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NOS CONSEILS - Envie de vous balader ou de rester tranquillement devant la télé... Chaque semaine, retrouvez une sélection de livres, films, sorties, séries, albums recommandés par nos journalistes.
Se faire une toile, buller devant un documentaire en replay, écouter le dernier album qu’il ne faut pas manquer ou se plonger dans un épais roman. Beau programme pour un week-end qui aère les esprits en mettant un peu de culture dans nos vies. Pour vous guider, chaque semaine, les journalistes du service Culture du Figaro, du Littéraire et du TV Magazine vous proposent quelques idées. À consommer sans modération.
Au Louvre, le face-à-face Michel-Ange-Rodin
D’un côté la patine sombre des bronzes et des terres cuites. De l’autre la blancheur des plâtres et du marbre. Et entre-deux, sur des papiers, nombre de leurs divines esquisses. Quel chant et contre-chant que ce dialogue imaginé par-delà les siècles entre deux des plus terribles géants des formes : le ciseleur Michel-Ange (1475-1564) et le modeleur Auguste Rodin (1840-1917) ! Dès la rotonde du hall Napoléon du Louvre, l’harmonie saute aux yeux ; on voudrait prendre mille photos, chaque angle, chaque point de vue semblant empli de grâce ou de puissance. Et l’alliage tient ainsi, de bout en bout, sans rivalité aucune. Mais, bien au contraire, une manière de communion.
Car l’aspiration à rendre la matière spirituelle est semblable. Un même respect pour le modèle antique, une même observation poussée de la nature rapprochent encore ceux deux-là. Enfin notez par-dessus tout leur foi inextinguible en la vie. Quant au double inventaire des passions que constituent ces corps et ses couples, il ne laisse pas indemne. Car l’on va de la pire cruauté (Deux hommes luttant de Michel-Ange ou l’Ugolin condamné à dévorer ses enfants dans L’Enfer de Dante revisité par Rodin), à la pure spontanéité de l’élan amoureux (voir la Madone Médicis ou Le Baiser entre autres exemples). Reste qu’ici la pensée est la première célébrée puisqu’elle aussi est éminemment humaine. Songez, pour l’un, à son effigie de Julien de Médicis ou à son David, pour l’autre, à son Penseur ou à son Balzac.
» Jusqu’au 20 juillet. www.louvre.fr
À la télé, dans les recoins sombres du marché de l’art
Un prince d’Europe, une juge opiniâtre, des marchands pas toujours regardants, des experts en bataille, des intermédiaires louches, des tableaux incroyables. Et, au milieu, un personnage empreint de mystères. Telle est la distribution de cette folle affaire qui secoue le marché de l’art européen depuis une décennie. Qui est donc Giuliano Ruffini, qui écoula aux débuts des années 2000 des œuvres sans pareils, séduisant riches collectionneurs et musées de premier plan ? Cette délicate Vénus attribuée à Lucas Cranach, achetée 7 millions par Philip de Liechtenstein, est-elle un faux ? D’où vient ce stupéfiant David se penchant sur la tête de Goliath, peint sur lapis-lazuli, de la main d’Orazio Gentileschi ? Et que dire de ce portrait de gentilhomme qui porte le monogramme de Frans Hals ? Ou de cet autre signé Vélasquez ? Tous ont été mis sur le marché par cet octogénaire italien, grandi dans les taudis du Paris d’après-guerre, marié à une riche héritière française qui a fait sa fortune passagère. À en croire les protagonistes, interrogés minutieusement, certains avaient des doutes au moment des transactions. Doutes vite balayés devant les millions d’euros de ces si belles affaires. La lettre très détaillée d’un corbeau a fait voler en éclats les maigres certitudes, ouvrant la porte aux perquisitions de la police et aux convocations devant le juge. À l’en croire, Giuliano Ruffini est au cœur d’un système frauduleux qui a berné le Met, le Louvre et la National Gallery. Provenances suspectes, attributions fragiles, faux de génie... Les pistes se nouent et s’entrecroisent, chaque intervenant apportant sa pièce de vérité à un puzzle que ce documentaire essaye de reconstituer. L’exercice d’enquête est d’autant plus passionnant que la justice examine encore le dossier. Au téléspectateur de se faire sa propre idée en attendant le verdict.
