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Pendant que la population de caribous de Charlevoix poursuit sa croissance dans son enclos de protection, le ministère de l'Environnement planche sur la mise en réserve d'un territoire de près de 1900 km2 dans le but d'en faire une aire protégée. S'il voit le jour, le projet viendrait connecter trois parcs nationaux et une éventuelle aire protégée d'initiative autochtone.
Des consultations en ce sens ont été lancées ce printemps auprès des MRC et des Premières Nations concernées, amorçant ainsi un processus prévu à la Loi sur la conservation du patrimoine naturel.
Cette mise en réserve constituerait une action phare en matière de protection de l’habitat des caribous forestiers de Charlevoix, affirme par courriel Ève Morin Desrosiers, porte-parole du ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP).
Le territoire ciblé par Québec permettrait d'assurer une connectivité entre le parc national des Hautes-Gorges-de-la-Rivière-Malbaie, le parc national des Grands-Jardins, le parc national de la Jacques-Cartier et le projet d'aire protégée du Lac-à-Moïse dirigé par la Nation wendat.

Les zones hachurées représentent les portions visées par la mise en réserve. Ensemble, elles permettraient de connecter les zones vertes, soit trois parcs nationaux et un territoire déjà mis en réserve.
Photo : Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs
Le caribou étant une espèce parapluie, sa protection bénéficierait aussi à d’autres espèces fauniques menacées ou vulnérables, comme la grive de Bicknell.
Complémentaire au projet pilote
Cette initiative est distincte des autres projets de conservation mis de l'avant par le Ministère.
L'aire protégée viendrait en effet s'ajouter au projet pilote déjà annoncé il y a plus de deux ans par le gouvernement du Québec. Le projet d’aire protégée est une mesure de conservation supplémentaire et en complémentarité aux habitats fauniques visés par le projet pilote, explique Ève Morin Desrosiers.
Le projet pilote, qui n'a toujours pas été mis en place, prévoit la création d'une zone d’habitat en restauration de 5000 km2 où le taux de perturbation ne pourra dépasser 35 %. Les activités industrielles et récréotouristiques y seraient ainsi encadrées par de nouvelles dispositions réglementaires qui n'ont pas encore été définies ou adoptées.
Le taux de perturbation de l'habitat des caribous de Charlevoix était de 92 % lors du dernier rapport du MELCCFP.
Même à 35 % de taux de perturbation, la probabilité d'autosuffisance d'une population de caribous de Charlevoix n'est que de 60 %. À un taux de perturbation de 20 %, les chances de survie augmentent à 80 %.
Source : Environnement Canada
Le projet pilote comprend également l'ajout de massifs de conservation sur 2400 km2. Selon Mme Morin Desrosiers, une grande partie du territoire ciblé pour les massifs de conservation recoupe celui du projet d'aire protégée.
La majorité des répondants considéraient que le projet pilote, tel que proposé, était insuffisant pour favoriser la pérennité de la population de caribous forestiers de Charlevoix.

La population de caribous de Charlevoix accueille des faons depuis plusieurs printemps. (Photo d'archives)
Photo : fournie par le Ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs / Valentin Bonnefont / SEPAQ
Enclos et plan de relâchement
La proposition du gouvernement du Québec arrive au moment où les caribous de Charlevoix viennent d'accueillir 11 faons ce printemps, portant la population à 48 individus. À peine une vingtaine de bêtes étaient toujours en vie en 2023, un an après la capture de la harde à l'hiver 2022.
Maintenant que celle-ci prend du mieux, l'équipe de rétablissement évoque un éventuel relâchement des animaux. Sans échéancier, le Ministère travaille actuellement au plan de remise en liberté de caribous pour la population de caribous de Charlevoix, confirme Ève Morin Desrosiers.
Le plan dépendra notamment des actions de restauration et conservation de l’habitat.
De l’aveu même des spécialistes du gouvernement du Québec dans leurs nombreux rapports sur le sujet, les activités anthropiques (humaines) comme la coupe forestière, l’aménagement de chemins forestiers et le récréotourisme ont largement contribué à rajeunir le paysage forestier de Charlevoix, alors que les caribous ont besoin de forêts matures pour survivre.
Les décisions entourant le relâchement dépendront également de la composition et la taille de la population captive, l’état de l’habitat, l’état de santé des caribous et les autres mesures de gestion complémentaires mise de l’avant.
L’objectif du gouvernement demeure de recourir à la garde en captivité de caribous en tant que mesure de gestion temporaire visant à favoriser la survie et la croissance de la population.
La MRC veut des consultations additionnelles
Dans une résolution adoptée en juin dernier, le conseil de la MRC de Charlevoix a émis des réserves. Les maires demandent notamment au MELCCFP de présenter les impacts du projet sur les activités forestières, de villégiature et de récréotourisme.
Cet exercice se ferait dans le cadre d'une consultation additionnelle des acteurs du milieu et de la population locale en regard du projet de mise en réserve.

Michaël Pilote est maire de Baie-Saint-Paul et préfet de la MRC de Charlevoix. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Alexandre Painchaud
Ironiquement, la MRC émet cet avis alors que le gouvernement est justement en train de consulter sur sa proposition d'aire protégée. Le projet est actuellement en consultation et sa délimitation pourrait faire l’objet d’ajustements, indique d'ailleurs le MELCCFP.
Cette proposition est une résultante de plusieurs commentaires reçus lors de la consultation publique sur le projet pilote pour la population de caribous forestiers de Charlevoix, en 2024.
Les consultations concernant le projet pilote ont été précédées par une tournée de la Commission indépendante sur l'avenir des caribous forestiers et montagnards du Québec. Cette dernière a parcouru la province en 2022 et 2023, y compris la région de Charlevoix.
Les commissaires avaient conclu qu'il était « urgent d'agir » afin de préserver les populations de caribous du Québec.
Le gouvernement du Québec a investi 4,7 millions $ uniquement pour le projet d’enclos dans Charlevoix. La somme comprend l’acquisition des équipements, les installations et les coûts de fonctionnement depuis 2021-2022.
Source : ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs


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