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Ole et Eva, un couple quadragénaire de Hellerup, une banlieue huppée au nord de Copenhague, applaudit l'orchestre Dissing, Las & Cross jouant en ce début de juillet le répertoire de Bob Dylan au festival de Skagen, célèbre village de villégiature situé à la pointe septentrionale du royaume du Danemark.
"Skagen est notre rendez-vous estival incontournable, un lieu unique, riche d'un patrimoine artistique et d'une atmosphère de fête que l'on ne trouve nulle part ailleurs" disent-ils.
Village de pêcheurs depuis le Moyen-Âge, Skagen, peuplé de 4 700 âmes, avec ses maisons jaunes pittoresques aux tuiles rouges, est devenu depuis des décennies un aimant touristique attirant plus de 50 000 personnes par jour en juillet, le pic de la saison.
On y vient pour faire la fête, écouter toutes sortes de musiques, voir les belles filles et les voitures de luxe et les célébrités de la jet-set. C'est notre Saint-Trop à nous."
Se promenant le long de Havnevej, bordée par des restaurants et des bars branchés, Alexander, jeune cadre à Copenhague, et ses copains Lars et Martin sont des "mordus de Skagen". "On y vient pour faire la fête, écouter toutes sortes de musiques, voir les belles filles, les voitures de luxe et les célébrités de la jet-set. C'est notre Saint-Trop à nous. C'est un must", confie Alexander.
Skagen et ses maisons jaunes aux tuiles rouges. ©Toppen Af DanmarkPas moins de 196 concerts sont programmés en 2026, de mai à août, soit 866 heures de musique live, de midi jusque tard dans la nuit.
Une fête "trop bruyante" pour les riverains et qui suscite un débat passionné depuis plusieurs années entre la population du centre-ville historique exaspérée par cette course aux décibels pour attirer les fêtards et les professionnels (restaurateurs, gérants de cafés, de pubs et organisateurs de concerts) et les élus locaux défendant en majorité cette manne touristique providentielle qui assure une bonne partie des revenus de la commune.
Par crainte d'espionnage, le Danemark déconseille une technologie du quotidien à ses fonctionnairesMais qui empoisonne la vie de nombre de villageois. Certains sont obligés de déménager, à l'instar de Karin, une septuagénaire qui a quitté avec "regret" sa maison, "ne pouvant plus supporter le rock à plus de 100 décibels" dans son jardin, qui l'a rendu "malade".
Nostalgiques
Nostalgiques, des résidents rêvent du Skagen d'antan, découvert par le peintre et poète Holger Drachmann en 1872. Le poète fit connaître ce paisible bourg au bord de la mer du Kattegat dans les salons littéraires à Copenhague, attirant artistes et peintres fascinés par la beauté des paysages et la lumière si particulière baignant ses plages avec des teintes bleutées et nacrées. Une colonie de peintres s'y est installée, notamment danois comme Anna et Michael Peter Ancher, Peder Severin Krøyer et Marie Krøyer, créant l'école célèbre de Skagen.
Face à l'afflux incessant des touristes, des citoyens exaspérés tirent la sonnette d'alarme. Car environ 2 millions de touristes visitent chaque année Skagen par la route, en voiture, en camping-car, en train, à vélo et en paquebot de croisière.
Nous ne sommes pas contre les touristes mais contre ces gens qui affluent parfois par hordes avec des caisses de bière, des enceintes diffusant la musique à tue-tête."
"Nous sommes submergés de touristes […], en train de connaître le sort de Venise", constate Mogens Bandholm, cofondateur d'une association de résidents du centre de Skagen qui se bat depuis dix ans contre le surtourisme. "Nous ne sommes pas contre les touristes mais contre ces gens qui affluent parfois par hordes avec des caisses de bière, des enceintes diffusant la musique à tue-tête, traînant ivres dans les rues et qui n'ont aucune considération pour leur entourage", se désole-t-il.
Le Groenland n'est "pas à vendre", réaffirme la Première ministre danoise en réponse à TrumpCraignant d'être "étouffées par le tourisme de masse, des villes comme Barcelone et Venise souhaitent réduire le nombre de touristes pour préserver leur cadre de vie, leur culture et leur renommée. Nous sommes dans la même situation ici à Skagen", renchérit Lars-Christian Thorvil, président de l'association, appelant les autorités communales à "réguler le flux touristique et diminuer les nuisances sonores".
Le débat sur le surtourisme s'est invité en novembre dernier aux élections municipales. ©Toppen Af DanmarkLe débat sur le surtourisme s'est invité en novembre dernier aux élections municipales où la question a divisé les candidats. "Nous sommes pleinement conscients qu'il faut trouver un équilibre et privilégier un tourisme de qualité afin d'éviter un tourisme axé uniquement sur la fête, qui nous mènerait à notre propre perte", avait rétorqué aux critiques la maire sociale-démocrate Birgit Hansen de Frederikshavn, en charge de Skagen. "Mais nous devons aussi veiller à ce que les hôteliers, restaurateurs et cafetiers gagnent leur vie durant la courte période de l'été. Cette profession est l'ADN de Skagen", insiste-t-elle.
Limiter les excès
"Faut-il limiter les excès du tourisme sans tuer la poule aux œufs d'or ?", s'interroge Nicolai Nissen, directeur du tourisme à l'organisme Toppen Af Danmark. "Nous devons vivre du tourisme et avec lui. Il y a un équilibre à trouver", estime-t-il.
"Beaucoup croient que nous voulons le plus de touristes à n'importe quel prix. Mais ce n'est pas le cas. Nous pensons qu'une réglementation est nécessaire pour offrir de bonnes conditions à la fois pour nos visiteurs et pour les habitants", assure-t-il. En ligne de mire, "les plateformes comme Airbnb qui ne sont pas contrôlées et qu'il est urgent de réglementer dans toute l'Europe car elles représentent un risque pour un tourisme sain", pense-t-il.
D'Erik le Rouge à Donald l'Orange : les raisons de l'appétit vorace des puissances pour le GroenlandUne "invasion" de camping-cars
Autre risque lié au surtourisme, "l'invasion anarchique des camping-cars qui ont leur place dans les campings et non en pleine nature", tonne-t-il. "Leur présence pose problème car ils stationnent anarchiquement sur les plages, en forêt, sur les chemins privés ou les parkings publics en ville et constituent une source importante de mécontentement parmi les habitants. Imaginez-vous, dit-il, vous réveiller dans une rue résidentielle de Skagen et vous retrouver avec 30 à 40 campeurs devant votre porte."
Une image du surtourisme anarchique que les citoyens et les autorités veulent effacer pour que Skagen demeure un village de charme, populaire, digne de son passé.
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