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Qui sont les deux oligarques russes à qui Paris a épargné les sanctions européennes ?

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La France et le Luxembourg demandaient (avec succès) la levée des sanctions contre les oligarques Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman.

Par Sarah Coulet avec AFP

La France et le Luxembourg ont obtenu gain de cause. Ce mardi 22 septembre, après d’âpres discussions entre les membres de l’Union européenne, Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, deux oligarques, ont été retirés de la liste des personnalités russes sous sanctions.

Des demandes en ce sens avaient été faites par Paris et le Grand-Duché. « Nous sommes parvenus à un compromis difficile », a indiqué la présidence tournante de l’UE, occupée par l’Irlande ce semestre. À noter que le reste des sanctions, qui visent près de 3 000 individus, a en revanche été renouvelé.

Selon le Financial Times, Paris soutenait la levée des sanctions contre Alicher Ousmanov dans l’espoir de sécuriser la libération de plusieurs citoyens français détenus en Azerbaïdjan, l’homme d’affaires étant proche du pouvoir local. Une demande qui rejoint celle faite par la Slovaquie depuis le début de l’été. De son côté, le Luxembourg souhaiterait que les sanctions visant Mikhaïl Fridman soient annulées car ce dernier réclame devant un tribunal près de 15 milliards d’euros au Grand-Duché, soit la moitié de son budget.

Alors, qui sont Alicher Ousmanov et Mikhaïl Fridman, ces deux oligarques ayant fait fortune après la dislocation de l’URSS ?

· Alicher Ousmanov, métallurgie et télécoms

Selon le classement du magazine Forbes, la fortune d’Alicher Ousmanov, 73 ans, est estimée actuellement à 14,1 milliards de dollars, ce qui le place au 221e rang mondial pour le journal spécialisé.

Né en 1953 en Ouzbékistan, alors république soviétique d’Asie centrale, il passe six ans en prison, entre 1980 et 1986, pour une affaire de « détournements ». À sa sortie, il fait ses premiers profits d’importance en produisant des sacs en plastique, alors rares et demandés en Union soviétique. Dans les années 1990, il profite des privatisations sauvages et fait fortune en obtenant au rabais des parts de la gigantesque industrie métallurgique post-soviétique. Il crée le conglomérat Metalloinvest, plus important producteur de fer de Russie.

En plus de la métallurgie, c’est aussi un poids lourd dans les télécoms. Il possède notamment la holding USM, ainsi que MegaFon, l’un des principaux opérateurs téléphoniques de Russie. Entre 2000 et 2014, il diversifie encore ses activités et dirige une filiale d’investissement du géant énergétique russe Gazprom. « Sa participation la plus importante est celle qu’il détient dans le géant du minerai de fer et de l’acier Metalloinvest. Il possède également des parts dans (le géant chinois) Xiaomi ainsi que dans d’autres entreprises des secteurs des télécommunications, des mines et médias », explique Forbes.

Facebook, Arsenal et une passion pour l’escrime

Une fortune dont il profite pour agrandir son réseau d’influence. En 2006, il rachète le journal Kommersant, un quotidien de référence en Russie, à qui il fait prendre un virage pro-Poutine, rapportait La Croix en 2019. Il est également connu pour avoir investi massivement, en 2009, dans Facebook, avant de revendre ses parts en 2013, réalisant au passage d’immenses profits.

Passionné d’escrime, il a présidé la Fédération internationale de cette discipline jusqu’à l’attaque russe contre l’Ukraine en février 2022. Il a été également, jusqu’en 2018, l’un des principaux actionnaires du club de football Arsenal.

Ousmanov a déménagé en 2022 à Tachkent, la capitale de l’Ouzbékistan, pays dans lequel il possède des liens avec le président Chavkat Mirzioïev, selon Forbes. Il a engagé des poursuites juridiques d’ampleur contre les sanctions de l’UE et du Royaume-Uni le visant, à l’instar d’autres oligarques sanctionnés.

Longtemps réputé proche du Kremlin, il l’est aussi du pouvoir azerbaïdjanais. Selon les informations du Monde, il aurait notamment été vu pendant l’été 2022 en compagnie d’Ilham Aliev, président de l’ancienne république soviétique, dans l’hôtel cinq étoiles loué par ce dernier en Sardaigne.

· Mikhaïl Fridman, le banquier

Né en Ukraine, à Lviv (ouest), en 1964, Mikhaïl Fridman possède une fortune estimée à 16,6 milliards de dollars, selon Forbes, soit la 166e mondiale. Il a les nationalités russe et israélienne.

Avec deux camarades d’études, les futurs oligarques Alexeï Kouzmitchev et German Khan, il se lance dans les affaires à la fin des années 1980, profitant de la libéralisation économique entamée par Mikhaïl Gorbatchev. Après l’effondrement de l’URSS, il se bâtit une grande fortune grâce à la banque Alfa Bank, qui est toujours l’une des principales de Russie et se trouve elle-même ciblée par les sanctions européennes.

En 1996, Mikhaïl Fridman était l’un des sept banquiers-oligarques qui avaient agi pour faire réélire le président Boris Eltsine. Après l’avènement de Vladimir Poutine, qui a soumis les oligarques sur le plan politique, il a pu faire fructifier un empire, le conglomérat Alfa Group, allant des hydrocarbures à la banque, en passant par les télécoms ou la distribution.

En 2003, Fridman avait créé une coentreprise avec le géant britannique des hydrocarbures BP grâce à « ses connexions au Kremlin », selon Forbes. Il a revendu ses parts dix ans plus tard, obtenant 5,1 milliards de dollars. La même année, il a cofondé une importante société d’investissement au Luxembourg, LetterOne, dont il a quitté le conseil d’administration en 2022 après avoir été visé par des sanctions européennes.

La diplomatie européenne contre la levée des sanctions

C’est en 2024 qu’il entame une procédure d’arbitrage, exigeant du Luxembourg le paiement de près de 15 milliards d’euros de compensation financière pour les dommages causés par le gel de ses avoirs du fait des sanctions.

Il est également sous le coup de sanctions des États-Unis et du Royaume-Uni qui le privent de ses propriétés à Londres, en particulier un manoir victorien estimé à 100 millions de dollars, indique Forbes. Lui conteste toutes ces mesures et affirme n’avoir aucun lien avec le Kremlin.

L’éventualité de voir ces deux noms retirés de la liste des personnalités russes sous sanction en lien avec la guerre en Ukraine n’était pas du goût de Kaja Kallas, cheffe de la diplomatie européenne. « Nous avons clairement besoin de stabilité, à savoir que les sanctions restent en place plus longtemps », a-t-elle affirmé lundi 21 septembre en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, rappelant que ces mesures sont « au cœur » de la stratégie de l’UE pour faire pression sur Moscou pour mettre fin à la guerre en Ukraine. Des mots qui sont restés sans effet, Paris et le Grand-duché obtenant gain de cause.

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