» Le Peintre, la Pizza et le Corbeau : scandale dans le monde de l’art, documentaire de Sophie Maurer et Giacomo Minoia en trois épisodes. En replays sur Arte.tv
Au cinéma, La Vénus électrique
La fantaisie est une denrée rare au cinéma. Raison de plus pour applaudir la projection, en ouverture du festival, de La Vénus électrique de Pierre Salvadori, qui cache sous ses airs burlesques ce soupçon de grâce indissociable de toute comédie réussie. Il est question de tableaux dans La Vénus électrique, ceux peints par Antoine, ou plutôt ceux que ne peint plus Antoine (Pio Marmaï) depuis le décès prématuré de sa compagne et muse, Irène (Vimala Pons). Désespéré, l’artiste se rend chez une voyante pour tenter d’entrer en contact avec l’être disparu.
Il tombe sur Suzanne (Anaïs Demoustier), la fameuse « vénus électrique ». Elle ne tarde pas à le berner. Anaïs Demoustier fait des étincelles dans le rôle de cette fille de foire propulsée confidente et psy, une saltimbanque par défaut malmenée par la vie et déterminée à échapper à sa condition. Gilles Lellouche a lui aussi son secret enfoui. Si le cinéma de Pierre Salvadori se distingue par ses dialogues ciselés, le ton n’est jamais sentencieux. Les mensonges prennent l’eau, les masques tombent, les illusions sont moins belles que la réalité. F. D.
Chez le disquaire, Window Tax de Maxwell Farrington & Le SuperHomard
Déjà un troisième album pour ce duo aussi singulier qu’insolite. Avec, au chant, un Australien exilé à Saint-Brieuc, et, à la musique, le Français Christophe Vaillant, alias le Super Homard, multi-instrumentiste surdoué. Paul Weller, Modfather et parrain de la Britpop, a déjà dit tout le bien qu’il pensait de ce projet, né en 2021. Il faut dire que cette association ne manque pas de charme lorsqu’on apprécie la pop orchestrale et les crooners. Les chansons de cet album, très bien écrites, évoquent souvent celles que Neil Hannon tisse depuis plus de trente ans au sein de The Divine Comedy. Comme lui, les deux protagonistes se réclament de Lee Hazlewood, Burt Bacharach et Scott Walker. On a connu de pires références. Après Once, en 2021, et l’album Please, Wait…, enregistré avec des musiciens de l’Opéra et du Conservatoire de Nancy en 2024, Window Tax – qui désigne les places de restaurant situées près des fenêtres – confirme la pérennité de cette association qui devait être éphémère. Ce nouvel album a été enregistré en Angleterre, à Margate, sous la houlette de Mike Lindsay, cofondateur de Tunng et détenteur du Mercury Prize de 2009 pour son travail à la realization de l’album Speech Therapy de Speech Debelle. Des heures de plaisir sont à prévoir à l’écoute de ce disque exceptionnel. O. N.
Chez le libraire, Un été tombé du ciel de Pauline Dalmais
Ah l’été ! Son vent tiède, ses pelouses vertes… et sa « lumière laide » ! Nono est une petite fille qui n’aime pas du tout, mais alors pas du tout la chaleur. Elle transpire, le sol est trop jaune, l’air est trop poussiéreux, tout est lourd. Qu’on la laisse dans sa chambre, elle boude. Mais, voilà qu’un nuage apparaît. Non, deux, trois ! C’est l’orage, des « ogres de coton envahissent tout l’espace ». Les vacanciers grimacent, sauf Nono qui court, qui danse comme un cerf-volant. « Le ciel est merveilleux », écrit Pauline Dalmais. Et c’est vrai. Il faut voir ses illustrations à l’aquarelle, ses paysages roses, jaune, indigo, qui nous font littéralement tourner la tête, alors que la pluie tombe à l’horizontal. Sous ses petites lignes fines comme les gouttelettes qui débordent des pages, Nono rugit de plaisir aux côtés de sa maman. On s’émerveille, on rigole, on tourne l’album encore et encore subjugué par tant de beauté. Que dire de plus ? On lit que Pauline Dalmais signe ici son premier album jeunesse. C’est une vraie et belle réussite. A. D.
» La petite fille orageuse , de Pauline Dalmais, éd. Paulsen, 48 p., 19 €.


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