente.
On est en train de construire l’avion en plein vol. On est en train d’intégrer un outil qui n'est pas fini de développer, qu’on ne comprend pas pleinement encore et qu’on ne sait pas quelles conséquences il va avoir dans 5, 10 ans.
M. Giroux explique que le risque de paresse cognitive est de plus en plus documenté.
Le fait que, si on utilise trop l’IA et mal, ça va limiter le développement des compétences, ça va faire qu’on va arrêter de progresser cognitivement, de réfléchir, ça, c'est dangereux et on ne veut pas ça, conclut-il.
Une préoccupation syndicale
L'utilisation de l'intelligence artificielle risque de s'inviter lors des négociations pour le renouvellement de la convention collective. Le syndicat espère enchâsser notamment l'idée que l'IA est un instrument et non un substitut ou un juge du travail d'enseignement et de recherche.
Bien peu de clauses contractuelles conventionnées, qui traitent spécifiquement de l’IA existent, confirme Érick Chamberland, deuxième vice-président au Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Tous les membres du syndicat ont une préoccupation que l'IA ne dévalorise pas le travail intellectuel, résume-t-il.
Il explique que le syndicat a la préoccupation que l'usage de l'IA demeure la prérogative des professeurs, plus largement des enseignants.
C'est important qu'on sache que l'étudiant a appris pour nous assurer que le diplôme qu'on décerne est valable, mais c'est important encore plus que le professeur ou l'enseignant plus largement ait le choix des outils, le choix de la manière de planifier son enseignement, le choix de la manière de vérifier les apprentissages de ses étudiants, plaide M. Chamberland.

Erick Chamberland est professeur agrégé de gestion des ressources humaines à l'UQAC et 2e vice-président, Syndicat des professeures et professeurs de l’Université du Québec à Chicoutimi.
Photo : Radio-Canada / Annie-Claude Brisson
Le syndicat se questionne également quant à l’accès à un ou des outils d'intelligence artificielle tant pour les apprenants que pour les enseignants. M. Chamberland souligne que l’UQAC a fait le choix de Copilot de Microsoft.
L’enjeu, c’est de mettre en place une gouvernance de l’IA transparente, expose-t-il. Comment sont faits les choix? À quoi ça va être utilisé? Et que cette discussion ait lieu avec le corps professoral.
Une nouvelle chaire
L’UQAC a lancé au début de l’année la Chaire de leadership en enseignement pour une évaluation à l’ère de l’IA en coélaboration de connaissances.
La chaire codirigée par les professeurs au Département des sciences de l’éducation Nicole Monney et Stéphane Allaire permettra d’identifier les pratiques évaluatives à l’UQAC dans un contexte marqué par l’intelligence artificielle. Des activités d'apprentissage et de nouvelles modalités évaluatives devraient en résulter.


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